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mardi 12 août 2025

État incohérent ?

Je me pose souvent des questions sur l'état de notre État, ou plutôt sur l'état mental de nos dirigeants (avec tout le respect que je dois à ces hommes et à ces femmes qui assument de lourdes responsabilités à tous les niveaux). Il y aurait tant à dire !

En ce moment, je rattrape le retard pris dans mes lectures du magazine catholique « Famille Chrétienne », et je retombe sur des articles écrits aux mois de mai et de juin, au moment du vote au Parlement de la loi sur l'euthanasie et le suicide assisté. Alors, bien sûr, je ne suis pas en phase avec l'actualité. L'actualité, ce sont les vacances, le budget, le tsunami en Asie, et encore le budget... Pourtant, parfois, il est bon de revenir sur des événements passés, sur des lois promulguées, avec (ou pas d'ailleurs) un peu de recul, souvent nécessaire tant ces sujets sociétaux sont chargés de sens, et porteurs, c'est le cas de le dire, de vie ou de mort.

L'autre raison qui me pousse à écrire à nouveau sur ce blog, c'est que je suis retombée il y a quelques jours sur un échange via Facebook avec une de mes lectrices (il se trouve que je suis aussi une de ses lectrices, ça aide un peu), qui date d'il y a un peu plus de dix ans, et qui m'a incitée à remettre les « mains dans le cambouis ». Parce qu'en dix ans, il s'est passé beaucoup de choses. Et là aussi, bizarrement, il était question de lois sociétales, c'était un peu après le débat sur le mariage pour tous et la loi qui a suivi...

Donc l'euthanasie. Il faut appeler un chat un « chat ». Parce que « droit à mourir dans la dignité », d'abord, ça n'a aucun sens. Cela a été dit par beaucoup, et bien mieux que je ne saurais le faire, mais je m'insurge contre ce hold-up du mot « dignité » par une association qui prône le droit à tuer son prochain, ou a l'aider à le faire lui-même. Quand on y pense, cela sous-entend que ceux qui sont opposés à cette loi seraient favorables à une mort indigne ou bien considéreraient normal de laisser mourir à petit feu ceux qui souffrent au prétexte d'une loi (« Tu ne tueras pas ») édictée depuis des millénaires et interdit sociétal fondamental permettant la vie en commun. Non, refuser l'euthanasie, ce n'est pas approuver l'indignité de la mort. D'ailleurs, il ne s'agit pas de dignité, dans la mort. Il s'agit de personnes. Une personne est-elle digne ? Je crois que oui. Que toute personne est digne, en elle-même, quel que soit son état : petite, grande, puissante ou non, handicapée ou bien-portante, productive ou non, âgée ou jeune. Une grand-mère est-elle moins digne que le bébé qu'elle fait sauter sur ses genoux ? Les deux sont « improductifs » au sens professionnel du terme. Les deux représentent un « coût » pour la société : l'une en pension de retraite et soins médicaux, l'autre en frais de garde, allocations pour aider les parents, congés parentaux et soins médicaux également. Seulement, il semble que, dans notre société, aujourd'hui, la grand-mère ait un désavantage sur le bébé : sa vie est « derrière elle », alors que celle du bébé est devant lui.

Soit.

Et alors ?

Est-elle pour autant moins digne ? Sa vie passée, même si elle est derrière elle, ne représente-t-elle rien pour personne ? Cette femme a éduqué des enfants, travaillé, aimé, joué, ri, été bénévole dans une association, peut-être, rendu service à sa voisine, donné de son temps, de ses compétences, permis peut-être aussi à l'un des enfants du quartier de ne pas faire trop de bêtises après l'école en gardant un œil bienveillant sur lui... Ou en servant de baby-sitter en l'absence des parents, comme cela est arrivé à notre voisin, pourtant pas très sympa, de le faire quand j'étais petite ?

Il n'y a rien d'indigne dans la vieillesse. Ni dans la maladie, d'ailleurs. Ni dans la dépendance. Parce que la dignité d'une personne n'est pas dans son état de santé, dans ce qu'elle peut ou ne peut pas faire, dans le coût qu'elle représente pour la société ou pour sa famille. La dignité d'une personne, elle est dans la personne elle-même, dans le fait même que la personne existe. Elle existe, donc elle est digne. C'est tout. Elle est digne parce qu'elle existe, parce qu'un jour elle est née. C'est aussi simple que ça.

Ce qui est indigne, en revanche, c'est la manière dont nos aînés peuvent être traités dans certains établissements censés prendre soin d'eux. Et qui rognent sur les protections urinaires, les quantités sur les plateaux-repas, ou qui pressurent le personnel soignant au point que certains en deviennent maltraitants. Elle est là, l'indignité. Dans le manque de soins qui sont donnés à ceux qui nous ont élevés, soignés, éduqués... et à qui nous devons la vie. En ce sens, c'est la loi sur l'euthanasie elle-même qui est parfaitement indigne, puisqu'elle dit en creux : « Ta vie ne vaut pas la peine d'être vécue. » Ne voit-on pas l'horreur qu'il y a derrière cette loi ?

Depuis plus de deux ans et demi, je suis aumônier en hôpital psychiatrique. Et là, une incohérence majeure me frappe : les patients que je reçois sont tous en souffrance, bien sûr, et beaucoup sont là parce qu'ils ont fait une tentative de suicide. Vous la voyez, là, l'incohérence ?

Nous vivons dans un pays où il n'est absolument pas inconcevable de recevoir des injonctions aussi contradictoires que « vous pouvez demander à mourir » aux uns et « on va vous hospitaliser parce que vous avez fait une tentative de suicide » aux autres.

Comment s'y retrouver ?

Comment concilier les deux, le soin à ceux qui n'en peuvent plus de vivre et la mort à donner à ceux qui n'en peuvent plus de vivre ? Une telle bêtise me laisse pantoise, je l'avoue. Tellement que je n'ai même pas cru, au début, que cette loi pouvait être possible.

Alors soit c'est moi qui n'ai rien compris, encore une fois, soit notre pays est schizophrène et marche totalement sur la tête. Il faut vraiment s'accrocher, en France en 2025, pour ne pas devenir complètement fou. C'est peut-être pour ça que la santé mentale est décrétée « grande cause nationale » ? Ce serait bien que nos décideurs aillent consulter, alors, non ?

Parce que la question reste posée : comment peut-on justifier en même temps d'inscrire dans la loi la possibilité de se donner la mort, pour leur « bien », et interner en psychiatrie ceux qui veulent se donner la mort, pour leur bien ? Serait-ce là le dernier avatar du « En même temps » macronien ? Jusqu'à la nausée, ce « en même temps » ? Jusqu'à l'absurde le plus complet ?

Je vois ici deux raisons majeures, mais qui ne peuvent pas être évoquées tant elles seraient violentes pour nos concitoyens, à cette incohérence flagrante de nos dirigeants : le manque de foi et l'argent. Il y en a d'autres, bien sûr, comme, par exemple, le rôle des lobbys, mais ce rôle ne peut avoir un impact que parce que notre pays a perdu la foi et est guidé par Mammon.

Le manque de foi et l'argent, donc. Parce que les deux semblent intimement liés. Depuis des lustres, d'ailleurs, et pas uniquement depuis la loi de 1905 qui sépare l’État et les Églises. Depuis les Lumières, et sans doute avant. Elle est déjà prégnante dans les Évangiles, pour ne parler que de la civilisation judéo-chrétienne, puisque c'est Jésus lui-même qui nous dit : « Vous ne pouvez servir deux maîtres. (…) Vous ne pouvez pas servir Dieu et l'argent. » Dans la bouche de Jésus, c'est très clair : on n'a qu'un seul maître : Dieu ou l'argent. Pas l'un et l'autre. Et il n'y a pas de compromis.

Il ne s'agit pas de vouer aux gémonies l'argent et de le fuir, comme on l'a longtemps pensé dans les sphères catholiques par exemple. L'argent n'est ni bon, ni mauvais en tant que tel. Et nous avons besoin d'argent pour vivre. En tant que mère de quatre enfants, dont trois étudiants, je sais de quoi je parle ! L'argent est nécessaire pour manger, se loger, se vêtir, étudier, se déplacer... Il ne s'agit pas de s'en passer, surtout pas quand on a charge de famille. Pour décider de vivre librement dans la pauvreté, il faut n'être responsable que de soi-même, comme le sont les membres des ordres religieux mendiants, par exemple. Mais quand on a des enfants qui, eux, n'ont rien demandé et ne font que subir les choix de leurs parents, il peut être bon de leur assurer quand même le minimum pour qu'ils vivent dans de bonnes conditions et pour ne pas « pourrir » d'entrée de jeu leur vie d'adultes. Quand eux auront atteint l'âge adulte, alors ils pourront, s'ils le souhaitent, embrasser une vie de pauvreté, de sobriété volontaire. Mais tant qu'ils sont sous notre responsabilité de parents, c'est à nous, parents, de prendre soin d'eux et, sans les pourrir non plus par des biens inutiles ou superflus (comme le énième téléphone portable à la mode ou la 3e paire de baskets dernier cri), de leur donner ce dont ils ont besoin pour grandir sereinement.

L'argent, donc, s'il est décrié par Jésus dans les Évangiles, ce n'est pas parce qu'il n'est pas bon en soi, mais parce qu'il ne doit pas devenir un but. Il s'agit de ne pas se tromper : l'argent n'est pas un problème tant qu'il reste un outil, et non une fin en soi.

Et c'est bien ça le principal problème de notre monde. En « virant » Dieu de partout (de nos vies, de nos hôpitaux, de nos écoles, de nos rues, de notre monde en général), on a fini par oublier que, sans Dieu, nous avons malgré tout besoin de buts dans nos vies, de directions, de sources d'enthousiasme, de moteur pour agir, pour nous donner l'élan pour nous lever le matin, donner un sens à notre travail, à nos journées, à nos vies quotidiennes, tout simplement. Or, quand on supprime la transcendance de nos vies, que nous reste-t-il ?

La jouissance.

