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jeudi 7 mai 2020

Covid-19 : Journal #2

Nous arrivons (enfin ?) à la fin de ce confinement qui dure depuis maintenant presque deux mois. Et vient maintenant le temps des questions.
Tout d'abord : comment allons-nous sortir de ce confinement ? Comment les enfants vont-ils retourner à l'école ? À quelles conditions ? Quand exactement ?
Et puis, il y a des questions qui me taraudent depuis quelques temps, à savoir la "responsabilité" des "citoyens", que notre cher Premier Ministre appelle de ses vœux. On en serait presque à se dire que la réussite du déconfinement ne sera une réalité que si les "citoyens" de ce pays font preuve de responsabilité. Contrairement au gouvernement ? Malgré le gouvernement ?

En fait, je me demande vraiment ce qu'il faut penser de toute cette crise.
Dans un premier temps, on nous a caché la vérité ("ce n'est qu'une grippette"). Puis on nous a infantilisés ("ce n'est pas la peine de porter des masques, de toute façon, c'est difficile de porter un masque et un masque qu'on ne met pas correctement, c'est contre-productif et ça risquerait d'aggraver la crise").
Et aujourd'hui, il faudrait qu'on soit responsables.
Soit.
Le gouvernement (Premier Ministre, Président, Porte-parole, Ministres de la santé, de l'éducation et/ou du travail en tête) me semblent être de véritables girouettes. Et ils me semblent prendre les Français pour des imbéciles.
Vous croyez vraiment, chères "élites", que nous, parents d'enfants, enfants de personnes âgées, sommes irresponsables au point de faire prendre des risques à ceux que nous aimons, et à nous-mêmes ?
Vous croyez vraiment que nous vous avons attendus pour savoir quoi faire et comment le faire ? Pour nous rendre compte que les masques sont tout simplement indispensables pour ne pas propager ce virus ? Pour comprendre la gravité de la situation, quand on comptait déjà le nombre de morts et de personnes en réanimation, alors que vous continuiez à nous chanter le refrain "Tout va très bien, Madame... " ?

Alors aujourd'hui, je me dis qu'il va falloir vraiment que les pendules soient remises à l'heure. Soit les Français sont des irresponsables et des imbéciles, et il nous faut alors des chefs dignes de ce nom (mais aussi des gens capables d'expliquer simplement à tous ces irresponsables et ces imbéciles que nous sommes l'importance des masques, des gestes barrières et de la reprise du travail dans des conditions complexes), soit les Français sont des gens responsables, et alors il faut que le gouvernement en tire toutes les conséquences. Et en particulier qu'on arrête de nous dire tout et son contraire en l'espace de quelques jours.
Parce que, en 48 heures, on a eu : "Il faut fermer les écoles" (le 13 mars) et, le même jour : "Il faut maintenir les élections municipales". Puis, le 16 mars : "Restez chez vous" (sans prononcer une seule fois le mot "confinement" : chapeau, l'artiste !)
Et puis on a eu aussi "Les masques ne servent à rien", "Tout le monde doit porter des masques", "Les masques FFP2 sont à réserver au personnel médical" et "Soyez responsables, faites vous-mêmes des masques" et "Des masques grand-public, en tissu, lavables, vont être livrés pour tout le monde".
Alors il faut savoir : on va avoir des masques, ou bien il faut les faire soi-même ? Je suis prête à me mettre à ma machine à coudre, mais je vais avoir un problème basique très simple : pour pouvoir faire mon masque, il va falloir que je puisse sortir et aller dans le magasin de tissu où je m'approvisionne habituellement pour y acheter... de l'élastique ! Ben oui, c'est aussi simple que ça. Je pourrais toujours commander par Internet, mais... en fait, non, parce que les délais postaux se sont considérablement allongés ces dernières semaines. Et si ça se trouve, je recevrai mon élastique une fois que nous serons de retour en confinement, si ça se passe mal. Bref. C'est assez ubuesque, semble-t-il...

Donc, partons du principe que les Français ne sont ni des imbéciles, ni des irresponsables. Oui, il y a des gens qui ne comprennent rien d'autre que la trique et le bâton, mais ma grande foi en l'humanité me fait penser que ces gens-là ne sont pas une majorité et que la plupart de nos concitoyens sont juste des personnes qui cherchent à vivre normalement, en prenant soin de leurs proches, enfants, parents, grands-parents, et, surtout, qu'ils n'attendent plus, depuis un certain temps, que l'Etat vienne à leur secours. Tout simplement parce qu'ils se sont bien rendu compte que l'Etat ne venait jamais qu'au secours des mêmes, toujours des mêmes depuis au moins dix ans : les grandes banques, les grandes entreprises, les grandes fortunes. Les autres, la plupart des autres, c'est encore et toujours la débrouille, l'inventivité et le bricolage en attendant que la situation s'améliore. Et heureusement, d'ailleurs, parce que sinon, la situation serait sans doute bien pire qu'elle n'est aujourd'hui, quand on voit la manière dont cette crise a été gérée depuis son démarrage.

