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je préfère le penser... à mon image :
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jeudi 7 mai 2020

Covid-19 : Journal #2

Nous arrivons (enfin ?) à la fin de ce confinement qui dure depuis maintenant presque deux mois. Et vient maintenant le temps des questions.
Tout d'abord : comment allons-nous sortir de ce confinement ? Comment les enfants vont-ils retourner à l'école ? À quelles conditions ? Quand exactement ?
Et puis, il y a des questions qui me taraudent depuis quelques temps, à savoir la "responsabilité" des "citoyens", que notre cher Premier Ministre appelle de ses vœux. On en serait presque à se dire que la réussite du déconfinement ne sera une réalité que si les "citoyens" de ce pays font preuve de responsabilité. Contrairement au gouvernement ? Malgré le gouvernement ?

En fait, je me demande vraiment ce qu'il faut penser de toute cette crise.
Dans un premier temps, on nous a caché la vérité ("ce n'est qu'une grippette"). Puis on nous a infantilisés ("ce n'est pas la peine de porter des masques, de toute façon, c'est difficile de porter un masque et un masque qu'on ne met pas correctement, c'est contre-productif et ça risquerait d'aggraver la crise").
Et aujourd'hui, il faudrait qu'on soit responsables.
Soit.
Le gouvernement (Premier Ministre, Président, Porte-parole, Ministres de la santé, de l'éducation et/ou du travail en tête) me semblent être de véritables girouettes. Et ils me semblent prendre les Français pour des imbéciles.
Vous croyez vraiment, chères "élites", que nous, parents d'enfants, enfants de personnes âgées, sommes irresponsables au point de faire prendre des risques à ceux que nous aimons, et à nous-mêmes ?
Vous croyez vraiment que nous vous avons attendus pour savoir quoi faire et comment le faire ? Pour nous rendre compte que les masques sont tout simplement indispensables pour ne pas propager ce virus ? Pour comprendre la gravité de la situation, quand on comptait déjà le nombre de morts et de personnes en réanimation, alors que vous continuiez à nous chanter le refrain "Tout va très bien, Madame... " ?

Alors aujourd'hui, je me dis qu'il va falloir vraiment que les pendules soient remises à l'heure. Soit les Français sont des irresponsables et des imbéciles, et il nous faut alors des chefs dignes de ce nom (mais aussi des gens capables d'expliquer simplement à tous ces irresponsables et ces imbéciles que nous sommes l'importance des masques, des gestes barrières et de la reprise du travail dans des conditions complexes), soit les Français sont des gens responsables, et alors il faut que le gouvernement en tire toutes les conséquences. Et en particulier qu'on arrête de nous dire tout et son contraire en l'espace de quelques jours.
Parce que, en 48 heures, on a eu : "Il faut fermer les écoles" (le 13 mars) et, le même jour : "Il faut maintenir les élections municipales". Puis, le 16 mars : "Restez chez vous" (sans prononcer une seule fois le mot "confinement" : chapeau, l'artiste !)
Et puis on a eu aussi "Les masques ne servent à rien", "Tout le monde doit porter des masques", "Les masques FFP2 sont à réserver au personnel médical" et "Soyez responsables, faites vous-mêmes des masques" et "Des masques grand-public, en tissu, lavables, vont être livrés pour tout le monde".
Alors il faut savoir : on va avoir des masques, ou bien il faut les faire soi-même ? Je suis prête à me mettre à ma machine à coudre, mais je vais avoir un problème basique très simple : pour pouvoir faire mon masque, il va falloir que je puisse sortir et aller dans le magasin de tissu où je m'approvisionne habituellement pour y acheter... de l'élastique ! Ben oui, c'est aussi simple que ça. Je pourrais toujours commander par Internet, mais... en fait, non, parce que les délais postaux se sont considérablement allongés ces dernières semaines. Et si ça se trouve, je recevrai mon élastique une fois que nous serons de retour en confinement, si ça se passe mal. Bref. C'est assez ubuesque, semble-t-il...