Jouir sans entraves, comme on le voyait écrit en 1968, un peu partout. Jouir, dans tous les sens du terme : sexualité débridée, drogue, argent, alcool, jeux (d'argent de préférence), individualisme, congés, loisirs... Tout, pour donner du sens, parce que sinon, la vie est vide. Aujourd'hui, je ne peux que constater que ce qui gangrène le monde, c'est tout simplement le fait que nous ayons mis Dieu au placard. Sans Dieu, sans transcendance, tout devient permis, et surtout désirable. Vital, même. Parce que la nature a horreur du vide. Sans transcendance, le vide intérieur est immense, et invivable. Il faut donc le combler par autre chose. Et le plus satisfaisant, c'est bien l'argent : c'est tangible, concret.

Alors, quel est le problème ?

Euthanasie, suicide assisté. Pourquoi ça pose question? Pourquoi ça ne « marche » pas, d'un point de vue logique, du point de vue sociétal ? Qu'est-ce que ça dit de notre vie en société ?

Imaginons que cette loi passe (et elle passera, malheureusement, n'en doutons pas)... Comment croyez-vous que les choses vont se passer ?

Je ne parle pas de ceux qui, avant même d'être malades ou en fin de vie, militent activement pour ouvrir ce « droit » à mourir « dans la dignité », mais de nos personnes âgées, souvent en maison de retraite ou en EHPAD parce qu'elles ne peuvent plus rester chez elles : croyez-vous que, sachant combien coûte leur hébergement chaque mois, elles verront encore tout cela sereinement ? Je me mets à la place de cette petite femme que j'ai rencontrée, et qui me disait que son mari, qui perd la tête, croyait qu'elle dilapidait l'argent du couple, alors qu'en réalité, quasiment tous leurs revenus (sa retraite à lui, et une bonne partie de la sienne), partaient dans les frais d'hospitalisation en USLD. Du coup, cette femme se privait pour que son mari soit correctement pris en charge. Si cet homme avait toute sa tête, croyez-vous qu'il accepterait d'être un « poids » pour sa femme ? Croyez-vous que, sachant qu'il existe une solution radicale, il ne la demanderait pas, uniquement pour soulager sa femme des difficultés qu'elle rencontre au quotidien, entre les déplacements pour aller le voir et le coût que ses soins ont pour elle ? N'aurait-il pas envie d'en finir plus vite, juste pour que son épouse ne souffre pas trop ? Ne se sentirait-il pas un poids pour elle, pour leurs enfants, pour la société, lui qui a toujours travaillé de ses mains, payé ses impôts et se dit fier de ce qu'il a accompli honnêtement ?

À partir de quand une personne dépendante commence-t-elle à se sentir « de trop » ? Des personnes âgées qui me disent vouloir en finir, j'en rencontre régulièrement. Mais pour l'instant, ils savent que ce n'est pas possible. Alors ils peuvent se permettre de le dire pour exprimer leur ras-le-bol, leur souffrance, la perte de sens. Mon travail consiste à les accompagner sur ce chemin du lâcher-prise, et à leur montrer, par ma présence et le temps que je passe avec eux, qu'ils sont dignes, importants pour d'autres, que leur vie, même s'ils sont au fond d'un lit, mérite d'être vécue jusqu'au bout.

Et puis, il y a la question des médecins, et du lien entre le médecin et le patient. Aujourd'hui, quand un patient demande à un médecin d'abréger sa vie, le patient sait que le médecin ne peut pas le faire. C'est encore pour cela qu'il se donne le droit de l'exprimer. Cela lui permet de dire au médecin qu'il a mal, qu'il n'est pas bien, qu'il a besoin d'aide, de soutien et de compassion. Mais que deviendra cette parole, cette demande d'aide, si la parole du patient devient un signal pour le médecin de donner la mort plutôt que d'aider à continuer à vivre jusqu'au bout ?

Il y a bien sûr un aspect très cynique à cette histoire : l'argent, encore et toujours. Il est bien sûr bien moins coûteux, économiquement parlant, de tuer un patient plutôt que de l'accompagner sur le long terme dans un hôpital ou une maison de retraite. C'est aussi bête que ça... Un médicament à administrer, et tout est fini dans un cas. Une équipe à rémunérer, un hébergement à financer, des soins à prodiguer, des repas, du matériel, des professionnels divers et variés pour la prise en charge d'une seule personne dans le cas des soins palliatifs... Que croyez-vous qui coûte le plus cher à la société ? À un moment où on parle de plus en plus de la dette abyssale de la France, où on fait travailler de plus en plus longtemps ceux qui travaillent déjà, où on donne des chèques pour tout à ceux qui ne travaillent pas pour acheter la paix sociale, où l’État cherche en permanence à faire des économies de bouts de chandelles, au mépris même des citoyens de ce pays, l'euthanasie et le suicide assistés ne font-ils pas partie, même si ce n'est bien entendu jamais dit comme ça, d'une sorte de « solution », au moins en partie, au problème du budget de la Sécurité Sociale ? Mais non... je dois me tromper. Nos élites ne peuvent pas être aussi cyniques : ils se sont engagés en politique pour servir notre pays et ses citoyens, non ?

Non ?

Autre paradoxe qui montre aussi, par l'autre bout de la lorgnette, les incohérences de l’État : la question de l'avortement.

Je lisais un billet de Gabrielle Cluzel, qui disait dans Famille Chrétienne qu'en réalité, la loi sur l'euthanasie était déjà passée il y a... 50 ans. En 1975, quand la loi Veil sur l'avortement a été adoptée. C'est à ce moment-là qu'on a accordé à la société un « permis de tuer » les plus faibles et les plus fragiles. D'abord les bébés, et aujourd'hui, les personnes malades, âgées, qui en feraient la demande. Comme c'est pratique ! « Mais c'est une loi qui n'enlève rien à ceux qui ne la demanderont pas ! Elle ne fait que donner un droit supplémentaire à ceux qui souffrent ! »

Tout comme l'avortement est un « droit » supplémentaire, c'est ça ?

Un droit pour qui ? Pour la femme ? Vous en êtes vraiment sûrs ? La femme a-t-elle gagné quelque chose dans cette bataille pour le droit de mettre fin à la vie du bébé qu'elle a conçu ?

Je m'étonne toujours que les femmes voient dans l'avortement une conquête ou un droit supplémentaire pour elles. Finalement, avec l'avortement, le désengagement des pères est encore plus grand qu'avant. « Tu es enceinte ? Ben t'as qu'à avorter ! » « T'as oublié ta pilule ? Pas grave ! Il y a l'avortement ! » « Si tu avortes pas, je te quitte ! »

Les hommes sont-ils plus présents ? J'en connais, oui. Ce sont ceux qui assument, et, ou qui refusent d'avoir des relations sexuelles n'importe quand et avec n'importe qui. Et en général, ils sont opposés à l'avortement, d'ailleurs.

On continue ?

1975 : loi Veil dépénalisant l'avortement.

1981 : loi interdisant la peine de mort en France.

Vous la voyez, l'incohérence, ici ? On interdit de tuer des criminels, mais on autorise la mise à mort des bébés à naître...

« Réarmement démographique ». Ça vous dit quelque chose ? Oui, ce sont bien les mots de notre président de la République, il y a quelques mois. Il faut réarmer démographiquement le pays, parce que ça ne va plus : nous sommes passés en-dessous du seuil de renouvellement de la population, pour la première fois de l'histoire de la France (hors périodes de guerres, sans doute). Là aussi, on a droit au « en même temps » macronien : Il faut réarmer démographiquement la France, mais on inscrit l'avortement dans la Constitution, pour le « sacraliser »... Ou quand on supprime Dieu d'un côté, on en crée un autre immédiatement après (la nature a horreur du vide, vous vous souvenez?). Pourtant, avoir plus d'enfants serait une excellente nouvelle pour notre société. Parce que notre pays est basé sur la solidarité nationale, et notamment la solidarité entre les générations. Les parents élèves leurs enfants, oui. Les enfants quand ils grandissent, prennent soin de leurs parents vieillissants. Sinon, il y aurait encore plus de demandes de places en maisons de retraite et en EHPAD ! Les grands-parents, quand ils en ont la possibilité, gardent souvent leurs petits-enfants pendant que leurs enfants sont au travail. Les enfants, par leur travail, payent les pensions de retraite de leurs parents. Et puis... On n'aurait pas besoin de « réarmer démographiquement » notre pays si on permettait aux 220.000 (environ) bébés qu'on tue chaque année dans les ventres de leurs mères de venir au monde...

Et il y a un autre aspect non négligeable : avoir des enfants, c'est parier sur l'avenir. C'est croire que l'avenir peut être porteur de vie. Et pour l'instant, le message qu'envoie le gouvernement (et la société en général d'ailleurs), c'est que l'avenir est porteur de mort. La mort est partout, dans les ventres des futures mères (qui ne le deviendront jamais, puisqu'elles avortent de plus en plus), dans les chambres des maisons de retraite et des EHPAD (puisqu'on est en train de voter une loi qui permettra de les tuer sans aucun remords, puisque ce seront eux qui le demanderont). Ce pays est non seulement en train de vieillir, mais il est aussi en train de mourir. Pas étonnant, donc, qu'il n'y ait plus d'espoir. Plus d'espoir pour les jeunes, à qui on rebat les oreilles en permanence à propos du réchauffement climatique. Ils ne se marient plus, n'ont plus d'enfants (ou si peu), se perdent dans les réseaux sociaux, passent leur temps libre chez le psy parce que leur vie est insupportable... La santé mentale, des jeunes en particulier, est quand même une « grande cause nationale »... Mais c'est normal, qu'ils n'aillent pas bien, nos jeunes ! C'est logique, si la mort est le seul horizon que la société a à leur proposer. Et je ne parle même pas des guerres, mais de la mentalité actuelle, individualiste et cynique au point d'en arriver peu à peu à briser l'élan vital de nos jeunes de 20 ans. L'âge où, normalement, on est tout feu, tout flamme, où on fait des projets d'avenir et où on n'a peur de rien.