Alors pour le déconfinement, j'ai en ce qui me concerne pas mal de questions, notamment à propos de l'école.
Les informations que j'ai eues, c'est que les enfants qui iront à l'école n'auront pas forcément cours tous les jours, mais sûrement à mi-temps (une semaine sur deux ou deux jours par semaine, ça a l'air de s'orienter, chez nous, vers un sondage des familles par la directrice de l'école. Je suppose que la formule qui emportera le plus de suffrages sera mise en place. Une manière démocratique, en somme, de s'organiser quand le flou artistique règne à tous les étages).
De plus, les enfants ne seront pas forcément avec leur maître ou maîtresse habituel(le), certain(e)s restant en télé-travail, d'autres assurant le présentiel (histoire, sans doute, de limiter le nombre d'adultes dans les écoles). 
Puis, les enfants seront sommés de ne pas s'échanger de matériel, que ce soit un stylo ou un jeu. Ils ne pourront pas non plus jouer à plusieurs, mesures de distanciation sociale obligent. De la même manière, la maîtresse, qui aura donc à gérer des élèves de plusieurs classes différentes qu'elle ne connaît sans doute pas très bien, n'aura pas le droit de toucher un objet qui sera passé entre les mains d'un élève (stylo, cahier, feuille de papier...). Ce qui veut dire aussi qu'elle ne pourra pas corriger un cahier. Tout va donc se passer sous forme d'auto-correction. Alors l'auto-correction, c'est bien quand la maîtresse utilise le tableau et écrit dessus ce que les enfants doivent avoir dans leur cahier. Mais quand il y a plusieurs niveaux, ça devient vite compliqué, même s'il ne faut pas négliger l'inventivité et la débrouillardise des institutrices et instituteurs dans ces cas-là. 
Et puis, les enfants, après deux mois, grosso-modo, où ils n'auront pas pu voir leurs camarades de classe et jouer avec eux, ce qu'ils attendent du déconfinement, c'est justement de pouvoir reprendre leurs jeux, dans la cour. Et ça, ben... ça va pas être possible !

Diantre ! Mais c'est quoi, alors, l'intérêt du déconfinement des enfants et de la reprise de l'école, si cette reprise doit se faire au détriment des élèves, de leurs apprentissages, de leur socialisation, de leur santé et de celle des adultes qui les accompagnent, si cela doit être plus problématique encore que l'école à la maison ?
Ah oui. J'oubliais. 
L'économie.

La reprise du travail pour les parents.
Mais... cela veut donc dire que l'école, c'est, finalement, un moyen hyper-pratique pour les parents de faire garder leurs enfants à peu de frais ?
Ou bien un moyen hyper-pratique pour l'Etat de faire travailler les parents sans qu'ils aient à se soucier de la sécurité de leurs enfants ?
Ou bien encore cela veut-il dire que la reprise de l'économie, du travail, est plus importante que la santé des personnes ?
Non.
Ça ne peut pas être ça ! Ce serait par trop cynique !!!

En tout cas, il reste beaucoup de flou dans toute cette histoire. 
Déjà, la première question, c'est "quand ?". Parce que si notre Premier Ministre s'est amusé à classer les départements français en fonction du nombre de malades et des capacités des hôpitaux à prendre en charge les malades en leur attribuant une couleur rouge, orange ou verte, ce n'est sans doute pas simplement pour décorer les murs du ministère de la santé ou pour passer le temps.
Donc ce "classement" implique forcément des modalités de déconfinement différentes en fonction des départements, ce qui me semble, pour le coup, parfaitement logique, en ce sens que la situation n'est absolument pas la même dans une région comme l'Alsace (oui, désolée, j'en suis restée à l'ancien découpage administratif avec 22 régions), où le nombre de cas, de décès et d'hospitalisations reste très importants, et en Bretagne, où les médecins n'ont vu que quelques cas de Covid-19 isolés et où la situation est bien moins critique que dans l'Est de la France ou la Région parisienne, par exemple.
Ah oui, mais alors ça va poser un vrai problème logiciel, ça.

