Blog d'humeurs,
blog de textes personnels,
de recettes de cuisine ou de coups de gueule,
blog d'interrogations, de questions,
sur l'actualité ou la vie en général...
On pourrait le qualifier de "fourre-tout",
je préfère le penser... à mon image :
complexe, éclectique, et forcément fait d'un peu de tout.

lundi 14 mars 2016

De la tiédeur dans la foi...

J'ai reçu ce matin deux mails distincts, l'un faisant suivre avec joie une information assez étonnante pour notre pays, surtout quand on connaît le laïcisme dont il fait preuve : des catholiques priant à genoux dans la rue.
L'autre mail était en fait une réponse au premier, précisant que les images datent de 2012 et que les catholiques en question sont membres de l'Institut Civitas, soit un groupe proche de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X (des intégristes catholiques, quoi).

Certes, ces images datent de 2012... il n'empêche que certaines choses me frappent, comme si ces manifestations (dans le sillage de La Manif Pour Tous, voire en marge de celle-ci) étaient quelque peu "prophétiques" dans la mesure où c'est après qu'a commencé la vague d'immigration massive que nous connaissons aujourd'hui, un peu plus de trois ans plus tard (l'immigration, notamment clandestine, est un fait récurrent dans notre pays, mais il a pris une ampleur inédite ces derniers temps). Le fait qu'il s'agisse d'une initiative de Civitas ne doit pas cacher un certain nombre de réalités : notre pays est en train de renier réellement ses racines chrétiennes en mettant les contingences économiques en premier plan, comme si l'économie était la seule question qui vaille la peine d'être examinée en ce moment. J'en veux pour preuve la polémique ahurissante autour de la légion d'honneur décernée il y a quelques jours au prince héritier d'Arabie saoudite, apparemment à sa demande

[Petite parenthèse : Sophie Marceau, quant à elle, a refusé cette même légion d'honneur, au motif justement qu'elle avait été attribuée au prince héritier d'Arabie saoudite, pays responsable de plus de 70 exécutions capitales rien que depuis le mois de janvier... et des voix s'élèvent, nombreuses, quelques jours après les faits, pour demander à la France de retirer la légion d'honneur à ce prince héritier...]

Bref, il semble que notre gouvernement soit plus sensible aux pétrodollars et aux contrats que l'Arabie Saoudite pourrait encore signer chez nous qu'aux Droits de l'Homme, pourtant nés chez nous... Cette affaire semble très loin de ce qui nous préoccupe... et pourtant le lien est assez rapide à faire. Il semble malheureusement qu'aujourd'hui, on respecte plus, dans les hautes sphères de notre pays, des Musulmans que des Catholiques. Il n'y a qu'à voir le nombre de profanations dans les églises, sans aucune réaction de la part des autorités. Je vais enfoncer des portes ouvertes, là, mais si le même nombre de profanations avaient lieu dans les mosquées ou les synagogues, nous serions carrément en guerre civile... et ce serait plutôt normal, tant est importante la notion de respect des droits de l'autre à croire et à pratiquer sa propre religion. Mais bizarrement, ce droit est plus évident pour les Musulmans (et pour les Juifs, mais là, c'est comme une sorte de syndrome lié à la Shoah, sans aucun mépris d'ailleurs pour les Juifs : ils ont payé assez cher le simple fait d'être de cette confession) que pour les Catholiques ou que pour les Chrétiens en général. Alors est-ce que c'est parce que justement, la France est un pays chrétien à la base ? Et que du coup, on vit encore avec l'illusion que les Chrétiens sont les plus nombreux et qu'ils oppriment les autres ?
Plus je réfléchis à cette question, plus je me dis que là encore, on se trompe lourdement. D'un point de vue numérique, les Chrétiens sont loin d'être majoritaires en France, même si le nombre de baptisés est et reste important. Quand on sait que 63% des Français (selon diverses sources, par exemple celle-ci ou celle-là, les statistiques basées sur la religion étant interdites en France lors des recensements de population) se disent Catholiques mais que seuls 4,5% sont pratiquants, il est à se demander quelle est encore l'identité religieuse de notre pays. Mais c'est oublier un peu vite le poids de l'histoire et tout ce que l'Eglise Catholique en particulier a fait pour notre pays au cours de l'Histoire... En tout cas, si le nombre de Catholiques diminue, celui des Musulmans augmente et il est fort difficile de quantifier le phénomène. D'une part à cause de ces fameuses statistiques officielles où il est interdit de demander la religion et d'autre part parce que nombre d'immigrés  originaires de pays à majorité musulmane résidant en France sont clandestins...

Pour en revenir à ce mail que j'ai reçu, il me pose certaines questions de fond. Sans aller jusqu'à souhaiter le départ de notre pays des migrants qui y sont arrivés depuis quelques mois, je me dis qu'il faut essayer de faire preuve de bon sens et discerner jusqu'où on peut aller : est-ce que, parce que Civitas est d'extrême droite et liée à la Fraternité St Pie-X, cette organisation a tort sur toute la ligne ? Sans vouloir dire qu'ils ont raison sur tout, je me dis pour ma part qu'ils ont au moins le mérite et le courage de faire ce que nous, catholiques plus "ordinaires" et moins traditionalistes n'osons parfois même pas exprimer à nos proches quand ils ne partagent pas notre foi. Ils ont le mérite et le courage d'assumer et de proclamer leur foi au vu et au su de tous, y compris en se mettant à genoux pour prier dans la rue. Combien d'entre nous oseraient faire la même chose ? Combien d'entre nous pensent encore que la foi est une affaire exclusivement privée et qu'elle doit donc rester cantonnée à nos maisons, à nos chambres, et parfois à nos églises (quand on arrive à se prendre par la main pour aller à la messe de temps en temps) ?

Notre pays souffre de culpabilité aiguë concernant son histoire. Tellement aiguë que l'on n'arrête plus de demander pardon pour telle ou telle chose qui s'est passé dans les siècles derniers, depuis la colonisation jusqu'à l'inquisition, j'en oublie et des meilleures sans doute. Il est vrai que l'Eglise a fait des erreurs, mais il est faux de mettre toutes les erreurs commises dans les siècles passés sur le dos de l'Eglise. De nombreuses idées reçues sont véhiculées par les médias en particulier qui montrent à quel point ces mêmes médias (et donc l'opinion publique nourrie et "éduquée" par eux) méconnaissent les réalités de l'Eglise, de ses dogmes et de ses actions. 
Je ne vais pas refaire le laïus sur la prétendue misogynie de l'Eglise (l'hebdomadaire Famille Chrétienne a publié au mois d'août 2015 un excellent article sur le sujet). Mais en tout état de cause, il faudrait arrêter d'écouter tout et n'importe quoi, mais surtout pas l'Eglise elle-même, quand il s'agit de parler de ce que l'Eglise dit ou fait. Pourquoi serait-il plus légitime de lire un article du Monde ou de Libération que le Catéchisme de l'Eglise Catholique quand on veut connaître la position de l'Eglise sur les femmes, la contraception ou le pardon ? Zut alors, c'est vrai, ça ! 