Donc il reste une seule solution : Dieu. Dieu, c'est la Vie en abondance, la joie de la résurrection, la joie de l'accueil de l'autre, l'espérance, la charité envers le prochain, des frères et des sœurs bienveillants qui prennent soin les uns des autres, qui s'inquiètent les uns des autres et se soutiennent mutuellement. Rien n'est parfait, surtout pas dans l’Église. Mais la fraternité, la véritable fraternité, celle qui se joue en actes (et non pas qui s'affiche de manière stérile sur le fronton de nos mairies, sans qu'elle soit réellement suivie d'effets), la vraie fraternité existe. Elle n'est pas le seul apanage des croyants (et d'ailleurs, tous les croyants ne sont pas dotés d'une fibre fraternelle, loin s'en faut!). Mais elle est souvent impulsée par des croyants. Et si elle existe malgré tout, c'est parce que certains croient encore en ce Dieu bon et miséricordieux, ce Dieu qu'on a « fichu dehors ».

Et si on lui redonnait une place ?

lundi 9 mars 2020

Coronavirus, bienvenue en Absurdie !!!

Cela fait un moment que je n'ai pas eu le temps de publier ici. Dommage, car entre les Gilets Jaunes, la réforme des retraites et les histoires grivoises de Griveaux, il y aurait eu de quoi. Mais bon, il faut croire que le temps passe désormais trop vite pour être sur tous les fronts... alors je vais me contenter du virus qui occupe en ce moment tous les esprits : le Covid19, plus connu, pour l'instant, sous le nom de Coronavirus.

Alors je ne vais pas faire l'affront à mes lecteurs de croire que je vais leur apprendre quelque chose. On parle tellement de ce virus partout (sur les plateaux de télévision, dans les documentaires d'Arte, dans les journaux, à la radio, sur les réseaux sociaux...) que je pense que vous en savez même plus que moi.
En revanche, vous ne savez sans doute pas ce qui se passe ici, en Alsace, où la gestion de la crise tend de plus en plus vers l'absurde, l'hallucinant et l'incompréhensible.
Petites précisions : j'habite dans le Centre-Alsace, dans le Bas-Rhin, à quelques kilomètres seulement du Haut-Rhin. Et comme le nuage radioactif de Tchernobyl avait pu, finalement, passer la frontière, il va de soi que le virus Covid19 a lui aussi fait fi de nos limites administratives. En gros, il s'en fiche totalement, ce qui prouve qu'il est tout à fait normal. Et qu'il est donc illusoire, pour nos pouvoirs publics, de tenter de limiter son expansion tout en continuant à autoriser les déplacements des personnes qui en sont potentiellement porteuses. Première absurdité, donc.

Depuis ce matin, mais c'était annoncé au début du week-end, les écoles (crèches, écoles primaires et maternelles, collèges et lycées) du Haut-Rhin sont toutes fermées pour éviter la propagation de Corona. Cette mesure paraît plutôt sensée, quand on sait que le Haut-Rhin fait partie des départements les plus touchés en France. Tout aussi logiquement, les enseignants et les élèves habitant dans le Bas-Rhin et allant au lycée, au collège ou à l'école dans le Haut-Rhin (et il y en a pas mal, en Centre-Alsace, de ces "transfrontaliers"), sont priés de rester chez eux, puisque leurs établissements respectifs sont tous fermés.
Ce qui semble un peu plus compliqué et un peu moins logique, c'est que cette mesure de non-déplacement est valable aussi dans l'autre sens : les élèves et enseignants habitant dans le Haut-Rhin, mais enseignant ou étant scolarisés dans le Bas-Rhin, non concerné par la fermeture des établissements, sont priés également de rester chez eux, toujours pour éviter la propagation de notre copain Corona, même s'ils sont en bonne santé (on ne sait jamais, hein, et on n'est jamais trop prudent quand il s'agit d'une épidémie, que dis-je ! D'une pandémie !!!, qui plus est mortelle pour un certain nombre de personnes quand même).
Soit. On peut comprendre la logique, il s'agit de confiner les Hauts-Rhinois, potentiellement plus à risque que les Bas-Rhinois, en espérant que l'épidémie ne s'étendra pas trop hors des frontières du 68.

Sauf qu'il y a quand même un léger problème. Et surtout une sorte de double discours. Vendredi soir, une de mes amies, enseignante dans le Bas-Rhin, en CLIS (CLasse d'Inclusion Scolaire, destinée aux enfants handicapés en particulier) a présenté des symptômes du type Corona. Etant vaccinée contre la grippe, il était peu probable que ce soit ça. Alors elle a suivi les recommandations officielles. Bien sûr, il n'était pas question de se rendre chez le médecin ou à l'hôpital, au risque de contaminer tout le monde. En bonne citoyenne respectueuse des lois, elle a donc appelé le 15 et a eu un médecin au téléphone, à qui elle a décrit ses symptômes et à qui elle a précisé son état vaccinal. La réponse du médecin a été à la fois scotchante, hallucinante et délirante (selon moi, mais qui suis-je, pour juger de l'état de santé mentale du médecin ? On va donc dire, simplement, que cette réponse m'a paru, pour le moins, assez étrange).
Il lui a dit, grosso modo, que nous étions sur le point d'entrer en phase aiguë d'épidémie. Donc, qu'il fallait être pragmatique. Un cachet de Paracétamol toutes les six heures pour la fièvre, et "sinon, Madame, vivez comme d'habitude, normalement". Ce qui veut dire qu'elle peut continuer à travailler, à faire ses courses, à rendre visite aux voisins et voisines, y compris les personnes âgées (nous vivons dans un village). Ce type de recommandations, dans des circonstances telles que celles que nous connaissons aujourd'hui, où la majeure partie des décès sont plutôt ceux de personnes âgées ou fragilisées par des pathologies sous-jacentes (maladies cardiaques, pulmonaires, etc.), peut donc paraître, à première vue, pour le moins légère.
Dans le cas de notre amie, récapitulons : elle est enseignante, en CLIS, au contact d'enfants dont certains sont trisomiques (donc avec des complications cardiaques avérées pour certains d'entre eux) et handicapés, donc pas trop à même de suivre à la lettre les recommandations d'hygiène données par les instances sanitaires. De quoi propager plutôt rapidement le virus si elle venait à être réellement infectée. Mais là encore, c'est compliqué de le savoir : il n'y a pas de tests pratiqués, en tout cas dans le Bas-Rhin, sur des personnes qui ne présentent pas un état de santé suffisamment grave et nécessitant une hospitalisation. Donc, on peut penser que le nombre de personnes réellement infectées par ce virus est bien plus élevé que celui qui est officiellement annoncé. J'ai lu, hier, que seuls 15% des malades nécessitaient une hospitalisation pour des complications pulmonaires. Donc que seuls 15% des malades sont réellement testés et diagnostiqués. Ce qui veut dire quand même qu'il y a 85% des malades qui ne savent pas si, oui ou non, ils sont porteurs de ce virus. Ça laisse rêveur, non ?
Mais bon, Messieurs-Dames, circulez, y'a rien à voir !

Alors là, du coup, je me pose quelques questions basiques, parce que certains faits heurtent ma logique et mon bon-sens (ou alors je ne suis ni logique, ni douée de bon-sens, ou bien encore, ma logique et mon bon-sens ne sont pas du tout les mêmes que ceux de nos dirigeants, les trois hypothèses étant, d'ailleurs, tout à fait plausibles).

Donc, je me dis que pour éviter la propagation d'un virus, la moindre des choses, c'est d'éviter que des personnes potentiellement infectées soit au contact d'autres personnes qui pourraient mourir de ce virus (les personnes âgées, les personnes fragiles, ceux qui souffrent de pathologies lourdes ou associées). Mais quand on pose la question au 15 du Bas-Rhin, la réponse est qu'il vaut mieux continuer à vivre normalement, puisque nous allons de toute façon tous passer par ce virus, tous être infectés, alors autant que ça se passe le plus vite possible, comme ça, ça durera moins longtemps. Une fois que tout le monde aura été atteint, ceux qui auront survécu pourront reprendre une vie normale...
Mouais. Ça, c'est une logique qui m'embête pas mal, même si je comprends le côté pragmatique (sur le mode "on ne peut rien faire pour contrer l'épidémie, alors autant l'affronter une bonne fois, vous en faites pas, ça va bien se passer") (méthode Coué, quoi), parce qu'elle condamne de fait les personnes les plus fragiles, les plus malades, les plus âgées. Et ben moi, je trouve ça parfaitement dég*******e, si vous voyez ce que je veux dire.

Deuxième question que je me pose : on pourrait quand même tester les malades qui se signalent, ne serait-ce que pour pouvoir les traiter correctement. Parce que les symptômes, ils sont plutôt simples : toux, fièvre, nez qui coule, mal de gorge. Il me semble que ça peut avoir pour cause un certain nombre de maladies, dont certaines sont plutôt bénignes, d'autres moins. On peut penser à la bronchite, à la pneumonie, à la grippe, bien sûr, à une simple angine, à une trachéite, à un rhume un peu costaud... Il est vrai que le paracétamol doit fonctionner dans tous les cas, pour faire baisser la fièvre en particulier et diminuer les éventuelles douleurs, mais, par exemple, entre une bronchite et une trachéite, comme ce n'est pas le même type de toux (grasse dans le cas de la bronchite, sèche pour une trachéite), le médicament ne doit pas être le même... sous peine d'aggraver les choses ou d'empêcher la maladie d'évoluer favorablement et de passer toute seule. Pour ce qui est de la grippe, de toute façon, c'est bien connu : "une grippe, c'est une semaine au lit avec du paracétamol, ou une semaine au lit sans paracétamol". C'est donc toi qui choisit...
En revanche, les conséquences de ces maladies sont assez différentes : il faut être vraiment hyper fragile pour mourir d'une angine ou d'une bronchite. Mais la grippe, elle, tue entre huit mille et dix mille personnes par an, rien qu'en France, et on est actuellement en plein pic de l'épidémie de grippe. Ça vaut quand même le coup de savoir ce qu'il en est pour pouvoir surveiller et traiter au mieux, non ? Ben, en fait, la préfète du Bas-Rhin a jugé que non. Sans doute vaut-il mieux ne pas savoir. Comme on va tous y passer, et que le résultat, c'est la mort des plus fragiles (que ce soit de la grippe ou du Covid19), pourquoi chercher ? On a qu'à attendre, finalement. Si les personnes âgées meurent, c'est que c'est le Covid19, parce qu'elles sont souvent vaccinées contre la grippe. Si elles ne meurent pas, c'est parce que c'était autre chose... ou qu'elles ont eu du bol.
Alors je me demande si cette décision de ne pas tester les malades (sauf ceux qui sont assez malades pour nécessiter une hospitalisation) pouvait s'expliquer ? Par exemple, pour ne pas alarmer les gens ? Ou bien par manque de tests disponibles ? Ou bien encore si c'était un signe de fatalisme, sur le mode "on ne peut rien faire, parce que de toute façon, on n'a pas de traitement, donc même si c'est le Covid19, la seule chose qu'on peut faire, c'est donner du paracétamol et attendre, alors autant ne rien faire du tout, sauf dire de prendre du paracétamol toutes les six heures et attendre..." Aveu de faiblesse ? D'impuissance ? Si c'est ça, c'est grave !!!