Ben oui.
Parce que le logiciel de l'Etat, c'est celui qui met l'égalité du citoyen devant la loi, le droit et toutes les décisions prises au premier plan. C'est sans doute pour cette raison, d'ailleurs, que certaines décisions paraissent aujourd'hui totalement absurdes et incompréhensibles, sauf si on les observe avec ce prisme de lecture-là. Par exemple, pourquoi des départements qui avaient réussi à commander des masques ont-ils vu leurs commandes réquisitionnées par l'Etat et stockées ?
Sans doute pour la simple raison qu'à ce moment-là, l'Etat étant dans l'impossibilité de fournir des masques à toute la population a décidé que ce serait tout le monde... ou personne. Et que donc, ce ne serait personne.
Pour l'école, qui dépend du Ministère de l'Education, c'est la même chose. Il faut donc déconfiner tout le monde en même temps, en aménageant ce déconfinement non pas en fonction des régions, ce qui serait parfaitement logique, mais en fonction des niveaux. Les CM2 d'abord, puis les grandes sections de maternelle et les CP, puis les autres élèves du primaire... mais pas les lycéens. Eux, ils peuvent rester chez eux. D'ailleurs, le bac a déjà été aménagé, alors ils n'ont plus grand-chose à faire au lycée, hein !
Sauf que, du coup, on va se retrouver avec des familles, quand il y a plusieurs enfants en primaire et/ou en maternelle, par exemple, où certains pourront retourner à l'école, mais pas les autres. Ou bien pas tout de suite.
Donc, la logique qui va prévaloir dans la grande majorité des familles qui en ont la possibilité, c'est de ne déconfiner personne, de laisser les enfants à la maison, de continuer l'école à la maison, sous la responsabilité des parents qui pourront se permettre de ne pas aller travailler. Ou qui pourront profiter du télé-travail.

Alors, finalement, c'est le citoyen qui prend la décision. La décision de retourner au travail si son employeur lui laisse le choix. La décision de renvoyer son ou ses enfants à l'école. La décision de porter un masque à l'extérieur (parce que non, ce ne sera sans doute pas obligatoire, sauf dans les transports en commun). La décision de se signaler au médecin ou à la fameuse brigade spécialement formée pour ça (pour être intrusive tout en étant humble ! Mais comment ils vont faire ?) en cas de symptômes potentiellement liés au Covid-19. La décision de rester confiné chez soi ou bien d'aller à l'hôtel...
Si c'est le citoyen qui est responsable de tous ces choix-là, alors c'est banco pour le gouvernement. Parce que du coup, si le déconfinement se passe mal, si l'épidémie repart, nos chers dirigeants pourront toujours dire : "C'est pas de notre faute !"

Il y a des baffes qui se perdent, moi, j'vous dis !

La situation est insoluble, parce que le gouvernement n'est pas honnête depuis le début. Ni sur la gravité de la crise, ni sur la question des masques et des tests, ni sur la sortie de crise et du confinement. Face à ce chaos le plus complet, face à ces revirements multiples, à ces injonctions absurdes et contradictoires, il devient très difficile de savoir ce qu'il convient de faire.
Juste un exemple sur le port du masque :
Il est plus que recommandé d'en porter un dès qu'on sort de chez soi, mais ce ne sera pas obligatoire sauf dans les transports en commun, au supermarché... dans tous les endroits où on est susceptible de croiser du monde. Oui, mais je fais quoi de mon masque en tissu fait avec mes jolies petites mains, si je suis allée à la grande ville en bus pour y faire quelques courses et déposer des chèques à la banque ? J'ai mis un masque pour aller dans le bus, puis j'ai marché dans la rue et j'ai enlevé mon masque pour respirer un peu mieux (parce que je ne sais pas si vous avez essayé, mais c'est assez contraignant de respirer avec un masque sur le visage) et/ou pour profiter de la douceur de la météo en ce printemps que nous vivons en grande partie confinés pour l'instant. Puis j'arrive à la banque, je vais donc devoir remettre mon masque. Sauf que si j'ai croisé quelqu'un dans le bus qui était porteur du virus et que ce quelqu'un a pu projeter sur moi des gouttelettes contaminées (ce qui ne devrait pas arriver s'il portait un masque, mais on sait que les masques grand public ne protègent pas à 100%), alors mon masque est lui-même certainement contaminé. Je vais donc le remettre sur mon visage en rentrant dans la banque et, au choix, me contaminer moi-même pour avoir touché le masque contaminé avec mes mains que j'avais pourtant désinfectées au gel hydro-alcoolique avant de partir, ou bien contaminer la personne au guichet de ma banque où je vais déposer mes chèques en souffrance depuis le début du confinement, parce que j'ai fait les courses pour mes voisins depuis qu'ils ne peuvent plus sortir de chez eux...
Moi, je vous dis, ça va être coton.