Donc, partons du principe que les Français ne sont ni des imbéciles, ni des irresponsables. Oui, il y a des gens qui ne comprennent rien d'autre que la trique et le bâton, mais ma grande foi en l'humanité me fait penser que ces gens-là ne sont pas une majorité et que la plupart de nos concitoyens sont juste des personnes qui cherchent à vivre normalement, en prenant soin de leurs proches, enfants, parents, grands-parents, et, surtout, qu'ils n'attendent plus, depuis un certain temps, que l'Etat vienne à leur secours. Tout simplement parce qu'ils se sont bien rendu compte que l'Etat ne venait jamais qu'au secours des mêmes, toujours des mêmes depuis au moins dix ans : les grandes banques, les grandes entreprises, les grandes fortunes. Les autres, la plupart des autres, c'est encore et toujours la débrouille, l'inventivité et le bricolage en attendant que la situation s'améliore. Et heureusement, d'ailleurs, parce que sinon, la situation serait sans doute bien pire qu'elle n'est aujourd'hui, quand on voit la manière dont cette crise a été gérée depuis son démarrage.

Alors pour le déconfinement, j'ai en ce qui me concerne pas mal de questions, notamment à propos de l'école.
Les informations que j'ai eues, c'est que les enfants qui iront à l'école n'auront pas forcément cours tous les jours, mais sûrement à mi-temps (une semaine sur deux ou deux jours par semaine, ça a l'air de s'orienter, chez nous, vers un sondage des familles par la directrice de l'école. Je suppose que la formule qui emportera le plus de suffrages sera mise en place. Une manière démocratique, en somme, de s'organiser quand le flou artistique règne à tous les étages).
De plus, les enfants ne seront pas forcément avec leur maître ou maîtresse habituel(le), certain(e)s restant en télé-travail, d'autres assurant le présentiel (histoire, sans doute, de limiter le nombre d'adultes dans les écoles). 
Puis, les enfants seront sommés de ne pas s'échanger de matériel, que ce soit un stylo ou un jeu. Ils ne pourront pas non plus jouer à plusieurs, mesures de distanciation sociale obligent. De la même manière, la maîtresse, qui aura donc à gérer des élèves de plusieurs classes différentes qu'elle ne connaît sans doute pas très bien, n'aura pas le droit de toucher un objet qui sera passé entre les mains d'un élève (stylo, cahier, feuille de papier...). Ce qui veut dire aussi qu'elle ne pourra pas corriger un cahier. Tout va donc se passer sous forme d'auto-correction. Alors l'auto-correction, c'est bien quand la maîtresse utilise le tableau et écrit dessus ce que les enfants doivent avoir dans leur cahier. Mais quand il y a plusieurs niveaux, ça devient vite compliqué, même s'il ne faut pas négliger l'inventivité et la débrouillardise des institutrices et instituteurs dans ces cas-là. 
Et puis, les enfants, après deux mois, grosso-modo, où ils n'auront pas pu voir leurs camarades de classe et jouer avec eux, ce qu'ils attendent du déconfinement, c'est justement de pouvoir reprendre leurs jeux, dans la cour. Et ça, ben... ça va pas être possible !

Diantre ! Mais c'est quoi, alors, l'intérêt du déconfinement des enfants et de la reprise de l'école, si cette reprise doit se faire au détriment des élèves, de leurs apprentissages, de leur socialisation, de leur santé et de celle des adultes qui les accompagnent, si cela doit être plus problématique encore que l'école à la maison ?
Ah oui. J'oubliais. 
L'économie.

La reprise du travail pour les parents.
Mais... cela veut donc dire que l'école, c'est, finalement, un moyen hyper-pratique pour les parents de faire garder leurs enfants à peu de frais ?
Ou bien un moyen hyper-pratique pour l'Etat de faire travailler les parents sans qu'ils aient à se soucier de la sécurité de leurs enfants ?
Ou bien encore cela veut-il dire que la reprise de l'économie, du travail, est plus importante que la santé des personnes ?
Non.
Ça ne peut pas être ça ! Ce serait par trop cynique !!!