Troisième question : qu'en est-il des systèmes de protection ? D'après ce que j'ai su, il existe deux types de masques pour se protéger : le type 1, réservé aux malades, le type 2, réservé aux soignants. Le type 1 est peu efficace, le type 2 l'est plus, mais les stocks sont quasi-inexistants, depuis que ceux qui avaient été constitués pour l'épidémie de grippe A H1N1 (non, vous n'avez pas pu l'oublier !) se sont révélés inutilisables, faute d'avoir été nécessaires pour lutter contre l'épidémie et utilisés avant d'arriver à péremption (parce que oui, apparemment, ce type de protection se périme). Et depuis, les ministres qui se sont succédés au Ministère de la Santé n'ont pas jugé nécessaire de les renouveler. Il n'y a donc pas de stocks de masques de type 2. Quant aux masques de type 1, il y en a peu aussi, et c'est pour cette raison qu'ils sont réservés aux malades déclarés. Parce que si on en donnait à tout le monde, ben... il n'y en aurait tout simplement pas assez, d'autant plus qu'il faut les changer très régulièrement, faute de quoi, ils deviennent de vraies passoires et ne servent plus à rien.
Ce qui m'amène à une autre question : comment un pays comme la France, normalement doué de financements conséquents, d'un bon système de protection sociale, d'hôpitaux performants, peut-il en arriver à un tel manque de préparation face à une crise comme celle que nous traversons ?
Ah... mais peut-être est-ce parce que les trois derniers gouvernants n'ont eu de cesse de démanteler les hôpitaux publics ? De supprimer des postes de soignants ? De geler les crédits ?
Peut-être est-ce du à la politique de flux tendus qui veut qu'on n'a pas de stocks, ni de médicaments, ni de matériel, parce qu'il suffit de les commander et qu'ils arrivent dans la demi-journée ?
Oui... sauf si le fabriquant est chinois et que la Chine est en quarantaine, avec les usines à l'arrêt, depuis... le déclenchement de l'épidémie, justement !
Apparemment, il y a des gens qui se sont mis à réfléchir et qui ont dit que ce serait bien de relocaliser la fabrication des médicaments, au moins des molécules de base, plutôt que de les faire venir de Chine, comme c'est le cas, actuellement, pour 80% des molécules des médicaments vendus dans le monde !
Et là, on peut vraiment dire "Vive la mondialisation !" Et aussi : "Mais en voilà, une idée qu'elle est bonne ! En plus, ça va peut-être permettre de réellement faire baisser le chômage en France, si on recrée des usines ! Youpi !!!"

Alors une autre question se fait jour dans mon esprit : si les "ordres" venus d'en haut (de l'Etat, pour être claire) sont de ne pas confiner les malades, au risque de propager la maladie encore plus vite, quelle est l'obscure raison qui les a fait arriver à prendre cette décision, sachant que cette maladie est très contagieuse, qu'elle fait quand même un certain nombre de morts et ne semble pas avoir envie de s'arrêter, ni même de ralentir, du moins en Europe ?
Il semblerait, selon certains analystes, que la raison soit purement économique. Si nous en arrivions à un scénario à la chinoise, ou à l'italienne, maintenant, avec des zones entières confinées, avec des millions de personnes sommées de rester chez elles, l'économie mondiale s'arrêterait sans doute net. Plus de consommation (ou très peu, limitée à l'essentiel), des indices boursiers en chute libre, des actionnaires dans la panade parce qu'ils perdraient énormément d'argent sur leurs portefeuilles d'actions... Mon Dieu ! Naaaaannnnn. Ce ne doit pas être ça, la raison. Il est impensable que notre gouvernement ait décidé de prémunir le pays d'une crise économique, au risque de lui faire vivre une crise sanitaire XXL, avec des dizaines de milliers de victimes potentielles ! Non. Ce n'est pas imaginable, ça. Il n'est pas du tout raisonnable de penser que la santé des personnes les plus fragiles, leur vie, même, soit sacrifiée sur l'autel de la mondialisation, de l'économie et du sacro-saint PIB !

Pourtant...
Non. Je ne vais pas pousser plus loin ma réflexion. Parce que les idées qui me viennent sont vraiment trop noires. Je me refuse tout net à y accorder du crédit, parce que ce serait à la fois ne plus avoir foi en l'être humain (ou au moins en ceux qui nous dirigent) et en même temps entrer dans un système de pensée complotiste ou conspirationniste. Et ça, vous savez bien que c'est l'insulte suprême, celle qui freine toute possibilité de réflexion hors des sentiers battus, celle qui discrédite absolument tout argument, si logique et réfléchi soit-il. En gros, si vous avez une idée qui pourrait tendre vers la découverte d'un complot, vous êtes foutu. Il vaut mieux vous taire, parce que de toute façon, vous serez à jamais discrédité et vos propos taxés de "fake news".

Pourtant, il y a des choses qui ne s'inventent pas.

Alors que la Chine était en pleine découverte de l'épidémie et où les morts s'accumulaient déjà par centaines, la France n'a rien trouvé de mieux que de rapatrier ses ressortissants auparavant coincés à Wuhan, le point de départ de l'épidémie. Je me demande bien pourquoi on ne les a pas mis en confinement en Chine, afin d'éviter d'importer le virus chez nous ? Un pays durement touché, ce n'était pas assez ? Il fallait que les malades potentiels viennent contaminer leurs familles restées en France et les militaires qui étaient chargés de leur rapatriement ?

Alors que les mesures du stade 2 de l'épidémie sont de confiner les personnes potentiellement porteuses de la maladie chez elles et de limiter les rassemblements, les consignes de sécurité ne s'appliquent pas du tout de la même manière dans tous les départements (voir plus haut), alors que le nombre de cas a encore augmenté pendant que j'écris ces lignes (à l'heure actuelle, 48 nouveaux cas (1) par rapport à hier à la même heure).
Si les voyages scolaires à destination de l'étranger (en particulier de l'Italie) avaient été annulés ou reportés il y a une dizaine de jours, il n'est apparemment plus question de limiter les déplacements parce que, de toute façon, le virus est présent en France. Alors un peu plus ou un peu moins, me direz-vous... ça ne devrait pas changer grand-chose !

De leur côté, les marchés boursiers s'effondrent : -8,39% à la Bourse de Paris, -7,69% à Londres, -7,94% à Francfort, à 18h aujourd'hui (1). De quoi faire paniquer nos actionnaires ! Parce que le problème, là, c'est que ce n'est pas comme en 2008, où la crise était d'origine financière. Elle a certes été rude, mais les Etats, l'Union Européenne en particulier, ont injecté des milliards d'euros pour sauver les banques et leur donner la possibilité de continuer à faire n'importe quoi sur les marchés boursiers, en toute impunité. Le principe, c'est que quand elles gagnent, elles récoltent tous les bénéfices, et quand elles perdent, se retrouvent dans la mouise, ce sont les Etats qui les renflouent. Ce système pervers s'appelle la privatisation des gains et la mutualisation des pertes (au final, l'argent donné par les Etats pour renflouer les banques vient... de la poche des citoyens, bien sûr). En tout cas, la situation commence à être un peu compliquée. Parce que là, injecter de l'argent ne va peut-être pas suffire, si le problème n'est pas financier mais économique et lié au fait que le trafic aérien est interrompu, au moins en partie, ou au fait que les usines ne tournent plus faute d'employés pour y assurer la production, que les chaines de production sont à l'arrêt parce qu'il ne sert à rien de produire des masques pour le monde entier si on ne peut pas les exporter à cause du confinement... Non, là, c'est un peu plus complexe quand même.

Et puis, pour en revenir à notre problème alsacien, il me semble quand même bizarre que, dans le Haut-Rhin, où le nombre de cas, ce soir, est de 193 confirmés, et 53 dans le Bas-Rhin (1), rien ne soit fait, dans le Bas-Rhin, pour limiter la contagion. Alors d'accord, il y a environ quatre fois plus de malades au sud de la région qu'au nord, mais vu la manière dont la crise est gérée dans le Bas-Rhin, ça ne va peut-être pas durer !
Du coup, je m'interroge. La suite, c'est quoi ? On attend de voir venir ? On panique ? On fait des réserves de nourriture, comme en temps de guerre, et on se cloître à la maison ? On s'organise entre voisins pour que ceux qui sont malades puissent être ravitaillés par les valides, au risque que ces derniers soient aussi contaminés ? On prend ça à la rigolade en se disant qu'il faut bien mourir de quelque chose ? On rationalise en se disant que cette maladie tue essentiellement des personnes âgées et que, coup de bol, on est dans la tranche en-dessous ? On continue à vivre tranquillement, sans rien changer à nos habitudes, pour qu'au moins l'économie ne se casse pas complètement la figure, ce qui serait tout aussi embêtant que de tomber tous malades ?