Et la question que je me pose, aussi, c'est, finalement, qui sera responsable en cas de problème durant le déconfinement ? L'Etat semble avoir posé tous les jalons pour se défausser. Alors qu'Edouard Philippe n'y était pas du tout obligé, il a présenté son plan de déconfinement aux députés et aux sénateurs. Une manière de leur dire : "Voilà ce que nous prévoyons de faire. Si vous êtes d'accord avec ce plan, alors en cas de problème, vous en porterez la responsabilité autant que nous. Et si vous n'êtes pas d'accord, alors vous serez les responsables des multiples faillites d'entreprises qui ne manqueront pas d'arriver si la reprise ne peut pas se faire".
C'est la même tactique que celle qui consiste à en appeler à la responsabilité des citoyens.
Dans tous les cas, c'est "Face, je gagne, et pile, tu perds".

Aahh !!! Vivement 2022 ! (ou pas...)

mercredi 22 avril 2020

Covid-19 : Journal #1

J'ai vu pas mal de choses ces derniers jours, sur Internet, bien sûr, à propos du Covid-19. Des "journaux de confinement", des "chansons de confinement"... et ça me fait du bien la plupart du temps d'avoir des infos, des nouvelles des uns et des autres.

Et puis, je me dis que, de mon côté, j'ai un petit truc à partager aussi, pour ce qu'il vaut. Bien sûr, je ne suis pas virologue, je ne suis pas médecin, je ne suis pas une spécialiste. Juste une maman, une blogueuse, une intervenante de religion.

Depuis plus d'un mois, maintenant, je n'apprends rien à personne, nous sommes en confinement. Et ça commence à être long, surtout quand... on est malade ! Si, si !

Parce que le Covid-19, ici, on commence à connaître un peu. Alors j'ai décidé de faire ici un petit récapitulatif de ce que nous avons vécu ici, et que nous vivons encore, depuis tout ce temps. Parce que, pour nous, le Covid n'a pas débuté le 17 mars, mais environ une semaine plus tôt.

Le mercredi 11 mars, je me suis réveillée avec un mal de tête assez important, du genre "vrille" qui s'enfonce dans le crâne. Je n'ai plus vraiment de détails concernant cette douleur, je sais juste qu'elle m'a mise par terre toute la journée, sans pour autant me paralyser totalement. À ce moment-là, je pensais encore qu'il pouvait s'agir d'une simple migraine. Mais j'avais aussi dans la tête la possibilité que ça pouvait être ce fichu virus, tout simplement parce que, depuis fin février, nous étions informés du risque épidémique, rien qu'à voir le nombre de cas qui augmentaient régulièrement à Mulhouse et dans le Haut-Rhin en général. À tel point que, lorsque le  6 mars, la fermeture des écoles du Haut-Rhin a été annoncée, je me suis demandé pour quelle raison il n'en était pas de même dans le Bas-Rhin, étant donnée la porosité entre les deux départements, surtout quand on habite dans le Centre-Alsace, c'est-à-dire à la frontière entre les deux.
J'en ai déjà parlé dans l'un de mes précédents billets, je ne vais donc pas y revenir. Mais en tout cas, quand la fermeture des écoles a été décidée pour la semaine suivante, j'ai été particulièrement contente. Non pas parce que je n'allais plus donner de cours, ou bien parce que ça nous ferait des vacances (enfin, si, peut-être, parce que j'étais déjà particulièrement fatiguée déjà), mais parce que la situation devenait particulièrement anxiogène, avec des informations en permanence contradictoires et étonnantes. Par la suite, j'ai mieux compris ces fameuses voltes-faces, au regard des différentes hypothèses et décisions prises par le gouvernement pour lutter contre l'épidémie.
Lors de mon billet du 9 mars, je n'avais pas encore entendu parler de l'immunité collective, par exemple. D'où mon sentiment de nager en pleine "absurdie"...
Sauf que j'ai compris plus tard la tactique utilisée de la fin du mois de février jusqu'au 16 mars : il s'agissait de mettre le plus de personnes possible en contact avec le virus afin de favoriser l'immunité collective (pour ce type de virus, quand plus de 60% de la population est en contact avec la maladie, celle-ci s'éteint d'elle-même faute de personnes à infecter...).
Deuxième phase : à partir du 17 mars, on entre en période de confinement, ce qui semble signer un changement de stratégie. Je me suis demandé d'abord pour quelle raison le gouvernement changeait son fusil d'épaule, avant de me rendre compte qu'il s'agissait en fait d'une obligation : les hôpitaux de Mulhouse et de Colmar, puis de Sélestat, étaient saturés... Sans confinement, la situation aurait vraiment tourné à l'hécatombe... ce qui, d'ailleurs, était déjà le cas en Italie et dans le Haut-Rhin. Donc, quand le confinement a été décrété, j'ai vraiment été soulagée, en me disant que, franchement, "ils" auraient dû le mettre en place plus tôt. Au regard de ce que nous vivions en Alsace, cette solution était une évidence, alors que, dans le reste de la France, la plupart des gens n'avaient pas pris conscience de l'ampleur du problème, y compris dans le corps médical (sauf dans les endroits où le virus avait déjà pris ses quartiers).