Bref. Ceux qui veulent détruire la foi Catholique dans notre pays sont nombreux et ils utilisent pour cela les arguments classiques (misogynie, passéisme, liberticide...). 
Ce que j'observe, c'est que l'Eglise en France est en train de bouger. Il y a eu les manifestations monstres de 2012-2013, mais il y a aussi et surtout un courant souterrain extrêmement puissant, silencieux et quasiment invisible pour ceux qui ne veulent pas voir. Je parle de toutes ces initiatives prises par des personnes qui ne revendiquent d'ailleurs pas expressément leur appartenance religieuse mais qui, pour autant, sont animées par les valeurs chrétiennes et les portent haut au travers de leurs actions. Ce sont ceux-là, surtout des jeunes d'ailleurs, que l'on voit dans les mouvements politiques récents (type Sens Commun par exemple) ou dans les mouvements apolitiques de résistance (les Veilleurs, les Mères-Veilleuses, les Sentinelles...) ou encore qui s'engagent dans l'enseignement pour tenter de renverser la tendance (certains professeurs, de philosophie en particulier, mais pas uniquement bien sûr, œuvrant dans le privé comme dans le public, ou encore les cours Griffon, sur Internet, ou le Cours Alexandre Dumas en banlieue parisienne, qui a donné des idées à d'autres et est à l'origine de nombre de créations d'écoles libres hors-contrat, créations qui se multiplient ces dernières années, preuves que la faillite du système éducatif français n'est pas une fatalité...).
Dans l'un de mes précédents billets, je vous disais que malgré tout ce que l'on observe, il y a matière à garder intacte l'espérance.

Mon espérance, elle est là. Elle est dans ces jeunes qui s'engagent. Parce que la réponse de cette femme (deuxième mail) à la joie du premier, c'est la réponse de la génération qui a connu la pratique religieuse avant Vatican II, qui a grandi et transmis la foi dans les années 1970 et 1980, autant dire qui n'a pas transmis grand-chose, faute d'avoir elle-même reçu assez pour redonner, ou à qui on a dit de mettre tout ce qu'elle avait reçu avant au panier...
Je ne suis pas en train de faire une critique de Vatican II : je ne connais pas assez la question pour me le permettre. Je suis en train de dire que j'observe actuellement un truc proprement hallucinant car assez inexplicable, sauf à compter sur la Grâce et sur l'efficacité de la prière de ceux qui ont tenu bon dans les années 1970 et 1980 : Il y a actuellement un renouveau de la foi chez les jeunes âgés de 18 à 30 ans (c'est-à-dire nés après 1985) et qui donc n'ont pas reçu grand-chose parce que leurs parents eux-mêmes ont soit été invités à virer le bébé avec l'eau du bain, soit ont fait partie du contingent qui a été catéchisé par ceux-là mêmes qui avaient invité les premiers à virer le bébé avec l'eau du bain. Du côté de la transmission, c'est donc un zéro pointé pour tous, que l'on voit d'ailleurs aujourd'hui chez les couples qui se marient à l'Eglise puis qui viennent demander à la même Eglise le sacrement du baptême pour leurs enfants : ils ne savent rien ou presque, et pourtant, la transmission de la foi est importante pour eux. Seulement, ils ne savent pas du tout comment faire et font donc appel à l'Eglise pour cela. 
Et pourtant on observe par ailleurs un phénomène curieux, très minoritaire encore, mais bien établi : un renouveau dans la foi venant des jeunes générations. Ces jeunes sont plus fervents, vont plus souvent à la messe (y compris en semaine), prient davantage que leurs aînés (et utilisent pour cela les réseaux sociaux voire créent eux-mêmes des applications sur internet pour le faire et pour inciter d'autres à le faire)... et s'engagent aussi davantage, en particulier en politique. Ils sont de la génération Jean-Paul II, Benoît XVI ou François, ils sont croyants, pour certains issus des communautés charismatiques ou y ont fait un passage... en tout cas, ils s'engagent.

Contrairement à Civitas, ils ne montrent pas grand-chose dans la rue (ce ne sont pas eux qu'on voit prier à genoux dans les rues de Paris). Mais ils n'en sont pas moins efficaces et engagés.
Alors mon espérance est là. Parce qu'on a beau dire ce qu'on veut : si les églises sont remplies de têtes blanches le dimanche, toutes ces têtes blanches finiront par disparaître un jour puisque la mort fait partie de la vie. La relève qui se prépare et qui est déjà engagée aujourd'hui a sans doute une autre façon de pratiquer que ceux qui vont à la messe aujourd'hui (à l'exception notable de quelques familles, adultes jeunes (entre trente et quarante ans) avec des enfants qui font partie de ceux qui ont continué à recevoir la foi de leurs parents, durant ces mêmes années 1970 et 1980), mais elle est solide sur des bases saines car nourrie aux enseignements de l'Eglise et de ses trois derniers papes qui se sont tous les trois spécialement adressés à elle (notamment durant les JMJ qui ont marqué tant de chrétiens depuis plusieurs décennies maintenant).
Cette nouvelle génération (qui prend naturellement la place de celle qui est absente, entre les jeunes et les têtes blanches) est un défi à l'Eglise catholique en France, parce qu'elle est en dehors des schémas classiques des pratiquants. Mais cette génération a la foi et elle est sans doute plus nombreuse qu'on le croît et sûrement plus nombreuse que les 40-60 ans qui, eux, manquent à l'appel... Alors s'il y a un véritable recul de la pratique dominicale dans notre pays, ce n'est pas pour autant que la foi, et en particulier la foi catholique disparaît.

En tout état de cause, je pense de plus en plus souvent maintenant qu'il est dorénavant indispensable de ne plus cantonner notre foi à la chambre à coucher ou au domicile. Nous sommes dans un pays libre et laïc. Laïc certes, mais si nous continuons à penser nous-mêmes que notre foi doit rester dans le domaine privé, alors nous donnons raison à ceux qui considèrent que ce n'est qu'une question privée et que ce n'est donc pas grave si on détruit les lieux de culte ou si on démolit les statues comme ça a failli être le cas avec celle de Jean-Paul II. Si la France est un grand pays, c'est aussi grâce à son histoire, profondément chrétienne. Preuve que la foi est tout sauf uniquement privée. En privatisant la foi (et notamment la foi catholique parce qu'il y a vraiment deux poids - deux mesures en la matière selon la confession à laquelle on fait allusion), on ne fait que nier et faire oublier notre histoire. Or d'autres portent hautes les couleurs de leur religion, n'en ont pas honte, la proclament et la pratiquent, avec, pour certains, l'objectif de l'imposer à tous. Réaffirmer notre appartenance à notre religion et à notre pays, avec son histoire, c'est aussi dire non à cette dictature qui se prépare et affirmer notre amour pour notre pays.

Alors sans forcément aller prier à genoux dans la rue, je ne veux pas, pour ma part, être "tiède" dans la foi. Il est de notre devoir d'en vivre. Parce que c'est sur nos actes que nous serons jugés au dernier jour.

mardi 13 octobre 2015

Ils deviendront des moutons bêlants...

Je ne sais plus comment faire, que faire, surtout, pour que les choses changent, pour que les gens ouvrent les yeux. Quand je lis les infos, je me demande comment il se fait que si peu de personnes se rendent compte de ce qui est en train de se passer sous nos yeux. Sommes-nous vraiment si peu nombreux à avoir un cerveau et à nous en servir ? Ou alors... la grande majorité de la population de ce pays a d'autres préoccupations plus importantes ? Ou encore... la grande majorité de la population de ce pays est déjà tellement endormie qu'elle ne voit même plus ce qui se passe ?

Je pense à plusieurs choses concomitantes :
- mariage pour tous, enfants pour tous
- réforme de l'éducation
- laïcité à tous les étages
- arrivée massive d'immigrants
pour ne prendre que ces quatre sujets bien assez importants en eux-mêmes, sans parler du reste (enfumage total sur l'évolution du monde, sur sa naissance, économie, etc.).

J'ai longtemps hésité à en parler ici (en fait, pas trop, tout simplement parce que je ne suis pas lue par beaucoup de monde), surtout parce que je me demande à quoi cela peut bien servir. Et puis, il y a la certitude que tout est surveillé, que rien de ce qui est écrit n'est ignoré, d'une manière ou d'une autre. Vu la portée de mes écrits, je me dis que ça ne risque pas grand-chose, si ce n'est de m'attirer un peu plus l'incompréhension de certains, donc j'y vais.