En tout cas, il reste beaucoup de flou dans toute cette histoire. 
Déjà, la première question, c'est "quand ?". Parce que si notre Premier Ministre s'est amusé à classer les départements français en fonction du nombre de malades et des capacités des hôpitaux à prendre en charge les malades en leur attribuant une couleur rouge, orange ou verte, ce n'est sans doute pas simplement pour décorer les murs du ministère de la santé ou pour passer le temps.
Donc ce "classement" implique forcément des modalités de déconfinement différentes en fonction des départements, ce qui me semble, pour le coup, parfaitement logique, en ce sens que la situation n'est absolument pas la même dans une région comme l'Alsace (oui, désolée, j'en suis restée à l'ancien découpage administratif avec 22 régions), où le nombre de cas, de décès et d'hospitalisations reste très importants, et en Bretagne, où les médecins n'ont vu que quelques cas de Covid-19 isolés et où la situation est bien moins critique que dans l'Est de la France ou la Région parisienne, par exemple.
Ah oui, mais alors ça va poser un vrai problème logiciel, ça.

Ben oui.
Parce que le logiciel de l'Etat, c'est celui qui met l'égalité du citoyen devant la loi, le droit et toutes les décisions prises au premier plan. C'est sans doute pour cette raison, d'ailleurs, que certaines décisions paraissent aujourd'hui totalement absurdes et incompréhensibles, sauf si on les observe avec ce prisme de lecture-là. Par exemple, pourquoi des départements qui avaient réussi à commander des masques ont-ils vu leurs commandes réquisitionnées par l'Etat et stockées ?
Sans doute pour la simple raison qu'à ce moment-là, l'Etat étant dans l'impossibilité de fournir des masques à toute la population a décidé que ce serait tout le monde... ou personne. Et que donc, ce ne serait personne.
Pour l'école, qui dépend du Ministère de l'Education, c'est la même chose. Il faut donc déconfiner tout le monde en même temps, en aménageant ce déconfinement non pas en fonction des régions, ce qui serait parfaitement logique, mais en fonction des niveaux. Les CM2 d'abord, puis les grandes sections de maternelle et les CP, puis les autres élèves du primaire... mais pas les lycéens. Eux, ils peuvent rester chez eux. D'ailleurs, le bac a déjà été aménagé, alors ils n'ont plus grand-chose à faire au lycée, hein !
Sauf que, du coup, on va se retrouver avec des familles, quand il y a plusieurs enfants en primaire et/ou en maternelle, par exemple, où certains pourront retourner à l'école, mais pas les autres. Ou bien pas tout de suite.
Donc, la logique qui va prévaloir dans la grande majorité des familles qui en ont la possibilité, c'est de ne déconfiner personne, de laisser les enfants à la maison, de continuer l'école à la maison, sous la responsabilité des parents qui pourront se permettre de ne pas aller travailler. Ou qui pourront profiter du télé-travail.

Alors, finalement, c'est le citoyen qui prend la décision. La décision de retourner au travail si son employeur lui laisse le choix. La décision de renvoyer son ou ses enfants à l'école. La décision de porter un masque à l'extérieur (parce que non, ce ne sera sans doute pas obligatoire, sauf dans les transports en commun). La décision de se signaler au médecin ou à la fameuse brigade spécialement formée pour ça (pour être intrusive tout en étant humble ! Mais comment ils vont faire ?) en cas de symptômes potentiellement liés au Covid-19. La décision de rester confiné chez soi ou bien d'aller à l'hôtel...
Si c'est le citoyen qui est responsable de tous ces choix-là, alors c'est banco pour le gouvernement. Parce que du coup, si le déconfinement se passe mal, si l'épidémie repart, nos chers dirigeants pourront toujours dire : "C'est pas de notre faute !"

Il y a des baffes qui se perdent, moi, j'vous dis !