Alors voilà, l'objet de ce billet n'est pas de refaire l'histoire, mais de faire le point sur les manifestations de ce virus dans les cas quasi-asymptomatiques, c'est-à-dire ceux qui ne sont pas graves. On a des symptômes, mais qui ne présentent aucun critère de gravité, qui sont simplement à surveiller. Ceux où on est en droit de s'inquiéter, mais où, quand on appelle le médecin, la réponse est "vous avez de la fièvre ? Une gêne respiratoire ? Non ? Alors tout va bien, restez chez vous, prenez du paracétamol et rappelez-nous si ça s'aggrave".

En ce qui nous concerne, nous avons remarqué un certain nombre de symptômes qui pourraient, séparément, être tous attribués à d'autres causes que le Covid-19. Mais qui, simultanément et collectivement, sont vraisemblablement ceux de la maladie du Coronavirus.
Parce que ces symptômes, on en a eu beaucoup, et plusieurs en même temps, mais pas tout le temps.
Par exemple, le 11 mars, j'ai eu des maux de tête, douloureux, mais pas handicapants. Le 12 mars, en plus des maux de tête (beaucoup plus sérieux, cette fois), j'ai eu aussi mal au dos et aux oreilles.
Puis plus rien le 13, sauf quelques douleurs dans le dos. Pause de 24 heures, avant d'avoir à nouveau mal au dos, aux oreilles et à la tête, puis plus rien. J'en ai conclu que j'avais eu un épisode migraineux assez bizarre. Sauf que dans le même temps, mon mari a, lui, eu d'autres troubles : maux de gorge, nez qui coule, troubles digestifs, fatigue, sensation d'oppression dans la cage thoracique et courbatures. Pour ma petite dernière, grosse fièvre, subitement, qui a disparu au bout de 24 heures, laissant la place à un rhume pendant trois jours. Et simultanément, mon aînée a commencé à tousser. Sa toux a duré une semaine sans discontinuer. Au bout d'une semaine, elle a commencé à se plaindre de vertiges, d'avoir la sensation d'être essoufflée et a été très fatiguée.
Le 24 mars, une semaine après les premiers symptômes de ma fille aînée, j'ai appelé le médecin pour avoir des informations complémentaires. Comme ça ne semblait pas urgent, la secrétaire (parce que je n'ai pas pu avoir le médecin au téléphone) m'a conseillé de surveiller, de prendre la température, de prendre du paracétamol si la température montait trop et de rappeler le médecin en cas d'aggravation. Et que si des symptômes respiratoires apparaissaient, je devais carrément appeler le 15... Ce qui, vous l'avouerez, est plutôt flippant...
Bref. Nous avons encore attendu quelques jours, et puis, le 27, ma fille m'a fait comprendre que ça n'allait plus du tout. En fait, sa température avait monté et, surtout, faisait sans arrêt du yoyo : un coup à 38,3, puis à 37,5, puis retour au-dessus de 38... sans parler du fait qu'elle n'avait plus ni goût, ni odorat. J'ai fini par rappeler le médecin qui m'a donné un rendez-vous pour le 28 au matin. Et là, la conversation avec le médecin a été parfaitement édifiante et, paradoxalement, très rassurante.