Pour l'instant, je préfère garder le sourire et rester optimiste. Je prépare mes cours, je retourne à l'école, je surveille mon état de santé, je ne serre plus les mains des gens que je croise, je ne fais plus de bises à mes amis, je continue à faire de gros câlins à mes enfants, sinon, je risquerais de provoquer de graves troubles émotionnels chez eux, qui seraient peut-être pires que le Corona pour leur santé globale, j'ai de quoi manger pour un peu plus d'une semaine à la maison, au cas où je tomberais malade et je serais incapable de faire des courses (que ce soit la grippe, le Corona ou un grosse bronchite, d'ailleurs !), et je surveille de pas trop près l'évolution de l'épidémie, histoire de ne pas entrer dans une psychose mortifère qui m'empêcherait carrément de vivre.

Après, si on entrait, chez nous, dans une période de confinement, je me dis que ça aurait aussi de bons côtés : j'aurais davantage de temps pour écrire mon roman, puisque je n'aurais plus de cours à préparer durant deux semaines et que je n'aurais plus d'allers et retours à faire pour aller à l'école, pour y emmener mes enfants ou aller les rechercher, que je n'aurais plus à honorer les rendez-vous médicaux, les rendez-vous chez l'orthophoniste ou le dentiste... Je pourrais aussi enfin trier les paquets de vêtements pour enfants reçus des voisins du village. Ou bien trouver enfin le temps de tester la fabrication de Tawashis, ces "éponges" en tissu recyclé venues directement du Japon (mais fabriquées par nos petites mains). Je pourrais renouveler mon stock de lessive "home-made" que je n'ai pas encore eu le temps de refaire, ainsi que mon shampoing maison, mes tablettes lave-vaisselle "made in chez-moi". Et puis, en cas de pénurie de pâtes, ne pas oublier que nous sommes en Alsace. Et en Alsace, il suffit de farine, d’œufs et d'eau, avec un peu de sel, pour fabriquer des... spaetzles ! Si ! Et en plus, c'est bon !!!!
Alors, c'est quand la fermeture des écoles, dans le Bas-Rhin aussi ? :)
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(1) : source : https://www.lci.fr/sante/en-direct-coronavirus-covid-19-le-ministre-de-la-culture-franck-riester-teste-positif-mais-en-forme-2143314.html

jeudi 29 août 2019

La violence des réseaux sociaux... vraiment ?

Ce mercredi 28 août au matin, à la radio (vous savez, le flash-info de 7h00 à 7h02, suivi de la météo ?) m'a fait quelque peu bondir hors de mon lit (pourtant, je n'avais pas vraiment passé une bonne nuit, avec une belle insomnie comme il ne m'en était plus arrivé depuis des mois, mais c'est un autre sujet).
J'ai entendu ce matin-là le présentateur des infos qui disait, m'a-t-il semblé, qu'il fallait lutter contre la "violence des réseaux sociaux".

Soit. Je vois tout de suite à quoi il est fait allusion, là. Les "réseaux sociaux", c'est Twitter, Facebook, Instagram, Youtube, Whattsap, Snapchat et consorts. Ce sont des plate-formes internet par l'intermédiaire desquelles des personnes, qui se connaissent ou non dans la "vraie vie", entrent en contact les unes avec les autres et interagissent. Il est possible de retrouver des copains perdus de vue, ou des membres de la famille un peu éloignée (voire très éloignée aussi), d'organiser des rencontres, des événements, de partager des informations, des découvertes... etc. Vous connaissez le principe puisque, comme moi, je suppose que vous en utilisez au moins un.

Ce qui m'a fait bondir tout d'abord, c'est la question de leur "violence". Peut-on, en effet, parler de "violence" quand on parle d'un réseau social ? Un réseau social peut-il être violent par lui-même ?
Les outils, les instruments, ne sont "violents", à mon sens, que par l'usage qui en est fait. Je peux très bien utiliser Facebook ou Twitter pour rester en contact avec des personnes qui sont loin géographiquement, par exemple. Il n'y a là aucune "violence". Juste un "lien" entre des personnes. En revanche, je peux aussi utiliser Facebook ou Twitter pour organiser une manifestation qui pourra s'avérer violente ou tenir des propos violents contre l'un ou l'autre de mes contacts. 
C'est exactement la même chose que l'énergie atomique. Est-elle bonne ou mauvaise ? En soi, elle n'est ni bonne, ni mauvaise. Tout dépend de l'utilisation qu'on en fait. L'utiliser pour produire de l'électricité, en soit, c'est une bonne chose. Mais en faire des bombes est une utilisation bien plus discutable, il me semble...
La "violence des réseaux sociaux" n'est donc pas une réalité. La réalité de cette violence, c'est celle des utilisateurs de ces réseaux. Soit ils sont violents (en parole en premier lieu, dans leurs écrits, ou en actes si les réseaux les incitent à se rendre à une manifestation où ils vont faire preuve de violence par exemple), soit ils ne le sont pas (beaucoup de personnes tentent de discuter avec les autres sur un mode apaisé, nombre d'utilisateurs ne font que suivre une personne ou une autre sur Facebook, Instagram ou Twitter, par exemple). Mais ce ne sont pas les réseaux en eux-mêmes qui sont violents. Ce sont les usages que l'on en fait. Rien d'autre.

Alors on pourrait penser que le présentateur des infos voulait parler de la lutte contre la violence des utilisateurs des réseaux sociaux. Ce serait parfaitement logique, sain et normal. D'ailleurs, l'utilisation des réseaux sociaux en question suppose l'adhésion aux conditions d'utilisation qui prohibent l'incitation à la haine, la tenue de propos haineux, diffamatoires, antisémites, racistes, etc. C'est-à-dire que tout utilisateur d'un réseau social est tenu de respecter la loi, purement et simplement.
Pourtant, il faut bien avouer que sur les réseaux pullulent des commentaires qui, s'ils ne contiennent pas toujours des propos haineux, insultants ou diffamatoires en tant que tels, n'en sont pas moins violents pour autant. Si l'on peut regretter que certains n'aient que la violence verbale pour parvenir à s'exprimer, il convient toutefois de préciser que l'usage des réseaux, c'est comme n'importe quelle discussion en société : si on émet un avis en public, on se retrouve potentiellement face à des contradicteurs. Tout simplement parce qu'il y aura toujours quelqu'un qui ne sera pas d'accord avec ce que je dis publiquement. Et tant mieux ! Internet, c'est comme dans la vraie vie : ce n'est pas parce que j'écris derrière mon écran que ce que je dis reste privé. Au contraire. Tout ce qui est écrit ou dit sur Internet est potentiellement public, y compris sur des plateformes dites "privées"...

Le problème spécifique aux réseaux sociaux, c'est qu'on n'y intervient pas, en général, sous son propre nom. Et même si on le fait, il y a une distance indéniable qui s'instaure avec la personne que l'on suit ou à qui on répond, du fait même que le "contact" soit virtuel, par l'intermédiaire d'un écran d'ordinateur ou de smartphone. En clair, je ne dis pas vraiment la même chose à une personne que j'ai en face de moi qu'à une personne que je ne connais pas personnellement et à qui je ne fais que répondre suite à un propos qu'elle a pu tenir sur Internet. L'écran met une distance et une sorte de "protection" virtuelle entre les personnes qui fait qu'en général, on tient sur les réseaux des propos bien plus outranciers et moins policés que ce qu'ils seraient si la discussion avait lieu en face-à-face.

Les gouvernements se heurtent à cette question depuis longtemps, parce que depuis sa création, Internet est un espace extrêmement libre. Ce n'est pas un espace de non-droit, mais c'est un endroit où la liberté d'expression est fondamentale et facilitée par le fait que l'on peut s'inscrire sur un site hébergé dans un autre pays que celui où l'on réside.
Par exemple, la jeune pakistanaise Malala, Prix Nobel de la Paix, a longtemps écrit sur un blog hébergé en Angleterre et a, de ce fait, échappé à la censure des Talibans dans son pays, dont elle dénonçait la violence (réelle cette fois-ci) à l'égard de la population civile et en particulier des femmes. Le combat de Malala portait sur l'accès à l'éducation des filles, interdite au Pakistan par les Talibans au début des années 2000. Pour rappel, cette jeune fille, qui avait 17 ans en 2010, a été victime d'un attentat à la sortie du bus scolaire. Elle a été soignée en Angleterre, où elle vit depuis et continue son combat.

Tout cela pour dire que la liberté d'expression est une donnée fondamentale d'Internet et qu'il est donc forcément difficile d'interdire ou d'empêcher les propos violents.

Mais ce n'est pas tout. Ce que j'ai perçu dans ces quelques mots à sept heures du matin allait beaucoup plus loin que cette violence-là. Le raccourci fait par le journaliste était incroyable, puisqu'il semblait dire (je me trompe peut-être ?) qu'il fallait lutter contre la violence des réseaux sociaux, c'est-à-dire que les réseaux sociaux étaient responsables de l'atmosphère de violence qui règne dans notre pays. J'ai immédiatement pensé, bien sûr, aux Gilets Jaunes et aux Black Blocs, mais on pourrait penser aussi aux Printemps arabes, aux contestataires du G7 qui vient de se terminer à Biarritz, aux manifestants de Hong-Kong...

La question que je me suis posée, c'est "d'où vient réellement la violence ?"
Que ce soit les Gilets Jaunes, les manifestants de Hong-Kong ou les contestataires du G7, il est toujours question de manifestations, de personnes qui luttent pour qu'une situation insupportable de leur point de vue change. En cela, les réseaux sociaux n'ont rien inventé et ne sont en aucun cas responsables de cette violence. Sinon, Internet n'existant pas en Mai 1968, ni a fortiori en 1789, en 1830 ou en 1848, la France n'aurait pas connu tous ces soubresauts qui ont fait de notre pays celui qu'il est.
Alors, cette violence, elle vient d'où ?