Sur le mariage pour tous, des enfants pour tous... en bref, sur le gender (parce que c'est ça, l'idéologie qui se cache derrière tout cela) :
- J'observe que nombre des enfants dans les classes de mes propres enfants sont issus de familles où les parents ont divorcé, ou bien où les parents se sont remariés ou vivent en couple avec un autre parent que le père ou la mère de leurs enfants.
- J'observe aussi que ces enfants, en général, sont à la pointe de la technologie : j'ai été totalement sidérée d'apprendre, par exemple, qu'un garçon de l'âge de ma troisième (donc environ 9 ans), avait en sa possession un smartphone. Oui, vous avez bien lu : comme son frère de 11 ans, il a un smartphone. Et aussi une ou deux DS, une Wii et une tablette tactile. Alors le gamin en question a précisé que ce téléphone ne sert pas à téléphoner pour qu'il n'y ait pas de dépassement de forfait ou je ne sais quoi. Il sert à quoi, alors ? Tout simplement à jouer. Avec son frère, il y a téléchargé des jeux depuis Internet et joue avec en dehors des heures de classe (je tiens à préciser quand même que dans leur école, les téléphones portables, DS, tablettes et autres sont totalement interdits, pour d'évidentes questions de sécurité, l'école ne pouvant être tenue pour responsable de la casse ou du vol des objets technologiques apportés par les enfants). D'entrée de jeu, là, il y a quelque chose qui me chiffonne un peu : pourquoi un enfant de 9 ans a-t-il besoin d'un téléphone portable tactile (et dans nombre de cas, il s'agit même d'un Iphone, si, si !!!), si ce téléphone ne sert pas à téléphoner (honnêtement, en primaire, quand il y a un problème, c'est l'école qui appelle les parents) et si le même enfant a chez lui une tablette tactile qui fait aussi appareil photo, lecteur MP3 et lit, en plus, les vidéos sur Youtube ou celles qui sont enregistrées dans la mémoire de l'appareil ? Pourquoi, sinon parce que, comme beaucoup d'enfants, il lui faut, à lui aussi, un téléphone parce que les autres en ont ?
- Du coup, je m'interroge. Si on crée à 9 ans ce genre de besoins, qu'est-ce qui se passe pour l'enfant du point de vue de sa construction mentale ? Ce que j'ai observé chez mes enfants, au début de l'été, c'est que l'interdiction de la télévision (ou plutôt du visionnage de DVDs plus de deux jours par semaine pendant les vacances) avait formidablement stimulé leur imagination. Entre la fin des classes, début juillet, et le 22 août, mes trois aînés, à force de s'ennuyer, ont fini par écrire et tourner un film qu'ils ont ensuite monté avec l'aide de mon petit frère, qui travaille dans le cinéma à Montréal et sait donc comment monter un film, supprimer des séquences trop longues, ajouter des bruitages et de la musique, créer un générique, etc.
Le 22 août, ce film a été projeté à la maison lors de la fête de mon anniversaire, où nous avions réuni pas loin de 40 personnes. Et cela a été un grand succès.
Or il se trouve que le 14 août, après une très longue réflexion, nous avons accepté, mon mari et moi, que nos enfants s'offrent une tablette ou une DS chacun. Au final, nous avons donc deux DS (avec deux jeux différents) et une tablette tactile à la maison, dont ils ont tous été privés au début parce qu'ils se disputaient et avaient commencé par s'asseoir sur toutes les règles que nous avions mis en place, avec eux et avec leur accord, quant à leur utilisation. C'est dans cette perspective qu'ils sont allés jusqu'à la fin du tournage du film et qu'ils en ont assuré la finalisation avec mon frère.
En d'autres termes, ce film a vu le jour parce qu'ils s'ennuyaient pendant les vacances. Et uniquement pour ça. S'ils avaient eu leurs DS et tablette à disposition, ils y auraient passé leurs journées et vous pouvez être certains que nous n'aurions jamais transformé le salon en salle de cinéma.
- Donc, l'ennui stimule la créativité parce que le cerveau a besoin d'être occupé, de travailler. Vous allez me dire : "Il n'y a pas de différence : quand ils sont sur leurs DS, le cerveau est occupé et ils travaillent d'autres capacités, comme la concentration, la dextérité, la réactivité..." et je ne sais quoi encore. Sauf que non. Enfin, pour les capacités, je ne sais pas, mais ce que j'ai pu observer, c'est que quand je récupère les enfants après leurs heures de jeu sur les DS et la tablette, ils sont en général hyper-énervés, très agressifs, insultants et violents. Ils sont aussi hyper-individualistes, égoïstes, refusent de participer aux tâches qui leur incombent (mettre et débarrasser la table par exemple) ou simplement de prendre soin d'eux (prendre une douche), simplement pour pouvoir passer un peu plus de temps avec leur DS ou leur tablette. A contrario, quand ils n'en avaient pas, ils jouaient plus ensemble, lisaient davantage, prenaient part à des discussions en famille (pour les douches, c'était déjà compliqué avant, j'avoue...) et j'en oublie sûrement.

Alors j'ai un peu dévié, mais pas tant que ça. Parce que ce que j'observe, c'est que pour tous les enfants à peu de choses près, c'est la même chose. L'attrait des objets technologiques est phénoménal et il faut beaucoup de volonté et de renoncement pour y résister.
Vous allez me dire : quel est le lien avec le mariage pour tous et le gender ?
Cela ne semble pas évident, mais ce que je vois, c'est que la loi de 2013 sur le mariage transforme radicalement le sens du mariage lui-même dans la mesure où le mariage est lié à la filiation. Si dans le mariage "classique" seuls un homme et une femme peuvent se marier, c'est pour la simple et bonne raison qu'il faut un homme et une femme pour avoir des enfants. Il y a d'autres raisons, notamment dans la Bible, mais je ne voudrais pas que mon argumentation ne tourne qu'autour de la Bible, donc je vais vous donner cette raison purement biologique : il faut un homme et une femme pour concevoir un enfant. C'est aussi bête que ça. Donc en autorisant deux hommes ou deux femmes à se marier, on modifie le sens du mariage dans son sens profond qui est celui de l'engendrement. On dissocie donc artificiellement le mariage de l'engendrement. Alors vous me direz : "C'est absurde, il a toujours été possible d'avoir des enfants sans se marier !" Oui. Bien sûr, les naissances hors mariage ont toujours existé. Oui, les "filles-mères" ont toujours existé, de même que les "bâtards". Mais si le terme de "bâtard" a un sens aussi péjoratif, c'est bien parce qu'il a été très mal vu, à un moment de notre histoire, de n'être pas issu d'une union légitime. En plus des questions évidentes liées à l'héritage, il y a la honte pour la mère en particulier d'être clairement en situation d'adultère (pour les femmes mariées) et donc d'avoir trahi le mari (c'est la même chose pour les hommes mais, bizarrement, c'est beaucoup moins problématique d'être le "bâtard du roi"...). Bref. Les naissances hors mariage ont toujours existé, mais pour autant, il n'a jamais été mis en doute qu'un enfant était issu d'un homme et d'une femme.
Or cette loi sur le mariage pour tous a décidé que ça, c'était terminé et que puisque deux hommes peuvent s'aimer, ils doivent aussi avoir le droit de se marier (ou deux femmes...). Donc d'avoir des enfants.
Petit arrêt sur cette question : la question des enfants. Elle est liée au mariage, forcément. Et on va me dire : "Pourquoi forcément ?" Très bonne question. Pourquoi, forcément ? Parce que si la procréation n'est pas liée au mariage, alors le mariage n'a plus aucun sens. C'est un fait, c'est aussi simple que ça. Si ce n'était pas le cas, nous n'aurions jamais eu ce débat sur le mariage pour tous. Parce que ce qu'il faut bien avoir en tête, c'est que l'enjeu du mariage, c'est la possibilité d'avoir des enfants légalement. Donc si les lobbys LGBT se sont battus pour avoir le droit de se marier, c'est pour une seule et unique raison : se marier leur donne le droit d'avoir des enfants. Le DROIT. Pas la possibilité. Le DROIT.
S'il y a un droit, alors il faut que ce droit devienne possible. Comme il n'est pas possible naturellement à deux hommes ou à deux femmes d'avoir un enfant ENSEMBLE, alors il faut leur donner le droit d'en avoir de manière artificielle. Donc par l'adoption bien sûr, mais aussi et surtout par la PMA pour les femmes et la GPA pour les hommes. C'est juste logique. D'où les revendications et la question du DROIT A L'ENFANT qui, dans notre pays, remplace de plus en plus les DROITS DES ENFANTS... Mais ceci est un autre débat.