Ce que j'ai appris le 28 mars :
- le Covid-19 évolue en deux phases essentiellement. Comme c'est un virus inconnu de l'homme, le corps est vierge de tout anticorps permettant de lutter contre lui. Donc, au début de la maladie, il ne se passe quasiment rien. Le corps lutte contre le virus avec les moyens qu'il a et qui sont trop faibles pour éliminer le virus. Mais au fur et à mesure que le temps passe, le corps se met à produire des anticorps qui luttent de plus en plus efficacement contre l'intrus, entraînant une aggravation des symptômes. C'est la phase deux qui se déclenche entre 7 et 11 jours après les premiers symptômes. La situation semble s'aggraver, alors qu'en réalité, si le corps est assez costaud, ce n'est que la seconde mi-temps d'un combat que le corps commence à gagner.
- Dans les cas sévères, c'est durant cette deuxième phase que le corps "décompense" et que le malade se retrouve à l'hôpital avec une détresse respiratoire. D'où l'intérêt de surveiller de près les symptômes, parce que c'est à ce moment-là qu'on peut entrer dans une phase critique nécessitant une hospitalisation.
- Le virus est présent dans le corps plusieurs jours avant l'apparition des symptômes, et la contagion est effective entre 2 et 5 jours avant les premiers symptômes en moyenne. Mais il a été observé des cas où les malades étaient contagieux jusqu'à 14 jours avant les premiers symptômes. D'où la période de quarantaine imposée dans certains pays, qui dure 14 jours...
- Pour les enfants, le virus n'est en général pas un problème : la plupart des enfants sont asymptomatiques ou ont des symptômes très peu importants, pouvant passer inaperçus. C'est ce qui s'est passé avec mes deux autres enfants : mon fils a eu mal à la tête une demi-journée, quant à ma troisième, elle a eu mal à la gorge, a toussé un peu et ça s'est arrêté là.

Ce qui était intéressant, c'est qu'au fur et à mesure de l'avancée de la discussion avec le médecin, celui-ci a noté les différents symptômes, les personnes qui les avaient, leurs dates d'apparition et de disparition... et j'ai compris à ce moment-là que les médecins ne savaient effectivement pas grand-chose sur la maladie, que les retours des patients potentiellement atteints leur permettaient d'affiner leurs diagnostics et leur connaissance de la maladie, et que finalement, ce dont nous avions besoin, c'était d'une médecine de ville (ou de village) informée et protégée, parce que les premiers à y faire face, c'étaient les médecins libéraux. Eux qui voient des patients à longueur de journée, y compris peu symptomatiques, contrairement à ceux des hôpitaux qui ne voient, pour le coup, que les cas graves.

Je vous disais que j'avais été rassurée par cette consultation, parce qu'elle permettait de comprendre comment fonctionne ce virus et à quoi s'attendre avec lui, pour ce qu'on en savait à ce moment-là du moins. On en savait peu, mais ce "peu" permettait au moins de donner des délais, des évolutions possibles et/ou probables et de ne plus paniquer au moindre déclenchement du moindre symptôme.
Parce que ce qui est angoissant, ou du moins ce qui m'angoissait au démarrage de ce truc, c'était que les symptômes changeaient tout le temps. Un jour, c'est un mal de tête, un jour le nez qui coule, un jour de la fièvre, puis la toux, des courbatures, une sensation de fièvre mais sans fièvre, la perte du goût et/ou de l'odorat, une sensation d'étouffement, d'oppression dans la cage thoracique... la question essentielle devenait : "Quel sera le prochain symptôme ? S'il y en a un sera-t-il grave ou non ? Faudra-t-il appeler le 15 ? Si oui, y aura-t-il une place à l'hôpital ? Est-ce que, si je dois y aller (ou l'un de mes enfants, ou mon mari), je le/la reverrai vivant(e) ?"

Toutes ces questions sont très, très angoissantes, bien plus que les manifestations de la maladie elle-même, du moins dans sa forme bénigne. Et, encore une fois, tous ces symptômes que nous avons eus étaient très bénins, finalement.
Le délai donné par le médecin, c'était deux semaines de symptômes, avec une troisième semaine possible. J'ai donc patiemment compté les jours, les semaines, avant de crier "victoire" et de considérer toute la famille comme guérie. Parce que, oui, j'ai pu constater que tout le monde (et nous sommes six personnes à la maison) était guéri, après avoir eu plus ou moins de troubles durant ces dernières semaines.

Seulement, ce n'était pas terminé.
Le premier avril, suite à la consultation du 28 mars, ma fille aînée a été convoquée chez le médecin pour un suivi trois jours après le premier examen. J'en ai profité pour poser encore des questions. Notamment sur une possible réinfection, dont on commençait déjà à parler. Du genre "Si on a été malades du Covid-19, est-ce qu'on est protégé, puisqu'on a pu développer des anticorps ?"
Et la réponse du médecin m'a tout de suite calmée : "Normalement oui, mais on n'en est pas sûrs parce qu'on a déjà observé des cas de réinfection chez certaines personnes guéries".
Du coup, je me suis dit que maintenir le confinement, faute de masques et de tests, c'était sans doute la meilleure chose à faire, finalement.