La situation est insoluble, parce que le gouvernement n'est pas honnête depuis le début. Ni sur la gravité de la crise, ni sur la question des masques et des tests, ni sur la sortie de crise et du confinement. Face à ce chaos le plus complet, face à ces revirements multiples, à ces injonctions absurdes et contradictoires, il devient très difficile de savoir ce qu'il convient de faire.
Juste un exemple sur le port du masque :
Il est plus que recommandé d'en porter un dès qu'on sort de chez soi, mais ce ne sera pas obligatoire sauf dans les transports en commun, au supermarché... dans tous les endroits où on est susceptible de croiser du monde. Oui, mais je fais quoi de mon masque en tissu fait avec mes jolies petites mains, si je suis allée à la grande ville en bus pour y faire quelques courses et déposer des chèques à la banque ? J'ai mis un masque pour aller dans le bus, puis j'ai marché dans la rue et j'ai enlevé mon masque pour respirer un peu mieux (parce que je ne sais pas si vous avez essayé, mais c'est assez contraignant de respirer avec un masque sur le visage) et/ou pour profiter de la douceur de la météo en ce printemps que nous vivons en grande partie confinés pour l'instant. Puis j'arrive à la banque, je vais donc devoir remettre mon masque. Sauf que si j'ai croisé quelqu'un dans le bus qui était porteur du virus et que ce quelqu'un a pu projeter sur moi des gouttelettes contaminées (ce qui ne devrait pas arriver s'il portait un masque, mais on sait que les masques grand public ne protègent pas à 100%), alors mon masque est lui-même certainement contaminé. Je vais donc le remettre sur mon visage en rentrant dans la banque et, au choix, me contaminer moi-même pour avoir touché le masque contaminé avec mes mains que j'avais pourtant désinfectées au gel hydro-alcoolique avant de partir, ou bien contaminer la personne au guichet de ma banque où je vais déposer mes chèques en souffrance depuis le début du confinement, parce que j'ai fait les courses pour mes voisins depuis qu'ils ne peuvent plus sortir de chez eux...
Moi, je vous dis, ça va être coton.

Et la question que je me pose, aussi, c'est, finalement, qui sera responsable en cas de problème durant le déconfinement ? L'Etat semble avoir posé tous les jalons pour se défausser. Alors qu'Edouard Philippe n'y était pas du tout obligé, il a présenté son plan de déconfinement aux députés et aux sénateurs. Une manière de leur dire : "Voilà ce que nous prévoyons de faire. Si vous êtes d'accord avec ce plan, alors en cas de problème, vous en porterez la responsabilité autant que nous. Et si vous n'êtes pas d'accord, alors vous serez les responsables des multiples faillites d'entreprises qui ne manqueront pas d'arriver si la reprise ne peut pas se faire".
C'est la même tactique que celle qui consiste à en appeler à la responsabilité des citoyens.
Dans tous les cas, c'est "Face, je gagne, et pile, tu perds".

Aahh !!! Vivement 2022 ! (ou pas...)

jeudi 16 janvier 2014

Enseignement 3.0

Un enseignement d'un nouveau genre pourrait faire son entrée en maternelle dans les prochains temps. Et c'est l'OMS qui le dit. Et quand l'OMS dit quelque chose, c'est forcément sérieux, hein ?

Donc, dans cet article, j'ai appris ce matin que l'OMS promeut des choses comme la masturbation dès la maternelle, que dès 4 ans, on les informera sur les différentes formes de relations familiales et les différentes identités sexuelles.
Mûrs, ils pourront donc, à  6 ans, tout savoir sur l'éjaculation et les menstruations.
À 9 ans, ils seront donc fins prêts pour le Planning familial et les MST.
Et à 10, ce seront de vrais pervers ?

Donc, je me pose une fois de plus la question : quid de l'éducation nationale ?
Que se passe-t-il dans la tête de nos ministres pour en arriver à de telles aberrations ? Depuis quand l'école doit avoir comme première priorité l'éducation sexuelle au détriment des "apprentissages fondamentaux" que sont l'écriture, la lecture et le calcul ? Et, surtout, au détriment de la santé mentale et de la moralité des enfants ?

Je vous avoue que les bras m'en tombent. Je ne sais plus bien quelle attitude adopter. 