Cela va encore plus loin qu'une simple question de droit. Ou même d'enfant. Parce qu'on pourrait se dire aussi, comme certains me l'ont déjà opposé, qu'il n'y a pas de raison pour que deux femmes ou deux hommes soient de moins bons parents qu'un couple homme-femme. Oui, mais non.
D'abord, il faut comparer ce qui est comparable. Pour un enfant, il est indispensable de grandir dans l'altérité homme-femme, afin de pouvoir se construire correctement en tant qu'homme s'il est un garçon ou en tant que femme si c'est une fille. On pourra toujours objecter qu'il y a des enfants qui ont grandi dans des familles monoparentales ou dont le père est mort à la guerre et qui n'ont pas eu trop de problèmes à se construire en tant qu'homme ou femme. Bien sûr. Mais n'est-ce pas plus facile pour un enfant de se construire quand tout est fait pour l'y aider plutôt qu'en lui donnant directement un puzzle avec des pièces manquantes ou défectueuses ? N'est-il pas un peu hypocrite de dire qu'un enfant s'adaptera et qu'il vaut mieux qu'il soit aimé par deux femmes plutôt que pas aimé par un homme et une femme ou aimé par sa mère seulement ? Bien sûr que l'enfant s'adaptera ! Il y est de toute façon obligé : quel autre choix a-t-il que de s'adapter à la situation de ceux qui prennent soin de lui, le nourrissent, lui offrent un toit et des vêtements ? Il n'a pas le choix ! Donc la question n'a rien à voir avec l'adaptation ou non de l'enfant à la situation de ses "parents".

Et si on plaçait les choses sous un autre angle ? Si on commençait enfin à comparer ce qui est comparable, du genre : que vaut-il mieux pour un enfant ? être élevé par ses deux parents ou par un seul ? être élevé par deux parents (homme et femme) qui s'aiment ou par deux hommes (ou deux femmes) qui s'aiment ? être élevé par deux parents (homme et femme) perturbés psychologiquement ou par deux hommes (ou deux femmes) perturbé(e)s psychologiquement ?
Le biais dans les discussions que nous avons eues lors du faux débat sur le mariage pour tous, ça a été de comparer des situations qui n'étaient pas comparables. Or des études ont montré que dans tous les cas, même les plus tordus, il était toujours préférable pour un enfant d'être élevé par ses deux parents plutôt que par deux hommes ou par deux femmes (pour peu que les situations soient comparables : couple avec l'un des deux alcoolique vs duo homosexuel dont l'un des deux est alcoolique).
Donc, dans les revendications en rapport avec le mariage pour tous, la question n'est pas le bien-être de l'enfant, mais bien le droit des couples à avoir des enfants, d'une manière ou d'une autre.

Alors je me suis longtemps demandé pourquoi c'était si important d'avoir des enfants à tout prix. Le problème n'est pas dans le fait d'avoir des enfants, mais dans le "à tout prix". C'est-à-dire que le moyen lui-même devient prépondérant. La manière d'avoir des enfants devient fondamentale parce qu'en autorisant les duos homosexuels à se marier, on légitime automatiquement des pratiques qui n'étaient même pas tolérées auparavant. À savoir la PMA artisanale pour les lesbiennes (c'est-à-dire une insémination artificielle avec donneur pas du tout anonyme, faite à la maison, le plus souvent avec une simple seringue dans laquelle le sperme du donneur a été recueilli et qui est injecté ensuite dans le vagin de la candidate à la maternité) et la GPA à l'étranger pour les hommes. La meilleure preuve : la prolifération d'émissions de télévision qui vantent ces nouvelles "familles" qui ont su aller jusqu'au bout des galères pour réaliser leur rêve : avoir un enfant, même si, pour cela, elles devaient contourner la loi ou, pire, la transgresser (alors qu'il y a un moyen tout à fait simple : avoir des relations sexuelles avec un partenaire de sexe opposé, c'est-à-dire faire comme tout le monde. Mais cela, c'est aller contre le principe de la fidélité à sa ou à son partenaire du même sexe, et c'est profondément inacceptable (1)).
Donc, nous sommes maintenant au point où il est parfaitement toléré, sinon admis ou légal que deux personnes de même sexe qui souhaitent avoir un enfant puissent en avoir un. C'est non seulement toléré, mais c'est décrit aussi comme la "preuve" ultime que les homosexuels sont "normaux" (puisqu'ils ont les mêmes désirs que les couples hommes-femmes, il n'y a donc pas lieu de les stigmatiser et de leur rappeler en tout temps leur différence liée à leur sexualité, différence visible et évidente par le fait de leur impossibilité biologique à concevoir un enfant).
Ceci étant majoritairement admis dans notre société, la question de l'enfant va donc se poser avec de plus en plus d'acuité. La GPA et la PMA pour les célibataires sont toujours interdits en France, mais je ne doute pas que les choses vont très rapidement changer maintenant. Pourquoi ? Parce qu'il y a des intérêts énormes derrière ces questions.
On pense bien sûr tout de suite aux intérêts financiers, tant des mères porteuses que des laboratoires qui effectueront les inséminations artificielles. Tout cela ayant un coût énorme pour les couples, il va bien falloir les aider (sous peine de créer une discrimination insupportable entre les duos riches qui pourront s'offrir une PMA ou une GPA selon les cas et les duos pauvres qui, eux, n'en auront pas les moyens). On va donc arriver très vite à une autorisation et même à la légalisation de ces pratiques, assorties d'un remboursement par la sécurité sociale (au motif que, sinon, c'est pas juste), comme c'est déjà le cas pour les couples hommes-femmes stériles, qui peuvent être remboursés de 4 essais de fécondation si je ne me trompe pas.

Mais il y a d'autres intérêts financiers bien plus cachés et qui ne se verront que dans très longtemps, c'est-à-dire au plus tôt quand les enfants nés dans ces "familles" seront grands.
La question du "pourquoi" m'a longtemps posé problème, jusqu'à ce que j'observe les enfants dans les familles recomposées. Pas de bol pour eux, deux des copains de mon second ont vu leurs parents divorcer l'an dernier et j'ai pu suivre par l'intermédiaire de mon fils comment ils vivaient la chose. Alors certes, je ne suis pas dans leurs têtes et ce ne sont que 3 enfants au total (l'un des deux a un petit frère que je connais aussi). Qui plus est, les enfants réagissent tous différemment aux événements de la vie. Ce que j'ai pu observer, c'est que ces enfants avaient tout en double : deux chambres, deux maisons (ça, c'est normal), deux fois plus de jouets que les autres. J'y vois (mais ce n'est sans doute que de la psychologie de comptoir) quelque chose de l'ordre du rattrapage de la part des parents, qui, séparés, se rendent bien compte que la situation fait souffrir leurs enfants. Ils ont alors tendance à accorder plus facilement aux enfants ce qu'ils veulent pour les aider à supporter la situation. Seulement, les enfants ne sont pas dupes : certains sont allés jusqu'à dire aux enfants vivant avec leurs deux parents qu'ils n'avaient pas de bol, parce que c'est plus "cool" d'avoir des parents divorcés : on a tout ce qu'on veut, les parents sont moins regardants en général, on fait ce qu'on veut... bref, à les entendre, c'est la belle vie, celle d'enfants de divorcés.
Mais si c'est la "belle vie", c'est sans doute parce que les parents, eux, ont une vision plus réaliste des choses. Ils savent bien, eux, que c'est un choc pour un enfant de voir ses parents se séparer, même si c'est de plus en plus banal. Donc ils font tout pour arrondir les angles, de manière à ce que l'enfant en souffre moins. En bref, ils banalisent la situation. Et ils la rendent ludique en comblant le vide laissé par l'absent par une prolifération de jouets, jeux vidéos, activités diverses et variées... histoire d'endormir le cerveau de l'enfant et de lui faire oublier la séparation.
Vous voyez où je veux en venir ?
Non ? Toujours pas ?