Alors, quand le mercredi 15 avril au matin, je me suis réveillée avec un mal de tête vrillé dans la partie droite de mon crâne, je me suis dit que c'était peut-être reparti. Coup de bol, j'étais la seule atteinte, ce n'était sans doute pas ça, donc. Une migraine, peut-être ?
Eh ben non. Dans la journée, mon mari a lui aussi fait part d'un bon mal de tête, doublé d'une sensation de vertiges, qu'il avait déjà eue lors de la première vague à la maison. Dans la foulée, nous avons compris qu'en réalité, c'était notre troisième qui avait ouvert le bal deux jours plus tôt, elle qui avait vomi toute la nuit et une partie de la matinée, qui avait passé la journée au lit, puis qui se portait soudainement comme un charme... avant de nous faire une magnifique envolée fiévreuse à 40,1°C le samedi suivant... Le dimanche, comme pour sa sœur un mois plus tôt, la température était redescendue à 37,7°C, puis à 36,5°C au réveil le lundi matin. Seulement, si, pour elle, cette deuxième vague a été aussi spectaculaire que brève, il n'en va pas de même pour tout le monde. Mon mari est à la maison depuis le début de la semaine, à cause de maux de tête, de sensations de nausées, de jambes flageolantes et de douleurs articulaires, sans compter la fatigue, la vraie, celle qui vide complètement le corps de toute énergie.
De mon côté, je n'ai pas trop à me plaindre : après les maux de tête, à droite, le mercredi, j'ai passé la journée du jeudi avec un regain d'énergie phénoménale, avant d'être submergée par un violent mal de tête, le vendredi, du côté gauche cette fois (histoire d'équilibrer, peut-être ?). Autant la première vague avait été douloureuse et courte chez moi, comme chez mon mari, autant la deuxième est plus pernicieuse, parce que la fatigue est bien plus intense que la première fois et que c'est cette fatigue, sans autre symptôme, qui prend vraiment le dessus.

Et puis, il y a des symptômes dont on ne découvre l'existence que fortuitement, qui ont peut-être un rapport, mais ce n'est pas certain. Par exemple, depuis le 11 mars, j'ai de furieuses envie de m'arracher la peau du ventre, des jambes et des bras, tant les démangeaisons sont importantes. Est-ce en lien avec le virus ? Pas moyen de le savoir. Ces démangeaisons peuvent être liées à un assèchement de la peau, ce qui est le plus souvent le cas, d'ailleurs, en ce qui me concerne. Sauf que, là, je me tartine régulièrement la peau avec un hydratant depuis plusieurs mois, ce qui avait réglé le problème. Et d'un seul coup, ça ne fonctionnerait plus ?
Autre problème qui se pose : nous avons tous remarqué, dans la famille, une fâcheuse tendance à chercher nos mots. Par exemple, il m'arrive fréquemment de me tromper de mot, comme lorsque j'ai demandé à mon fils d'aller chercher la "guitare" dans le frigo, au lieu du fromage. Rien à voir, d'ailleurs, entre les deux, ce qui me pose quand même une question importante (et assez flippante, je l'avoue) : il ne s'agit sans doute pas d'une simple erreur de langage comme il en arrive souvent en cas de fatigue. Ce n'est pas un mot dit à la place d'un autre parce qu'il lui ressemble ou qu'il commence de la même manière. Ce sont vraiment deux mots qui n'ont rien à voir, un peu comme quand ma fille a demandé à sa sœur de retirer ses pieds de son pantalon, au lieu du fauteuil...