Continuer à faire confiance ? À confier mes enfants au corps enseignant en me disant qu'entre ce que dit le ministère comme âneries et l'application sur le terrain, il va y avoir une marge et que, peut-être, les enseignants seront moins débiles que ceux qui pondent ces programmes abscons et qu'ils vont faire de la résistance ?
 
Retirer mes enfants de l'école publique pour les mettre dans une école privée ? Outre le coût, il y a un problème de taille pour lequel je n'ai pas encore trouvé de solution : il n'y a pas d'établissement catholique (ni même d'une autre confession religieuse) à Sélestat ou dans les environs. Le seul dont j'ai entendu parler, c'est à Ribeauvillé. Un peu loin pour y emmener les enfants tous les jours.

Retirer purement et simplement mes enfants de l'école ? En gros, assurer moi-même l'école à la maison ? Ce serait la garantie pour moi de savoir ce qu'on leur fait "manger". Mais si je n'ai pas choisi le métier d'enseignant, c'est bien parce que je ne me sens pas capable d'assumer ce type de responsabilités. Alors il est vrai que, pour mes enfants, je suis capable de beaucoup de choses. Et je réfléchis sérieusement à la question tant j'ai l'impression de me trouver face à un mur. 

Reste l'espérance que ce genre de programme absurde ne passera pas. L'espérance aussi que si ça se met en place, ce soit vite fait remplacé par les élucubrations du prochain ministre (parce que non, M. Hollande, vous ne serez pas réélu en 2017, pas après ce que vous êtes en train de faire à la France et aux Français, ce n'est pas possible, ou alors ceux qui votent sont encore plus imbéciles que ce que je peux penser ?). Mais peut-on prendre un tel risque ?
 

samedi 30 mars 2013

Dyscalculie

Je m'intéresse à la question de la dyscalculie et des troubles de l'apprentissage depuis que ma fille aînée a été diagnostiquée dyscalculique en début de CE1. En réalité, je soupçonnais la chose depuis le milieu du CP, mais les réponses de sa maîtresse ayant été totalement ahurissantes, je me suis dit que ce n'était pas auprès d'elle que nous aurions des conseils et qu'il valait peut-être mieux attendre d'avoir un interlocuteur un peu plus à même de l'aider.
Pour être complète, voici la discussion surréaliste que j'ai eue avec l'instit de CP concernant les réponses de ma fille en mathématiques :

Moi : "Je ne comprends pas, quand je lui demande combien font 5 + 8, elle me répond 58. Et si je lui dit que c'est faux, elle me dit que ça fait 85. Quand je lui dis que c'est toujours inexact, alors elle répond un peu n'importe quoi, au petit bonheur : 26, 42, 67... Vous savez pourquoi ?"
Elle : "Eh bien c'est simple, elle est nulle en maths ! Mais vous savez, ce n'est pas grave : il n'y a pas besoin des maths pour passer au CE1 !"
J'ai été très surprise par la réponse et ce qu'elle induisait. Donc parce qu'il n'y a pas besoin des maths pour entrer au CE1, l'institutrice s'en fiche royalement de savoir que ses élèves sont nuls dans cette discipline ? Mais si vraiment on n'a pas besoin des maths, alors pourquoi les enseigner dès le CP ? Ne serait-ce pas plus efficace alors de ne les enseigner qu'à partir du CE1, histoire de mettre le paquet sur la lecture et l'écriture en CP (ce qui est une option qui pourrait se défendre, somme toute). Ou bien encore, puisque les maths sont malgré tout enseignées dès le CP, le fait d'avoir en face de soi un enfant "nul" en maths ne doit-il pas au moins forcer une interrogation de la part de l'instit, soit sur la méthode employée pour l'enseignement de cette discipline, soit sur les capacités de l'enfant ? Peut-on réellement dire d'un enfant qu'il est "nul en maths" et le cataloguer comme tel, de manière plus ou moins définitive, sans rien mettre en oeuvre donc pour le sortir de sa "nullité" ? Sans rien faire pour lui donner une chance d'être "moins nul" ?