J'ai une vague idée, là, comme ça.
Les inégalités ?
La fin des services publics ?
Les taxes ?
La hausse des prix de l'eau, du gaz, de l'électricité à cause, ou en dépit, de l'ouverture à la concurrence ?
La dégradation des conditions de travail dans les entreprises, les hôpitaux ?
Le grand n'importe quoi dans l'Education Nationale ?
La détérioration de l'offre alimentaire ?
La hausse des coûts de santé, due en partie au déremboursement des médicaments, de certains soins, au plus grand profit des mutuelles, laboratoires pharmaceutiques et autres compagnies d'assurances ou, plutôt, de leurs actionnaires ?
L'augmentation des maladies graves, chroniques, auto-immunes... qui saccagent la vie de nombreuses familles ?
L'utilisation d'armes de guerre dans les manifestations, provoquant de fait la remise en cause du droit de manifester, pourtant inscrit dans la loi ?

Avant de s'interroger sur la "violence des réseaux sociaux", qu'on pourrait expliciter en "la violence des utilisateurs des réseaux sociaux", il faudrait peut-être s'interroger sur la violence subie en France et dans le monde par les citoyens. Entre ceux qui se battent pour avoir simplement le droit d'aller à l'école, ou bien de pouvoir vivre décemment de leur travail, ou encore de simplement pouvoir garder leur travail, ceux qui défendent des idées et une vision du monde plus humaine, qui tentent d'attirer l'attention sur la dégradation du climat, qui dénoncent ceux qui disent une chose et font l'inverse... il y a de quoi être à cran, en effet.
Je ne suis pas en train de légitimer la violence des Black Blocs, loin de là. Mais je m'insurge quand j'entends qu'il faut lutter contre la violence des réseaux sociaux, parce que c'est un non-sens total. Et, surtout, il me semble que c'est encore une fois un moyen d'enfumage drôlement efficace. 
Parce qu'on a tous en tête les manifestations de la fin de l'année 2018 et du début de 2019, avec ces commerçants obligés de barricader leurs commerces sous peine de les voir saccagés toutes les semaines. Ou encore les tags et les propos racistes qui défigurent à la fois nos monuments et nos esprits.
Mais s'entêter, comme le fait notre gouvernement, à vouloir contrôler et circonscrire la violence de la rue à l'aide d'armes de guerre (les LBD sont quand même responsables de plusieurs milliers de blessures, de pas mal de mutilations et peut-être d'un décès, ce n'est pas rien !) sans remettre en question tout ce qui alimente et nourrit cette violence dans la société, c'est au mieux de l'incompétence, au pire de la malhonnêteté et du banditisme.

Pourtant, des solutions existent. Seulement, elles supposent de remettre le paquet sur les services publics, de s'affranchir des règles absurdes du libéralisme à tout crin, de redonner du travail aux Français en France, donc de relocaliser la production des produits que nous consommons, d'abandonner cette idéologie mortifère qui consiste à vouloir produire toujours plus de biens dont nous n'avons pas besoin... En bref, un peu (beaucoup !) de modération dans nos achats, plus de redistribution des gains des grandes entreprises au profit des employés et non plus seulement des actionnaires, plus de justice sociale et fiscale, pour ne citer que quelques idées en vrac, ça réglerait déjà quelques petits problèmes et ferait sérieusement baisser le niveau d'énervement dans notre pays.
Mais bon, on en est loin. Parce qu'il faudrait savoir qui tire les ficelles en réalité. Quand j'ai appris qu'aux Etats-Unis, il y avait plus de lobbyistes que d'hommes politiques, je me suis dit que, malheureusement, on n'était pas rendus... comme on dit en Bretagne !

jeudi 11 juillet 2019

Ce matin, j'ai appris la mort de Vincent Lambert...

Je suis dans un état un peu second depuis le début de la journée. J'ai appris la nouvelle un peu après 8h50, soit environ une demi-heure après le décès de cet homme que je ne vais pas vous faire l'injure de vous présenter. Tout le monde, en effet, en France et même à l'étranger a, semble-t-il, son avis sur la question.

Ben pas moi. Ou plutôt, j'ai un avis sur des questions relatives à la vie et à la mort de Vincent Lambert, mais pas sur ce qu'il aurait voulu, lui. Je n'en sais rien. Et je vais commencer par ça, comme ça, cette question sera évacuée et je pourrai me concentrer sur ce qui m'occupe vraiment, à savoir les questions que sa vie et sa mort posent aujourd'hui.

Pourquoi je n'ai pas d'avis sur ce que lui pensait ? Ben parce que je ne l'ai jamais entendu dire, ni vu écrire, quoi que ce soit. Parce que je ne le connaissais pas. Parce que, comme tout le monde, je n'ai découvert son histoire qu'en 2013 à peu près, au moment où le drame qui a bouleversé sa vie et sa famille a été médiatisé et judiciarisé.
Donc, objectivement, tout ce que je sais de lui, c'est ce qu'en ont dit les médias, ses parents, les avocats de ses parents, et ce que ses frères, sœurs, femme, neveu... ont dit de lui à travers les médias, dans les articles sur lesquels je suis tombée.
Du vent, donc, en ce qui concerne sa parole à lui.

Ah, si, il y a une page Facebook qui existe et que j'ai découverte aujourd'hui. Elle s'intitule "Paroles de Vincent L.". Vous pourrez aller voir, je ne mets pas le lien ici, parce que je trouve cette page assez nauséabonde, pour tout dire. Dans le sens où quelqu'un (je ne sais pas du tout qui) "parle" à la place de Vincent Lambert et lui fait dire un certain nombre de choses, toutes en faveur de sa mort, sur le mode "Laissez-moi partir, mes chers parents, j'ai déjà trop souffert, je resterai avec vous jusqu'à la fin, mais laissez-moi partir". C'est dégoulinant de bons sentiments, de compassion... mais surtout, ce n'est bien entendu pas Vincent lui-même qui parle, puisqu'il en était incapable. Donc il s'agit de quelqu'un de sa famille, ou un de ses amis... qui, on le comprend bien, ne supporte plus cette situation et demande, au nom de Vincent, qu'il soit euthanasié.

Oups. J'ai peut-être dit un gros mot ?
Zut.

En tout cas, cette page, je la trouve indécente. Ce n'est que mon avis, bien sûr, et je comprends que certains se sentent confortés, réconfortés aussi, en lisant ces lignes apparemment apaisantes. Mais ce qui me gêne, c'est que justement, l'apaisement n'est qu'apparent. J'y reviendrai.

Alors, disais-je, je ne sais rien, pour ma part, de ce que voulait réellement Vincent Lambert. Nous avons, d'après ce que j'ai lu, l'avis de sa femme Rachel et de cinq ou six de ses frères et soeurs, ainsi que de son neveu, sur des "directives anticipées" qui demandent qu'aucun acharnement thérapeutique ne soit pratiqué. Soit.
Petit rappel des faits : Vincent Lambert a eu un accident de la route, à moto, en se rendant à son travail en 2008. Et jusqu'en 2013, personne n'a entendu parler de lui. En 2013, la bataille judiciaire commence, sa femme n'étant pas d'accord avec les parents de Vincent. Pour une raison que j'ai oubliée, elle demande à ce que Vincent meure et elle est appuyée en cela par le médecin de l'hôpital où Vincent est en soins palliatifs. Les parents ne sont pas d'accord et invoquent le fait qu'il n'est pas en fin de vie, que la question de la vie ou de la mort ne se pose donc pas. Ils demandent à de multiples reprises son transfert dans un établissement spécialisé pour les malades dans son cas, proposent de l'accueillir chez eux pour pouvoir s'en occuper eux-mêmes... mais c'est leur belle-fille Rachel qui a la tutelle et qui prend donc les décisions. Pour des raisons que j'ignore, le transfert est refusé, tant par les médecins que par sa femme. Alors que, clairement, la place d'un handicapé sévère comme Vincent n'est pas du tout dans un service de soins palliatifs, dont le rôle est d'accompagner les mourants jusqu'à la fin de leur vie. Pas de servir de mouroir à un handicapé parce qu'on a décidé de le tuer mais qu'il s'accroche à la vie.
En 2013, un "arrêt des soins" (entendez par là l'arrêt de l'alimentation de Vincent, mais pas de l'hydratation) est arrêté au bout de 3 ou 4 semaines, je ne sais plus : il n'est toujours pas mort. C'est là que l'affaire prend un tour vraiment national et où on commence à voir Vincent sur les images du JT, sur les réseaux sociaux, etc.
Finalement, après un nouvel arrêt des "soins" en mai dernier, alimentation et hydratation repris dès le lendemain, puis arrêtés à nouveau début juillet, arrive l'épilogue de ce matin : la mort au bout de neuf jours d'agonie.

Dans cette affaire, plusieurs choses me posent question. Tout d'abord, cette histoire de directives anticipées. A priori, on n'a que la version de Rachel, pas celle de Vincent Lambert. En toute bonne foi, on peut se dire qu'effectivement, ils ont pu en discuter entre eux. Mais ça veut dire quoi, "acharnement thérapeutique" ? Dans le cas de Vincent Lambert, il y aurait eu acharnement s'il était sous traitement médicamenteux, sous respiration artificielle, sous stimulation cardiaque, etc. Mais non. Pour tout "traitement", il n'avait qu'une sonde lui permettant de vivre, lui délivrant de l'eau et de la nourriture. Il respirait seul, déglutissait seul, n'avait pas de traitement médical autre que la sonde, qui n'est pas un traitement, mais un moyen.
C'est-à-dire qu'en fait, on lui donnait, par un moyen médical, ce que tout le monde est en droit d'attendre a minima : manger et boire. Ce sont juste des choses essentielles, pas que pour lui, mais pour moi, pour vous, pour mes enfants, pour mon mari, pour tout être vivant. Boire et manger. Rien d'autre.
Si boire et manger c'est de l'acharnement thérapeutique, alors il va falloir mettre tout de suite toutes les industries agro-alimentaires à l'arrêt... (pour le coup, je pense que ce serait une bonne chose, mais pour des raisons totalement autres dont je parlerai peut-être un jour).
Pour le coup, s'il avait été dans un établissement spécialisé et réellement adapté à son handicap, comme le demandaient ses parents, il aurait eu des chances de récupérer, peut-être, un peu d'autonomie, de conscience, de possibilité de communiquer avec ceux qui l'entouraient... via des stimulations, rééducations et autres soins de confort destinés à l'aider à mieux vivre son handicap. Au lieu de ça, il est resté en soins palliatifs, dont le rôle, encore une fois, n'est pas du tout de rééduquer des patients dont on sait qu'ils sont, eux, réellement en fin de vie... Bref.