Depuis quelques jours, on entend dire que ce Covid-19 a des effets sur la circulation sanguine et qu'il peut provoquer des engelures au bout des doigts, voire des phlébites avec les conséquences prévisibles qu'on connaît : embolie pulmonaire, accident vasculaire cérébral, infarctus du myocarde... des joyeusetés sympas, donc. On sait aussi qu'il y a des dermatologues qui ont remarqué d'autres troubles, en plus des engelures. Je ne sais pas quels types de problèmes exactement, mais du coup, mon esprit travaille un peu trop et en arrive à la conclusion que ces démangeaisons intempestives peuvent être, elles aussi, une manifestation du virus. Il va falloir interroger les médecins quand on en saura un peu plus.
Et puis, il y a ces fameux troubles neurologiques. Sur le coup, quand j'ai entendu parler de cela, c'était dans le contexte d'une sortie de réanimation, après une sédation profonde au curare (parce qu'une intubation, quand on est conscient, c'est juste insupportable, on n'a qu'une envie, c'est de retirer le tuyau qu'on a dans la gorge. Du coup, les patients sont sédatés et plongés dans un coma artificiel pour supporter la machine qui prend le relais quand la respiration n'est plus assurée et ne permet pas une bonne oxygénation des tissus). Le retour à une vie plus normale, après cette sédation au curare, entraîne souvent des troubles neurologiques, pertes de repères en particulier, mais c'est lié au produit qui est injecté, si j'ai bien compris. Sauf que là, le fait de ne plus savoir comment s'appelle un kiwi ou une banane, de parler de guitare à la place du fromage, c'est tout sauf l'effet d'un anesthésiant, quel qu'il soit. Alors c'est quoi ? Encore une question qu'il faudra poser aux médecins, quand on pourra en voir un sans avoir peur de l'ennuyer avec des questions secondaires quand d'autres patients sont, eux, dans des états bien plus alarmants...

Alors voilà, je voulais faire ce billet pour parler un peu de ces symptômes pas graves, pas invalidants, ou très peu, peu douloureux et peu dangereux, puisque disparaissant en général au bout d'un jour ou deux. Ces symptômes, personne n'en parle vraiment, parce qu'ils ne sont pas graves, qu'ils ne nécessitent pas une hospitalisation. Loin de moi l'idée de revendiquer quoi que ce soit en cette période difficile. Bien sûr que la priorité, pour les soignants, est et doit être les patients qui risquent de mourir de cette maladie. En ce qui me concerne, j'avais besoin de coucher par écrit ce qui se passe, notamment parce que les questions d'immunité se posent concernant cette maladie. Certains médecins pensent qu'une fois qu'on a attrapé le virus, on est immunisé et ils comptent sur cette immunité pour faciliter le déconfinement à venir à partir du 11 mai. En ce qui nous concerne, nous ne sommes pas vraiment pressés d'être déconfinés. Parce que vus les symptômes et la fatigue (surtout la fatigue) que ce virus provoque, il vaut mieux, effectivement, attendre un peu plus longtemps avant de retourner dehors, où les porteurs sains peuvent, sans le savoir, transmettre la maladie à des personnes fragiles pour qui elle serait bien plus grave. Nous n'avons que des symptômes bénins, qui pourraient tous être attribués, séparément, à d'autres pathologies : angine, bronchite, pneumonie, règles douloureuses, migraine, gastro-entérite, rhume, allergies respiratoires, et j'en passe... Il est juste peu probable qu'une famille entière attrape toutes ces maladies simultanément et en moins d'une semaine !

Je ne peux aussi que rendre grâce. Parce que cette maladie, chez nous, n'a pour l'heure pas eu d'effets désastreux. Ni mon mari, ni mes enfants, ni moi n'avons eu à aller à l'hôpital, même pour une durée très courte. Du moins pour l'instant. Et on va espérer qu'on en reste là ! Seulement, je me dis que nous ne devons pas baisser la garde. Nous ne sommes qu'à la fin de la première semaine de la seconde vague. Si l'évolution est conforme à la première fois, c'est maintenant que les choses peuvent s'aggraver. Mais la deuxième fois peut-elle suivre le même déroulement que la première, sachant que le rebond de la première vague était du au fait que le corps commençait à produire des anticorps ? Si le corps connaît déjà la maladie, cette deuxième vague doit forcément évoluer différemment. Peut-être que la seconde fois, il n'y a qu'une seule phase ? Et cette phase est-elle alors plus longue parce que la première fois, les symptômes étaient très faibles ? Est-elle moins violente parce que le corps connaît déjà la maladie ?

On entend beaucoup de choses, au sujet du Covid-19. La dernière "information" en date, c'est que, en cas de récidive, ce dernier est plus violent si on ne s'est pas assez reposé durant la première "attaque". Un peu comme une punition que nous infligerait le virus : "Tu as voulu jouer au malin la première fois ? Ben cette fois-ci, je vais tellement te fatiguer que tu vas bien être obligé(e) d'aller te coucher !"

D'ailleurs, il se fait tard... à l'heure où je termine ce billet, il est bientôt 23h30...
Je vais me coucher ! Merci à ceux et celles qui auront eu le courage de me lire jusqu'au bout ! Et pardon pour ce billet très décousu... Il est à l'image du bazar qu'il y a dans ma tête en ce moment... Encore un nouveau symptôme ? Ou bien une manifestation neurologique du même ordre que celle où je cherche mes mots ? :)