Imaginez un bataillon d'enfants qui, comme c'est le cas actuellement, grandissent avec un seul de leurs parents (ou les deux, mais séparés), ou encore avec des parents dont l'un au moins des deux ne l'est pas réellement. Ces enfants sont gavés de biens de consommation (jeux, distractions diverses, activités variées, DS, tablettes, ordinateurs, télévision...) et n'ont pas d'autre solution, pour survivre à ça, que de s'adapter. À votre avis, que deviendront-ils plus tard ?

_________
(1) alors même que la fidélité, dans les duos homosexuels, n'est sans doute pas la première des vertus, même si, là encore, de nombreux exemples seront là pour dire combien je suis mauvaise langue et pour justifier le désir d'enfant et donc l'accomplissement de ce désir par la PMA ou la GPA, etc....

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Maintenant, parlons un peu de la réforme de l'éducation. Pas forcément la réforme actuelle, celle qui sera (ou pas) appliquée à partir de la rentrée 2016, mais les multiples réformes que nous subissons depuis des décennies.
En 2006 ou 2007, je ne sais plus exactement, Nicolas Sarkozy, alors Président de la République, a supprimé l'école le samedi matin et créé les Aides Personnalisées, destinées aux enfants en difficulté. Chez nous, cela s'est traduit par une baisse du volume horaire (présence des enfants à l'école) de 3 heures (les trois heures du samedi) hebdomadaires pour les enfants qui n'avaient pas de difficultés et de 1 heure et demie pour les enfants en difficulté. Je m'explique.
Pour les enfants "normaux", ceux qui n'avaient pas besoin de "soutien", le samedi a été purement et simplement supprimé. Trois heures de moins dans l'emploi du temps, non remplacées par autre chose. Donc trois heures nettes de moins d'apprentissages ou de révisions (le samedi matin, notamment en maternelle chez nous, était destiné à consolider les acquis des enfants en reprenant certaines activités qu'ils avaient déjà faites durant la semaine, sans rien apprendre de nouveau pour ne pas pénaliser les enfants qui restaient à la maison pour profiter du week-end avec leurs parents, ce qui ne choquait personne étant donné que l'école n'est obligatoire qu'à partir de 6 ans, donc du CP. En primaire, la situation était différente, mais n'ayant pas d'enfants en primaire au moment de la réforme, je ne sais pas exactement comment tout cela a été géré tant par les familles que par les enseignants).
Pour les enfants en difficulté, et ce dès la maternelle, des heures de soutien étaient proposées comme suit : Aide personnalisée de 16h à 17h le mardi et/ou le jeudi en fonction des besoins de l'enfant et des groupes formés par les enseignants qui avaient la possibilité de ne prendre que certains enfants pendant un certain temps et sur certains sujets seulement, histoire de consolider des acquis trop faibles, soit par discipline, soit par groupe de niveau (ou les deux à la fois). Au final, les enfants étaient en classe de 8h à 11h30 et de 13h30 à 16h puis de 16h à 17h s'ils allaient au soutien. Du coup, comme il y avait aussi la question de la sortie des autres et les questions des parents à 16h, une pause de 15 minutes a été accordée aux enfants avant d'aller au soutien pour qu'ils puissent s'aérer, prendre un petit goûter, courir un peu avant de retourner dans la classe. Tout cela est bien pour l'enfant et tient compte de ses besoins (dur dur d'être assis sur une chaise non stop de 15h à 17h quand on a 6 ans !). Mais au final, l'aide personnalisée, programmée pour 2 heures hebdomadaires, a été réduite à 1h30... sans aucune répercussion sur le salaire des enseignants d'ailleurs, qui ont donc gagné un même salaire pour 1h30 de travail hebdomadaire en moins. Alors je précise tout de suite que je ne suis pas en train de polémiquer sur le mode "les enseignants, c'est tous des planqués..." ou autre. La question n'est pas là. La question, c'est que je me souviens très bien qu'au moment où cette réforme est passée, le ministre de l'éducation de l'époque se trouvait face à une fronde des enseignants qui s'estimaient trop peu payés au regard de leur travail, de leurs missions et de leurs responsabilités. Ce en quoi ils avaient raison ou pas, je n'en sais rien. Mais ce que je constate, c'est qu'ils ont obtenu une augmentation substantielle sous la forme d'une belle réduction de temps de travail (passer de 27 heures de présence hebdomadaire devant les élèves à 25h30 pour le même salaire, c'est plutôt cool, même si la contrepartie c'était, je crois, des réunions pédagogiques le mercredi matin...