Une autre chose me pose sérieusement problème, ici, c'est le parti-pris quasi général contre les parents de Vincent Lambert, particulièrement pour des raisons religieuses. Une chose m'a particulièrement frappée dans tous les articles que j'ai lus ces dernières semaines, c'est que sa mère, Viviane, ainsi que son père Pierre sont systématiquement présentés comme "Catholiques fervents". Personnellement, quand je vois ces qualificatifs dans un article où il est question de décider de la vie ou de la mort de quelqu'un, mon cerveau entre tout de suite en mode "Ben oui, les Catholiques, c'est ceux qui sont contre l'euthanasie, l'avortement et le mariage pour tous". Et si on ajoute "fervents", ça donne tout de suite l'impression qu'on n'a pas le droit de dire "intégristes" parce que ce serait sans doute faux, mais qu'on veut dire par là qu'ils sont très pratiquants et qu'ils suivent les préceptes de leur foi de manière plus régulière et systématique que d'autres croyants, plus "tièdes", eux.
Ben oui. Figurez-vous que des "catholiques fervents", il y en a. Et qu'ils ne sont pas intégristes ni traditionalistes pour autant. Simplement, ils vont à la messe, régulièrement (et pas juste à Noël et à Pâques pour faire plaisir à Mamie) (pardon), et pour beaucoup, ils tentent de mettre en conformité leur vie avec leur foi. C'est-à-dire de simplement être cohérents entre ce en quoi ils croient et ce qu'ils font au quotidien. Et on peut difficilement reprocher à quelqu'un qui croit que tuer est un péché mortel (selon le commandement qui dit, dans l'Ancien Testament, "Tu ne tueras pas") de vouloir défendre à tout prix le droit pour quelqu'un de vivre.
Au-delà de ça, le "catholiques fervents" des articles que j'ai vus a l'étrange pouvoir d'escamoter le fait qu'il s'agit là d'un père et d'une mère qui refusent tout simplement de baisser les bras et de laisser tomber leur enfant qui souffre et que la vie n'a pas gâté, c'est le moins qu'on puisse dire. Alors oui, j'ai déjà entendu les "la maman est étouffante, elle devrait laisser sa femme prendre les décisions et s'effacer". Certes, parfois, les mamans sont un peu protectrices envers leurs enfants. Mais, voyez-vous, je trouve ça un peu normal, finalement. C'est difficile, pour une maman, de voir mourir un de ses enfants. C'est même un drame absolu, une blessure dont on ne se remet jamais. Et ce quel que soit l'âge auquel l'enfant meurt. Parce qu'il n'est vraiment pas dans l'ordre des choses de voir mourir l'un de ses enfants. L'ordre des choses, c'est celui des générations : les parents meurent, normalement, avant leurs enfants. C'est un fait, simple, et lié à l'évidence que les enfants sont tout simplement plus jeunes que leurs parents. Oui, je sais, j'enfonce des portes ouvertes... encore.
Ce qui me choque, là, c'est que le combat de Viviane Lambert, qui est avant tout celui d'une mère qui se bat pour sauver son enfant, est réduit à un pseudo combat idéologique de défense de la vie pour des raisons religieuses. C'est tout simplement abject.
Que la position de Rachel Lambert et des frères et sœurs de Vincent soit contraire est tout aussi normale et logique : ils voient celui qu'ils ont connu debout, souriant, sans doute blagueur et bon vivant, dans un état proche du néant, où il leur est quasiment impossible de communiquer avec lui. C'est au moins tout aussi inacceptable pour eux que de voir son fils mourir pour Viviane Lambert.
Alors je ne m'aventurerai pas à juger qui que ce soit dans cette histoire. Je peux comprendre les uns comme les autres, étant moi aussi à la fois mère, épouse et sœur... Qu'aurais-je fait si je m'étais trouvée dans la situation de Viviane ? De Rachel ? De la sœur de Vincent ? Je n'en sais rien. Ce que je sais, c'est que quand mon fils de cinq mois s'est retrouvé à l'hôpital en danger de mort, j'étais prête à tout pour qu'il reste en vie...

Et puis, il y a le contexte dans lequel se déroule cette affaire.

Petit rappel.
Hier, le gouvernement a annoncé le déremboursement progressif des traitements homéopathiques. Nous sommes en pleine polémique à propos du baccalauréat, dont certaines notes seraient totalement artificielles à cause de la grève (justifiée ou non, là n'est pas le sujet) des enseignants qui devaient les corriger. Dans le même temps, les urgences hospitalières sont au bord du malaise cardiaque, puisqu'on demande aux soignants de faire plus, avec moins de personnels. On a aussi un vrai problème avec la police qui, lors des manifestations des Gilets Jaunes, a pour instructions de la part du Ministère de l'Intérieur de tirer sur les manifestants à coup de LBD (arme de guerre, interdite dans les manifestations quand même...). J'ai appris aussi tout à l'heure, à ce propos, qu'une femme de 80 ans, morte au début du mois de décembre 2018 en marge d'une manifestation des Gilets Jaunes à Marseille, avait en fait été la cible de deux tirs directs de LBD (et non pas victime collatérale d'un jet de grenade lacrymogène mal assuré par la police). On est donc en plein dans un contexte de violences policières (mais je me garderais bien de jeter la pierre sur les policiers qui, pour le coup, reçoivent directement leurs ordres du Ministre de l'Intérieur). On peut ajouter à ce tableau la nouvelle épine dans le pied de notre "Jupiter" national : les frais de restauration de François de Rugy... Décidément, le mois de juillet n'est pas très heureux pour Emmanuel Macron. L'an dernier, c'était Alexandre Bénalla qui défrayait la chronique...

Alors vous allez me dire : "Amélie, tu t'égares, tout cela n'a rien à voir avec Vincent Lambert".
Oui, vous avez raison. Mais tout cela participe d'un climat "un peu" tendu, et ces éléments mis bout à bout commencent à faire beaucoup de choses qui ne fonctionnent pas dans notre pays. L'éducation nationale, la police, les hôpitaux... sans parler de la polémique sur la privatisation des Aéroports de Paris et de la Française des Jeux, de la PMA et de la révision des lois bioéthiques à venir en septembre... Oui, ça fait beaucoup. Alors ça n'a a priori rien à voir. Mais en fait, si, un peu quand même.
Parce que ce que j'observe, depuis le fin fond de mon Alsace Centrale, c'est que depuis quelques temps, quelques années (et ce n'est pas le seul fait d'Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy et, avant lui, Jacques Chirac puis François Hollande avaient déjà bien entamé les choses), il y a comme une casse systématique de tout ce qui fonde notre société, et en premier lieu nos services publics et de notre solidarité nationale. Pour La Poste, EDF et GDF, ils ont tout simplement vendu les parts à des actionnaires. Pour l'hôpital, la police et l'école, ils font autrement : toujours moins de personnels, toujours plus de rendement avec toujours moins de moyens. Et puis, un jour, ils diront : "Vous voyez, les gens se tournent tous vers des écoles privées/cliniques privées/milices privées (rayez la mention inutile). Nos services publics nous coûtent trop cher, il faut faire des économies. Alors nous allons supprimer les services publics, mais ne vous en faites pas, avec l'ouverture à la concurrence, les grands gagnants, ce seront les usagers : les prix vont forcément baisser !"

Alors ça, c'est marrant, parce que c'est exactement ce qu'ils ont dit pour l'électricité et le gaz. Et aussi pour le train. Et au final, les tarifs augmentent tout le temps. Elle a bon dos, l'ouverture à la concurrence !

Pour en revenir à Vincent Lambert (parce que, oui, je me suis un peu éloignée du sujet, pardon), il me paraît quand même extrêmement troublant de voir que sa mort intervient juste au début de l'été, mais surtout deux mois environ avant la révision des lois bioéthiques, dont l'objectif affiché par le Président et son groupe "en marche" est de légaliser la PMA pour toutes les femmes. Le Président et ses conseillers ne sont pas fous. Ils savent très bien que la majorité des citoyens ne sont pas favorables à cette mesure. Parce que la "PMA pour toutes" est (comme je le disais déjà en 2012 lors des débats sur le "Mariage pour tous") l'antichambre de la "GPA pour tous". Avec, bien sûr, le remboursement des soins par la Sécurité Sociale à la clé. Parce que sinon, on ne règle pas du tout le problème de l'accès à ces techniques pour celles qui voudraient y avoir recours mais qui n'en ont pas les moyens financiers. Donc cette mesure ne passera que si elle est assortie de la gratuité de la PMA pour tout le monde. Ou plutôt de son financement par la Sécurité Sociale, donc par nos cotisations.

Alors du coup, les choses s'éclairent un peu. La fonction publique (et particulièrement la fonction publique d’État) coûte cher, particulièrement à l’État. Or la police, l'armée, l'éducation nationale et les hôpitaux relèvent tous du financement par l’État. Pour la fonction publique territoriale, ça relève des régions, des départements, des mairies, mais ça, pour l’État, c'est moins grave parce que, justement, les dotations aux collectivités territoriales ont baissé depuis plusieurs années. Alors l'impact est moindre.
Il faut donc trouver de l'argent. Pas que pour la PMA, d'ailleurs. L’État a toujours besoin d'argent, pour tout. Pour financer les baisses d'impôts pour les plus aisés, par exemple (la fin de l'ISF alors que l’État n'a plus d'argent, ça vous paraît logique, vous ?). Mais pas que. On va pas refaire "Les Gilets Jaunes-bis" ici. Ils le font très bien tous seuls.