Visiblement face à une fin de non recevoir, j'ai préféré attendre le CE1 pour refaire le point avec la maîtresse (une autre !) et mettre en place une stratégie pour aider ma fille à sortir de cette étiquette "nulle en maths" qu'on lui avait collée sur le front dès le CP. Sur les conseils de la maîtresse, je suis donc allée voir le médecin qui a prescrit un bilan chez l'orthophoniste et dix séances pour commencer, au cas où ces séances seraient nécessaires. Bien lui en a pris : au mois de novembre, le "verdict" est tombé : dyscalculie.
Au passage, je dirais que quand même, le fait d'avoir un diagnostic, ça m'a un peu soulagée : si il y a un diagnostic, c'est que le problème est identifiable, connu, et que donc on peut peut-être y faire quelque chose, ce qui n'est pas le cas si l'enfant s'avère "nul en maths" sans autre explication. Donc dans la foulée, nous avons pris les premiers rendez-vous avec l'orthophoniste et commencé les séances de rééducation.
Ces séances se sont poursuivies pendant tout le CE1, le CE2 et le CM1, avec de nets progrès cette dernière année, au point que Noémi arrivant à saturation, l'orthophoniste a préféré faire un arrêt à la fin de l'année pour ne pas la dégoûter des maths (ce qui pourrait arriver si on s'acharnait alors qu'elle ne veut plus continuer à ce moment-là).

Cette année, Noémi est en CM2 et n'a toujours pas repris les séances d'orthophonie. Pour une simple raison : l'orthophoniste n'a plus aucun créneau horaire disponible dans la semaine. Il faut donc attendre la fin de l'année scolaire pour éventuellement obtenir un autre rendez-vous et poursuivre le suivi si nécessaire.

Soit. Mais en ce qui concerne les apprentissages scolaires et les maths en particulier, si ça allait mieux à la fin du CM1 et au début du CM2 (jusqu'à Noël environ), il n'en est plus de même en ces premiers mois de l'année 2013. Il m'a donc semblé inévitable de reprendre le taureau par les cornes et de faire quelque chose pour l'aider, même si ce quelque chose n'est qu'un palliatif en attendant la reprise de l'orthophonie qui semble donner de bons résultats.
Je me suis donc renseignée un peu plus avant sur la dyscalculie. Tout d'abord, la dyscalculie, c'est, comme son nom l'indique, un trouble des apprentissages surtout liés aux mathématiques. Logique, me direz-vous. Mais c'est en réalité un peu plus complexe que cela, puisque le trouble lui-même semble lié plus au passage du concret à l'abstrait qu'aux mathématiques elles-mêmes. Alors il se trouve que la conséquence directe, c'est que l'enfant a des difficultés en mathématiques, mais ce n'est pas la seule matière où les choses sont difficiles, loin de là. Par exemple, lorsque, dans un texte, l'enfant dyscalculique rencontre des phrases complexes, avec par exemple des compléments circonstanciels un peu partout et des propositions relatives, la phrase en question peut vite devenir du Chinois. C'est ce que j'avais observé dès le CE1, quand Noémi ne comprenait pas bien des consignes complexes (comme par exemple : "Avant d'aller te mettre en pyjama, n'oublie pas de te laver les dents", où l'ordre des actions est inversé, contrairement à "Tu vas d'abord te laver les dents, et ensuite tu iras te mettre en pyjama"). J'en avais parlé à la maîtresse qui m'avait dit que Noémi comprenait parfaitement tout ce qu'elle lisait, qu'il n'y avait donc pas lieu de s'inquiéter à ce sujet. Sauf qu'en CE2, elle a retrouvé la même classe, dont Noémi bien sûr, et s'est alors rendu compte qu'effectivement, les textes étant plus complexes, Noémi peinait de plus en plus à les comprendre. Cela s'est bien sûr confirmé en CM1 et maintenant en CM2.