Et puis, l'an dernier, il y a eu le retour de la semaine de 4 jours et demi. Ou comment défaire ce qui avait péniblement été mis en place... en moins bien pour en faire quelque chose d'encore moins bien.
Chez nous, cette réforme a donc vu l'apparition du mercredi matin (surtout, ne pas retourner au samedi, on aurait trop l'impression de revenir en arrière et, surtout, ce serait un mauvais signe envoyé tant aux familles recomposées qu'il faut choyer (voir plus haut) qu'aux lobbys touristiques qui ont gagné quelques clients sur les week-ends...), mais seulement pour deux heures. Ces deux heures, il a bien sûr été hors de question de les ajouter à l'emploi du temps des enfants. Il a fallu les prendre ailleurs pour ne pas alourdir les choses. Donc on a supprimé trente minutes par jour (les enfants finissent donc à 15h30 au lieu de 16h), quatre jours par semaine, pour les mettre le mercredi matin, de 8h à 10h. Oui, vous avez bien lu. De 8h à 10h. Je rappelle à toutes fins utiles, que cette réforme est dite celle des "rythmes scolaires" et est basée au départ sur les observations de chronobiologistes qui ont déclaré que les enfants apprenaient mieux le matin et qu'il fallait donc revoir l'organisation du temps scolaire pour lutter contre l'échec des enfants à l'école. Soit. L'intention est certes louable, mais ce que j'ai observé, pour ma part, c'est que le mercredi, les enfants dormaient, avant la réforme, parce qu'ils étaient fatigués par deux jours entiers d'apprentissages. Ils profitaient donc du mercredi pour se reposer, faire autre chose, jouer, faire diverses activités (sportives, musicales...) ou ne faisaient rien d'ailleurs, avant de retourner en classe le jeudi et le vendredi. En fait, quand ils ont annoncé cette réforme, j'étais plutôt contente au départ, parce que le samedi matin, je trouvais ça sympa pour les enfants. Une matinée, courte (trois heures au lieu de trois heures et demie), consacrée à des révisions la plupart du temps, et, surtout, trois heures de plus dans la semaine pour apprendre... Las, cette matinée supplémentaire a été imposée le mercredi. Uniquement le mercredi (je ne suis pas loin de penser que c'est toujours en rapport avec les lobbys touristiques et les familles recomposées...). Et seulement deux heures, pas en plus, mais autrement réparties dans la semaine, donc. Alors on aurait pu penser que quitte à faire venir les enfants deux heures le mercredi matin, on aurait pu les laisser dormir un peu plus longtemps que les autres jours et les faire venir à 9h... mais non. Ne me demandez pas pourquoi. Peut-être pour pouvoir "caser" des réunions pédagogiques le mercredi matin, de 10h à 12h ? Ou pour "caser" les APC (Activités Pédagogiques Complémentaires qui ont remplacé les heures de soutien de la réforme de 2006-2007) ? Je ne sais pas. Ce que je sais, en revanche, c'est que le bénéfice pour les enfants est nul ou presque... En revanche, il est clair qu'il a renforcé les difficultés des élèves. Moins de temps pour approfondir, moins de temps pour apprendre... au final, la seule solution pour éviter le pétage de plomb des enseignants face aux programmes scolaires trop lourds au regard du nombre d'heures disponibles consiste à... alléger les programmes scolaires.
Quand je me remémore ce que je savais à la fin du primaire, j'avoue avoir le vertige. Rien qu'en Français, en CM2, je savais toute la grammaire sur le bout des doigts, je connaissais les conjugaisons des tous les verbes (des trois groupes) à tous les temps et à tous les modes. Nous avions une dictée par jour et les difficultés qu'avaient les enfants en orthographe étaient sans commune mesure avec celles des enfants d'aujourd'hui. À titre d'exemple, ma fille, en CE1, n'arrivait même pas à écrire phonétiquement... Quant aux grands, ils apprennent, en 6e seulement, les temps composés... de l'indicatif (sauf le passé composé, qu'ils ont appris en CE2 si mes souvenirs sont bons). Quant au subjonctif et au conditionnel, ils leur sont... inconnus...
Pour les mathématiques, c'est à peu près la même chose : je me souviens de peu de choses du programme de primaire, si ce n'est que c'est en CM2 que j'ai appris la règle de trois. Je crois bien que ma fille ne l'a apprise qu'en 6e. Donc, rien que sur ces deux exemples, il est clair que les enfants savent moins de choses que nous (qui en savions également bien moins que nos parents et nos grands-parents : j'aurais, je pense, été quelque peu en difficulté si j'avais dû passer le certificat d'études primaires comme l'ont fait mes grands-parents !) au même âge. Alors certes, ils savent des choses dans des domaines plus étendus que nous : ils utilisent l'ordinateur et doivent apprendre à le maîtriser dès le CE1, ils apprennent davantage de choses dans les domaines des sciences. Seulement, à diversifier trop tôt les matières, on en finit par négliger les bases, à savoir lire, écrire, compter. Simplement. D'autant plus que ces apprentissages "secondaires" ont besoin des bases pour se faire. Ce qui n'est possible que si on sait correctement lire, écrire et compter...

Alors avec cette nouvelle réforme qui s'annonce, je ne peux m'empêcher de me poser exactement la même question que celle du mariage : Pourquoi ?
Pourquoi, alors qu'on voit bien où se situe le problème (l'apprentissage des bases), pourquoi s'acharner à baisser le nombre d'heures de classe, à diminuer le temps d'enseignement du français et des mathématiques, pourquoi diversifier encore les apprentissages secondaires au détriment des fondamentaux, pourquoi s'occuper d'éducation sexuelle ou morale, pourquoi imposer une charte de la laïcité (signée obligatoirement par les parents, c'est la nouveauté applicable directement cette année), alors même que le remède semble simple à trouver : revenir aux bases, aux bases, aux bases ?
Pourquoi, mais pourquoi, s'acharner à demander encore moins aux enfants qui en savent déjà si peu ? Pourquoi crier au loup quand on voit le naufrage de l'éducation, quand on voit le niveau désastreux de nos enfants en matière scolaire (niveau que l'on peut comparer périodiquement au niveau mondial grâce à l'enquête PISA, dans laquelle la France ne cesse de régresser) et identifier les problèmes en leur donnant des solutions qui vont à l'inverse de l'effet recherché ? Qu'est-ce qui ne va pas chez ceux qui pondent les programmes scolaires pour qu'ils ne comprennent pas que moins on apprend aux enfants, et moins ils apprennent ? Que plus on baisse le niveau d'exigence et plus ils sont nuls ?
N'y a-t-il pas une once de bon sens chez ceux qui décident de l'avenir intellectuel de nos enfants ?

À force de tourner la question dans ma tête, j'ai fini par comprendre quelque chose : tout cela n'est pas fortuit. Rien de tout cela n'est dû au hasard ou à l'incompétence des personnes chargées de créer et de réformer les programmes scolaires. Parce que cela voudrait dire qu'ils ont mis des gens incompétents aux postes clés de l'avenir de notre pays. Et je ne pense pas que nos chefs d'état successifs soient des imbéciles. Ils roulent pour eux, certes, mais pour arriver là où ils sont arrivés, ils sont loin d'être des imbéciles, au contraire. Je pense qu'ils sont particulièrement intelligents, redoutables, même, et qu'ils sont prêts à sacrifier l'avenir du pays (la formation intellectuelle de nos enfants) à leurs ambitions personnelles. J'aimerais avoir tort. J'aimerais pouvoir me dire que nos élites sont là pour le bien de notre pays, pour le bien de nos enfants, pour notre avenir. Mais il y a une chose (et j'en parlerai dans un autre billet, sinon celui-ci sera beaucoup trop long) qui me fait dire que ce n'est pas le cas et que nos élites, au lieu de voir à long terme l'avenir de notre pays regardent le très court terme, leur avenir électoral immédiat, à savoir s'ils seront encore président de la République ou ministre d'Etat dans un peu moins de deux ans maintenant (tout comme les autres ont pu le faire avant eux...).
Finalement, et c'est là que l'on rejoint mon premier questionnement autour du mariage, je me dis que la raison majeure, l'intérêt premier de nos dirigeants à faire ce qui semble aller à l'encontre du bon sens sur des sujets aussi fondamentaux que la famille ou l'éducation, c'est d'assurer leur pérennité à eux. Leurs intérêts personnels. Il n'y a pas de complot, rien d'ésotérique ou de mondial là-dedans (encore que...), juste une question de pouvoir et d'argent.
Seulement toute cette question de pouvoir et d'argent (en fait, c'est un peu redondant, pouvoir et argent, quand on y regarde de plus près), c'est la question de l'opinion, de la masse, des consommateurs de base, c'est-à-dire de ceux qui, par leurs achats, leurs centres d'intérêts, font tourner l'économie et "engraissent" ceux qui en sont les magnats.

Je sais, c'est répugnant. C'est incroyable et répugnant. Mais logique.
Si vous faites en sorte que les enfants dont vous avez la charge ne soient plus capables de bien lire et donc de bien comprendre le monde dans lequel ils vivent, alors vous avez en face de vous des bataillons de futurs consommateurs prêts à acheter n'importe quoi, pour peu que vous leur vantiez les bienfaits de ce n'importe quoi et que vous leur démontriez par a+b que ce que vous leur dites est vrai. Or il y a un moyen très simple de faire avaler ce n'importe quoi à n'importe qui : il suffit de l'empêcher de penser et de développer son esprit critique.

Je me suis posé la question de savoir où se développait l'esprit critique. Est-ce que c'est à l'école ? Je ne le pense pas. À l'école, on y est, normalement, pour apprendre. C'est-à-dire que le discours est descendant du haut (le professeur) vers le bas (l'élève). Et c'est la meilleure façon de le faire, parce que le professeur sait ce que l'élève ne sait pas et qu'il doit apprendre. Toutes ces histoires de l'enfant qui doit construire son savoir par l'expérience ne sont que perte de temps et fadaises. Pourquoi demander à un enfant de réinventer la roue alors qu'il suffit de lui expliquer comment elle est et pourquoi il est important qu'elle soit ronde et non pas carrée ? Pourquoi vouloir à tout prix que l'enfant soit à l'origine de la construction de son savoir ? Pourquoi, sinon pour l'enfermer dans des savoirs primaires qui l'empêcheront après, faute de temps, d'aller plus loin ? Pourquoi, sinon pour le maintenir sous la dépendance de ceux qui savent et qui se gardent bien de partager ce qu'ils savent ?