Mais il y a une autre loi que l’État voudrait peut-être faire passer en même temps que la PMA, à l'occasion de la révision de la loi de Bioéthique, c'est celle de l'euthanasie. Si je me fais l'avocat du Diable, avouez que ce serait tout bénéfice. L'euthanasie, ça coûte beaucoup moins cher que les soins palliatifs ou que les maisons de retraite (de toute façon, les maisons de retraite sont financées en grande partie par les résidents eux-mêmes, et ça leur coûte d'ailleurs vraiment très, très cher !). Euthanasier certains malades ou handicapés, ce serait une bonne façon de faire des économies. Services et institutions spécialisés, soins aux handicapés, financement des associations d'aide aux malades, recherche médicale, services hospitaliers de long séjour, allocations diverses et variées pour incapacité totale ou partielle du fait du handicap, pensions de retraites... tout cela a un coût non négligeable pour l’État dont le rôle est quand même, normalement, de faire en sorte que les citoyens puissent avoir accès à des soins et des services de qualité, permettant de mettre en œuvre notre belle devise républicaine : "Liberté, Égalité, Fraternité"...

Alors je sais bien que là, je vais me faire des ennemis (si ça n'était pas déjà le cas avec mes autres billets ou ce que j'ai dit plus haut, tout simplement). On va me traiter de complotiste, de conspirationniste, de Catho-Fascho-Islamo-Homophobe et autres. Mais j'ai l'habitude, j'ai déjà vécu ça sur Facebook, il y a quelques années. Alors en fait, je m'en fiche un peu. (OK, c'est pas bon pour mon amour propre, mais je m'en remettrai et même, ça me fera peut-être progresser encore sur le chemin de l'humilité). Mais franchement, vous trouvez que tout va bien, dans notre pays ? Vous trouvez que la crise que nous traversons tombe du ciel et que notre pauvre gouvernement fait ce qu'il peut pour la régler au mieux ?

Moi pas. Mais ce n'est que mon opinion, bien sûr.
Je n’ai volontairement pas abordé tous les problèmes qui se posent. L’environnement, le réchauffement climatique, la sixième extinction de masse des espèces, la crise économique qui se prépare, les problèmes d’alimentation, la question de l’approvisionnement en eau, de la qualité de l’air, de l’immigration de masse, que les raisons en soient le réchauffement climatique, la pauvreté ou les conflits armés, les perturbateurs endocriniens, l’explosion des cancers… (et cette liste est non exhaustive, malheureusement)

Alors je n'ai toujours pas d'opinion sur ce qu'il aurait fallu faire ou ne pas faire pour Vincent Lambert. J'ai des convictions qui me viennent de mon éducation, de ma foi, des limites qu'il convient, à mon sens, de ne pas dépasser pour permettre à tout le monde de vivre ensemble en bonne entente dans notre beau pays. Et l'interdit du meurtre, comme celui de l'inceste, du mensonge, en fait partie. Et puis je n'ai pas oublié la duplicité de nos gouvernants sur les questions sociétales : lors des débats sur le PACS, il nous avait été promis qu'il n'y aurait jamais d'autorisation de marier civilement deux personnes de même sexe. Et pourtant, depuis 2013, deux personnes de même sexe ont le droit de se marier. Dans la foulée, on nous a dit que le mariage ne signifiait pas pour autant le droit à l'enfant. En 2017, lors de sa campagne électorale, Emmanuel Macron a certifié que s'il était personnellement favorable à la PMA pour toutes, il ne l'autoriserait qu'à l'issue d'un débat apaisé sur cette question. En 2018, les débats organisés partout en France font remonter une hostilité envers la PMA pour toutes, en ce sens qu'elle prive volontairement un enfant de père alors qu'on connaît tous les situations compliquées que vivent déjà les familles monoparentales qui, elles, ne l'ont pas choisi (au niveau éducatif, financier...). Aujourd'hui, alors que la situation est loin d'être apaisée (c'est un euphémisme, désolée), la révision des lois de bioéthique est programmée pour le mois de septembre, avec, contre la volonté de la grande majorité des Français, la PMA pour toutes au programme. Est-ce que, par hasard, nos gouvernants nous prendraient pour des imbéciles heureux ?

Je pense, pour ma part, qu'"ils" avancent à petits pas. Un pion après l'autre, lentement, histoire qu'on ne le remarque pas trop. Et la mort de Vincent Lambert est une trop belle opportunité pour faire avancer un pion supplémentaire vers la légalisation de l'euthanasie. D'ailleurs, j'ai vu passer un article, en fin de matinée, quelques heures seulement après la mort de Vincent, où je ne sais plus quelle élue disait qu'il fallait absolument se poser la question de la légalisation de l'euthanasie, comme cela a déjà été fait en Belgique et aux Pays-Bas. Pour le "bien" des malades, bien sûr.
Et puis, bien sûr, ensuite, ce sera la GPA. Et la privatisation totale du système de santé, pour le plus grand bonheur des actionnaires... et des assureurs. Et nous n'aurons plus que nos yeux pour pleurer.

Comme beaucoup de gens dans notre pays, je n'ai plus du tout foi en nos "élites" auto-proclamées. Nous allons dans le mur, à une vitesse vraiment, vraiment grande, là.
Alors ?
Sérieux ! On attend quoi, pour les dégager ?

samedi 15 décembre 2018

Les proverbes Shadoks #1 : "Tout ce qui va arriver peut et doit être prévu".

Il y a des trucs qui me font toujours marrer, malgré l'actualité noire que nous vivons en ce moment, ce sont les citations, les proverbes Shadoks. Et il m'est arrivé un certain nombre de fois de me remémorer ces proverbes juste pour chasser de ma tête des idées noires. Promis, ça marche.
L'autre jour, j'ai à nouveau essayé. Et bizarrement ça n'a pas marché. Tout simplement parce que j'y ai vu une sorte d'illustration de ce qui se passe dans le monde. Et là, ça fait carrément flipper (pour employer un langage assez imagé hérité de mes ados...).

Bref. J'ai décidé de creuser cette question un tout petit peu, parce que ça m'a fait réfléchir, bien sûr.
Et de la mettre en rapport avec ce que nous vivons aujourd'hui. Juste pour voir.

"Tout ce qui va arriver peut et doit être prévu".

Alors là, comment on s'en sort ? 
Apparemment, c'est du grand n'importe quoi, comme les Shadoks en général. Parce que c'est ça qui est drôle avec les Shadoks. C'est n'importe quoi, et c'est tellement drôle !
Sauf que non.
Tout ce qui va arriver peut être prévu ? Doit être prévu, même ?
Alors on pourrait penser à certaines personnes qui partent en randonnée avec la trousse à pharmacie XXL, le GPS, la batterie de rechange du téléphone portable et de l'appareil photo, qui ont prévenu les gendarmes de leur absence au cas où, etc.
Mais ce n'est pas vraiment à ça que je pense. Non. Je pense à ce qu'on appelle les théories du complot. Alors je suis bien consciente que quand on touche à ça, aujourd'hui, on est totalement et quasiment définitivement hors de combat illico, au niveau crédibilité s'entend, tout simplement parce que ces fameuses théories du complot ont été décrédibilisées à tel point qu'aujourd'hui, il n'est plus du tout possible d'avoir une opinion un tant soit peu différente de celles qui sont diffusées par la télévision sans être taxé de complotisme, d'obscurantisme, ou de débilité profonde. "M'enfin, Amélie ! Tu ne vas  pas croire à ça, quand même ! Ce n'est pas digne de toi !"
Comme si penser quelque chose ou ne pas le penser pouvait être digne de quelqu'un ou non. Comme s'il y avait des pensées plus dignes que d'autres, plus légitimes que d'autres... ?
Eh bien oui. Pour le commun des mortels, oui.
Mais pas d'bol, je n'ai pas la télé...

Donc, si je reviens à mes Shadoks, je ne peux que constater une chose, c'est que selon les théoriciens du complot, tout est prévu, et pas depuis hier seulement. Ben vous savez quoi ? Ils ont raison ! Si, si ! Relisez l'Apocalypse de Saint Jean et vous verrez... Relisez la Bible ! Tout y est déjà écrit. Non pas que tout est inéluctable, mais tout est déjà dit. À savoir : Satan a perverti l'homme (l'être humain, de nos jours, il faut être précis, sinon on va encore m'accuser de je ne sais quoi), l'homme est devenu mortel, le Christ s'est incarné (c'est ce qu'on appelle la Nativité, ou encore Noël), il a vécu caché pendant trente ans, puis s'est mis à appeler et à parler aux hommes (et femmes) qu'il a rencontrés, il les a guéris, pour finalement être trahi par l'un de ses amis, a été crucifié et il est mort.
Fin de l'histoire ? Non ! Parce qu'après le Vendredi Saint, il y a Pâques. Et la Résurrection. La victoire du Christ sur la mort, sur Satan. Victoire définitive, puisque Satan ne peut rien contre la toute-puissance d'amour de Dieu : créé par Dieu, il ne peut pas être plus puissant que Celui qui l'a créé...

Donc, "tout ce qui va arriver peut et doit être prévu" ?
Cela peut paraître un peu effrayant, dit comme ça. Toutes les catastrophes ? Toutes les guerres ? Toutes les maladies, les souffrances, les problèmes de taxes, de conflits sociaux ?
C'est Dieu qui veut tout ça ? Qui "prévoit" et fait advenir tout ça ?
Et si on mettait là la liberté de l'homme ? Liberté de faire le bien et de faire le mal... Et si on y mettait aussi l'action de Satan, justement, ce serpent menteur qui pervertit tout ce qu'il touche, se cache pour mieux se faire oublier (y réussit très bien d'ailleurs), et va jusqu'à infiltrer l'Eglise du Christ elle-même... pour mieux la détruire... Mais pas de bol : le Christ l'a déjà vaincu, alors la victoire finale ne peut pas appartenir à Satan. Sauf qu'entre-temps, des tas de gens souffrent, et pour de vrai.

Cela me fait penser à ce que disent ces fameux "complotistes", qu'on peut aussi appeler "lanceurs d'alertes", qui parlent, par exemple, de chemtrails, du projet HAARP, des vaccins, d'exacerbation de conflits en vue de provoquer le chaos pour déstabiliser les états, voire détruire les états... ça ressemble furieusement à l'Apocalypse, ça...

"Tout ce qui va arriver peut et doit être prévu"... oui, sans doute, mais par qui ? Et pour quel résultat ?
Cette maxime n'a pas vraiment fini de me faire réfléchir...