Alors face au vide laissé par l'orthophonie, j'ai eu un peu plus de temps pour me renseigner. Ma petite soeur, médecin à Brest, a assisté à une conférence (ou à une formation, je ne sais pas bien) relative à ces problèmes justement. Il apparaît, selon ce qu'elle m'en a dit, que les "dys" seraient liés à une mauvaise connexion entre le cerveau gauche et le cerveau droit. Sûrement.
Par ailleurs, en interrogeant une psychologue de ma connaissance, j'ai appris qu'il y avait diverses origines aux "dys", dont deux en particulier : l'une génétique et l'autre psychologique. En clair, cela signifie par exemple qu'il pourrait y avoir plus de risque d'un "dys" chez un enfant de "dys", d'une part, et qu'un trouble psychologique lié à un traumatisme affectif par exemple pourrait déclencher les choses ou les aggraver selon les cas. Sans doute aussi.
Et puis, nous sommes tombés un peu par hasard sur une autre possibilité, Noémi présentant une déminéralisation dentaire prononcée depuis la pousse de ses dents définitives. A priori, cela n'a strictement rien à voir, mais c'est sans compter notre dentiste, papa d'un enfant d'un an de plus que Noémi, présentant la même maladie dentaire qu'elle. Lors de la première consultation avec Noémi alors qu'elle était en CE1, il m'a posé des questions assez éloignées a priori des problèmes qui l'occupent, à savoir la santé des dents de ses patients :
- Est-ce qu'elle a eu de la cortisone quand elle était bébé, en tout cas avant deux ans ?
- Est-ce qu'elle présente des troubles de l'apprentissage type dyslexie, dyscalculie ou autre ?
À ma réponse positive (et fort étonnée) aux deux questions, il m'a expliqué la chose suivante :
Sur 4000 patients, il en a 4 qui présentent une déminéralisation dentaire. Tous sont d'âge scolaire (entre 6 et 11 ans), tous les quatre présentent des troubles de l'apprentissage, et tous se sont vu administrer de la cortisone à haute dose au cours de leurs deux premières années. Dans le cas de Noémi, il s'agissait d'un violent eczéma soigné par cortisone entre 3 et 6 mois. Devant la recrudescence de l'eczéma à l'arrêt du traitement, et ce malgré le scrupuleux respect de la posologie et de la diminution progressive des doses, nous avions à l'époque pris la décision d'utiliser l'homéopathie, même si cela induisait un traitement plus long et visiblement moins efficace à court terme. Il s'est finalement avéré bien plus efficient que la cortisone, puisqu'en six mois, l'eczéma avait totalement disparu et n'est plus revenu, du moins plus sous la forme que nous avions connue.
Restait à comprendre comment la cortisone et la déminéralisation dentaire pouvaient être en lien avec la dyscalculie. C'est encore une fois la psychologue qui m'a éclairée : il apparaît maintenant que la cortisone, administrée à un enfant entre 0 et 18 mois, peut modifier sensiblement l'ADN du bébé. On retrouve donc là la "piste" génétique, mais sans aucun rapport cette fois-ci avec un parent dys...