Donc, l'esprit critique, ce n'est pas à l'école qu'il se développe. Entre pairs, alors ? Entre enfants ? Mais les enfants sont grandement influençables. Ils apprennent, spontanément, en faisant comme l'adulte. En copiant. Donc, quand les enfants discutent entre eux à l'école, dans la cour pendant la récréation, (s'ils discutent ?), c'est sûrement en adoptant le point de vue qu'ils entendent le plus, à savoir celui de leurs parents.
L'esprit critique, les opinions diverses que l'on rencontre dans notre société se forgent donc en famille. Si l'on détruit la famille, on empêche cette transmission de l'opinion, on empêche la formation de l'esprit critique des enfants et on en fait... des moutons bien dociles prêts à avaler n'importe quelle bêtise pondue par la télévision, que ce soit la dernière publicité vantant la meilleure soupe en sachet ou le téléphone tactile dernier cri qui vient de sortir... ou ce que l'on doit penser face à un catholique, un homosexuel, un immigrant de Syrie ou d'Irak ou encore ce qu'il convient de faire quand on se retrouve dans un isoloir pour élire un maire, un député ou... un président de la République.

En détruisant la famille, on détruit la cohésion entre personnes, on détruit aussi la transmission entre les générations. On détruit également la capacité à vivre ensemble, à se confronter à l'autre que l'on n'a pas choisi mais avec qui on est obligé de vivre. On détruit la capacité à aimer gratuitement.
Or on a tous soif d'aimer et d'être aimé. C'est même le principal moteur dans la vie. Aimer, être aimé, faire quelque chose pour celui ou celle qu'on aime.
Que se passera-t-il pour ces enfants privés de leurs parents "naturels" et conçus artificiellement à l'aide d'une PMA ou d'une GPA ? Que se passera-t-il quand les "parents" de ces enfants se rendront compte que l'enfant rêvé ne correspond pas à celui qu'ils ont si chèrement payé, même si c'est avec l'aide de la sécurité sociale ? Que se passera-t-il quand ces enfants, coupés de leur famille, devenus adultes, se retrouveront seuls simplement parce qu'ils n'auront pas connaissance de ceux qui les auront conçus ou, pire, parce qu'ils auront été conçus par intérêt financier ?
Il y a fort à parier que cette boule dans le ventre que l'on ressent quand on est seul, quand on vient de rompre avec son petit ami ou sa petite amie, quand on vient de voir une amitié de longue date voler en éclats, les accompagnera au quotidien et qu'elle ne trouvera aucun soulagement. Que ce vide affectif ne pourra pas être comblé parce que, simplement, ces enfants auront grandi dans un monde où ils ne sont que des objets de désir et non pas des personnes.
Privé de cet amour inconditionnel, est-il possible d'être heureux ?

J'en arrive à me dire que ce qui peut combler, bien imparfaitement, certes, un enfant lors du divorce de ses parents pourrait devenir le moyen de combler aussi ce manque affectif primordial. Au point, peut-être, de voir ces enfants qui n'en seront plus se perdre dans la course à la consommation, dans la recherche éperdue du produit dernier cri qui leur donnera l'illusion d'exister pleinement...

Ce que sont en train de créer nos gouvernements successifs, c'est très simple : des enfants sans familles, avec des liens affectifs très pauvres, sans éducation ou presque et en tout cas sans possibilité de penser par eux-mêmes, sans esprit critique, qui deviendront des adultes sans repères, sans opinion personnelle autre que le prêt-à-penser délivré par les médias officiels qui n'auront d'autre but dans la vie que de s'offrir le dernier gadget inutile dont on leur aura vanté les mérites...

Vous croyez que je déraille ? J'aimerais bien... Seulement, je vois fleurir sur Facebook des "statuts" à pleurer... Je vois de jeunes adultes de 15 ou 20 ans de moins que moi considérer les biens matériels comme bien plus essentiels à leur vie que l'amour de leur conjoint ou de leurs enfants (quand ils en ont... mais pourquoi continuer à en avoir quand on prend conscience qu'avoir des enfants, c'est renoncer à sa sacro-sainte liberté de sortir, de faire la fête, de partir en vacances où on veut quand on veut... ?)
Je ne suis pas pessimiste. Parce qu'il y a quelque chose qui me permet de garder l'Espérance. je vous en parlerai un peu plus tard, parce que j'ai déjà suffisamment abusé de votre patience. Et puis, j'ai aussi pitié de votre vue ! La suite, donc, au prochain épisode...

mercredi 30 septembre 2015

Maternité et vocation ou vocation à la maternité

Cela fait longtemps que je n'avais pas écrit ici. Pas le temps, pas envie, impression de n'avoir rien de neuf à dire… Sans doute un peu tout cela à la fois. Mais à midi, en terminant la lecture de ce petit livre, j'ai eu envie de m'y remettre, parce que ce livre-témoignage a eu un profond écho en moi.
En particulier deux aspects que l'auteur évoque :
« Mère et consacrée » et « Les dons de la grâce donnés par Dieu », en particulier les « moyens nécessaires ».

La maternité est une vocation. Tout comme la prêtrise, le mariage ou la vie religieuse. Pendant longtemps, je me suis dit que la plus haute vocation, pour une femme, c'était d'être religieuse, entièrement donnée à Dieu, avec tout le temps disponible pour être « branchée » en direct sur Lui par la prière. J'y voyais une opposition avec la vie d'épouse et de mère, comme si cette vie maritale était un pis-aller pour celles qui ne pouvaient supporter de vivre seules, sans homme, et ne pouvaient renoncer aux « plaisirs de la chair », comme on dit souvent.
C'est ma rencontre avec une amie très croyante, quelques jours après « la » rencontre avec celui qui allait devenir mon mari, qui a tout changé en moi. Je l'ai déjà dit dans un autre billet, mais cette phrase (« Le mariage est aussi une vocation ») a balayé tous mes doutes en un quart de seconde, alors même que ces mots, en eux-mêmes, ne réglaient en rien ma question à ce moment-là. En effet, la question, c'était « À quoi Dieu m'appelle-t-il ? Au mariage ou à la vie religieuse ? » Mais il faut croire que le seul frein que j'avais par rapport au mariage, c'était que je le voyais comme une solution de secours pour ceux et celles qui n'étaient pas assez forts spirituellement pour embrasser la vie consacrée.
Des années après, en fait en juillet 2014, lors d'une formation à la théologie du corps de Jean-Paul II, j'ai commencé à percevoir en quoi le mariage est une vocation et, surtout, sa beauté.

Pour en revenir à ce livre d'Isabelle Laurent, elle y parle de la rencontre avec Christian, son mari, et de l'évidente évidence qui s'est emparée d'elle à ce moment-là. J'ai eu l'impression, en lisant ces lignes, de lire une version alternative de ma propre histoire, parce que j'ai, moi aussi, senti qu'il n'y avait rien d'autre à faire que de dire « oui ». Que c'était Jean-Luc et personne d'autre et que le Seigneur me confiait à lui, tout en me le confiant à moi, pour notre bonheur à tous les deux. D'où, d'ailleurs, mon désarroi quelques jours plus tard quand tous ces signes contradictoires sont venus perturber ma logique et mes certitudes...