Seulement, avoir une idée de l'origine du trouble, c'est bien, mais ça n'aide pas du tout à le régler, d'autant plus qu'il est impossible de revenir en arrière (j'aimerais bien pouvoir remonter le temps et ne pas administrer de cortisone à mon bébé, mais cela est pour l'instant impossible. Pourtant, ça aurait été un bon moyen de vérifier la validité de la théorie "cortisone" dans l'apparition de la dyscalculie...). Il a donc fallu commencer à chercher des solutions, et c'est mon père qui m'en a fourni au moins le début, en assistant lui aussi à une conférence qui semble avoir totalement changé sa perception des choses.
Cette conférence faisait intervenir Elisabeth Nyuts qui a travaillé pendant trente ans auprès de personnes comme Noémi, souffrant de diverses "dys". Il semble qu'elle ait réussi à aider plus de 1000 patients, en faisant régulièrement des allers-retours entre la théorie et la pratique. Au final, il semble que les personnes (adultes ou enfants) atteints de ces troubles aient besoin plus que les autres de parler pour comprendre ce qu'ils lisent, calculent, font... C'est bien sûr un grossier résumé, alors n'hésitez pas, pour en savoir plus sur les observations d'Elisabeth Nyuts, à aller voir son site.
Alors bien sûr, ce n'est pas "magique". Il ne suffit pas de faire parler l'enfant, encore faut-il déconstruire d'abord ce qu'il a appris de travers et ensuite lui faire réapprendre ce qu'il n'a pas compris. Cela nécessite du temps, des efforts, et une pédagogie particulière. Ce qu'explique Mme Nyuts est en particulier basé sur le type de personne à qui on a affaire : est-ce un visuel, un auditif ou un kinesthésique ? En gros, est-ce qu'il mémorise par la vue, par l'ouie ou par le toucher allié à la vue et à l'ouie ? Elle a observé que les premiers, les visuels, ne représentent qu'environ 5% de la la population occidentale, les auditifs représentant 25% et les kinesthésiques une grosse majorité de la population. Or les enseignements scolaires, dès le CP, sont basés essentiellement sur la vue, en particulier la lecture. Les enfants sont très vite amenés à lire en silence, rapidement. Or cette méthode, si elle convient très bien sans doute aux visuels, n'est pas du tout adaptée aux autres... c'est-à-dire 95% des enfants. Sauf que les kinesthésiques peuvent aussi mémoriser grâce à la vue, même si ce n'est pas leur moyen de prédilection, faisant ainsi illusion. On arrive donc à 5% d'enfants pour lesquels cette méthode est très efficace, et 25% pour lesquels elle semble totalement inefficace, les auditifs n'ayant pour le coup aucune mémoire visuelle. La solution trouvée par Elisabeth Nyuts consiste à associer à la vue la parole. En gros, l'enfant doit lire tout haut (ou chuchoter en classe) pour mieux comprendre ce qu'il lit. Cela s'applique bien sûr pour les dyslexiques, pour lesquels cette technique a l'air d'améliorer considérablement leur compréhension des textes, mais aussi pour les dyscalculiques, pour qui les énoncés des problèmes ou les consignes de mathématiques sont très obscures et empêchent donc toute résolution de problème. 

Donc nous voilà repartis pour de nouveaux essais et, j'espère, quelques solutions. En tout cas, contrairement à ce que je pensais, la dyscalculie (et les autres "dys" avec) ne sont pas des handicaps ou des troubles mentaux, rendant impossible ou extrêmement difficiles les apprentissages, et ce de façon définitive. Ce sont en réalité des dysfonctionnements qui peuvent être résolus avec le temps et une bonne prise en charge. Ce qui laisse l'espoir aussi d'une vie plus "normale", moins décalée, et surtout d'apprentissages réussis, si tant est qu'on s'adresse à l'enfant dans une "langue" qu'il peut comprendre et qu'on lui laisse la possibilité de verbaliser. 
Le problème majeur est là, en réalité. Dans une classe de 25 élèves comme celle de Noémi, il semble en effet difficile de permettre aux enfants de lire à voix haute. Outre le bruit incessant, il y a fort à parier que ce serait difficilement supportable pour l'instituteur ou l'institutrice et que cela pourrait empêcher certains enfants de se concentrer s'ils ont besoin de silence pour le faire. Il n'empêche que si la solution est vraiment dans la parole, il serait peut-être bon de repenser les enseignements à l'école, notamment primaire, et leur organisation, histoire de permettre aux enfants d'apprendre dans de meilleures conditions et surtout de réussir dans leurs apprentissages.
Enfin, il faudrait aussi que les enseignants soient mieux formés à ces troubles des apprentissages, de manière à éviter les discours insupportables du type de celui que j'ai rencontré quand ma fille était en CP. Outre le fait que cela catégorise immédiatement l'enfant et son trouble, cette réaction donne aussi un alibi à l'enseignant qui ne veut pas se remettre en question pour laisser l'enfant dans cet état sans lui donner une seule chance de progresser, puisque cela sous-entend que "cela ne sert à rien : de toute façon, il (elle) est nul(le)". Et puis, c'est difficile pour un enfant, pour un parent, d'entendre un tel jugement, une telle condamnation...

Nous ne sommes donc pas au bout de nos peines, mais au moins avons-nous l'espoir que les choses peuvent changer...