Alors après, nous avons obéi à ce qui nous était demandé et avons entamé la préparation au mariage proposée par notre paroisse. Et c'est là que j'ai compris le décalage. Au CPM (Centre de Préparation au Mariage) et dans toutes les autres préparations au mariage, on insiste sur le dialogue, l'apprentissage de la connaissance de l'autre, le discernement, le temps à s'accorder et à accorder au couple pour pouvoir dire « oui », « librement et sans contraintes » le jour « J ». Pour ma part, c'était tellement évident que c'était lui que je ne voyais même pas l'intérêt de me poser la question. Par ailleurs, le décalage était aussi flagrant avec les autres couples de fiancés qui se posaient des tas de questions, avaient besoin de s'éprouver et d'éprouver leur amour par la vie commune avant le mariage… À un moment, j'ai pensé que nous étions fous. Fous parce que ça allait très vite (un mois entre le jour de la rencontre et le jour où nous avons fixé la date du mariage, oui, c'est possible : nous l'avons fait !), fous aussi parce que nous étions, nous nous sentions différents. Chaque histoire, chaque couple est unique et beau dans son unicité. Pour nous, c'était un savant mélange de saut sans filet, d'inconscience totale de ce qui nous attendait et de confiance absolue en l'autre et en l'Autre.

Parce qu'il était très clair dès le départ que notre couple ne se serait jamais construit par notre seule volonté, il était évident pour Jean-Luc comme pour moi que notre couple était voulu par Dieu, qu'Il avait un plan pour chacun d'entre nous, mais aussi pour nous deux en tant que couple.
C'est pour cette raison que je pense qu'il est fondamental d'être « branché » sur Dieu. Parce que Dieu nous aime et nous veut heureux. De cela, je suis absolument certaine. Et en plus, Dieu connaît intimement chacun d'entre nous. Il sait donc exactement ce dont j'ai besoin et qui, sur cette terre, est susceptible de m'aimer assez pour faire le pari complètement délirant de passer avec moi le reste de sa vie, « pour le meilleur et pour le pire ». Très honnêtement, plus de 14 ans après, je m'émerveille encore du « Oui » de Jean-Luc…
Donc, il y a une chose très simple à faire pour être heureux : s'en remettre à Dieu. S'abandonner à Sa volonté, Lui laisser les rênes. Cela suppose de mettre son ego, son orgueil et sa propre volonté directement aux oubliettes. Parce que si je laisse Dieu prendre les rênes, alors je dois Lui faire confiance et Le laisser me guider toute ma vie, y compris sans rien comprendre et là où ma propre volonté humaine ne voudrait pas que j'aille. Et, finalement, c'est sans doute cela qui est le plus difficile : Lui faire une confiance absolue et se laisser conduire. C'est l'une des choses les plus difficiles parce qu'il est parfaitement humain de vouloir choisir dans sa vie, de vouloir conduire sa propre destinée. C'est d'ailleurs dans tous les magazines : comment être acteur de sa propre vie ? M'accomplir en tant qu'adulte ? Etc. Cela me fait beaucoup penser aux discours des psys de comptoir : il faut prendre son destin en main, ne pas laisser les événements décider à notre place, j'en passe et des meilleures. Ce que j'ai expérimenté, pour ma part, c'est tout le contraire : les meilleurs choix que j'ai fait, ce sont ceux où je me suis abandonnée à la volonté de Dieu… Ce sont les choix qui ont été les plus difficiles à faire, mais aussi ceux qui me rendent heureuse le plus durablement, parce qu'ils sont fondés sur le roc : Dieu lui-même. Dieu ne peut pas se tromper. Donc si je le laisse faire, il n'y a aucune raison qu'Il m'envoie dans le mur… et pourtant, ma propre volonté résiste si souvent !

L'autre aspect de ce livre qui m'a touchée, parce qu'il me conforte dans mes choix, ce sont ces quelques pages sur les moyens nécessaires. Là, l'auteur parle clairement des moyens matériels. Élever neuf enfants, ce n'est possible que si l'un des deux seulement travaille et qu'il a un revenu suffisant pour assurer la subsistance de onze personnes.
Mais ce qui m'a frappée, c'est que là où le monde dit : « Ils peuvent avoir des enfants, ils ont les moyens de les nourrir. », l'auteur dit : « Je suis persuadée que c'est parce que nous avons des enfants, que nous avons les moyens de les nourrir. Nous ne gagnerions pas autant avec moins d'enfants. Le Seigneur nous connaît, il savait dès le départ que nous dirions « oui » à la vie. Il nous a donc aidés à trouver l'endroit pour nous installer avec les personnes adéquates avec qui nous associer » (p. 124).
Cette manière de voir les choses me conforte dans les choix que nous avons faits. Lorsque j'ai réfléchi avec Jean-Luc au retrait du stérilet que je portais, la première question qui se posait pour nous était de savoir ce que nous ferions dans l'hypothèse d'une nouvelle grossesse. Pour les trois aînés, il me paraissait impossible d'arrêter de travailler. Bizarrement, en 2011-2012, alors que, professionnellement, les choses devenaient plus intéressantes pour moi, l'hypothèse d'une nouvelle grossesse s'est immédiatement accompagnée de la nécessité d'arrêter de travailler. En effet, la situation professionnelle de Jean-Luc avait beaucoup évolué depuis les naissances de nos trois premiers enfants. De salarié à mi-temps, il était devenu chef d'entreprise avec de nombreux déplacements qui l'empêcheraient à l'avenir de faire avec un nouvel enfant ce qu'il avait pu faire avec nos trois aînés : s'occuper de lui à mi-temps. Mais bizarrement, quand il m'a demandé « Qu'est-ce que tu feras si tu es à nouveau enceinte ? » j'ai immédiatement répondu « je vais le garder, bien sûr ! », tout en étant très étonnée qu'il pose la question, sachant que l'avortement, pour lui comme pour moi, n'était pas et n'avait jamais été une option. Il a donc du préciser sa question : « Mais après la naissance ? Parce que moi, je ne pourrai pas m'en occuper ! » Et j'ai été à la fois rassurée parce que la réponse était évidente et simple pour moi (« Ben j'arrête de travailler, bien sûr ! ») et confondue par ma propre bêtise d'avoir pu imaginer que mon mari avait pu ne serait-ce que penser une seconde à l'avortement…

Bref. Louise-Marie est arrivée et je suis en congé parental, jusqu'au 4 juin 2016. Mais il est évident pour moi que ce « congé » va être prolongé. Maintenant, avec le recul de deux ans, je sais qu'il ne serait pas raisonnable pour notre famille que je reprenne le travail. Je sais que ça peut paraître paradoxal parce que nous n'aurons donc plus qu'un salaire alors que nous avons souvent du mal à joindre les deux bouts… Mais ma présence à la maison fait du bien aux enfants parce que c'est là qu'est ma place, tout simplement. J'ai beaucoup aimé travailler. Je n'ai que très peu de mauvais souvenirs de ces quinze années. Mais il font partie du passé, un passé désormais révolu parce que ma place, aujourd'hui et pour les prochaines années, est auprès des enfants que le Seigneur nous a confiés.
En fait, Dieu nous les a confiés à nous, Amélie et Jean-Luc, parce que c'est nous qui sommes seuls capables, avec son aide, de les comprendre et de les guider vers Lui pour qu'ils ne se perdent pas sur les chemins du monde. Déléguer leur éducation, les soins à leur apporter, fût-ce à des personnes qualifiées et rémunérées pour cela n'est plus une option acceptable pour moi. Le principal, maintenant, le plus important pour nous, c'est de les élever dans l'amour et la connaissance de Dieu. Donc dans l'amour de leurs frères, les autres êtres humains, puisque le Christ a énoncé ce commandement comme étant semblable au premier des Dix Commandements de la Loi de Moïse :
« Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».
Rien n'est donc plus important que d'élever les enfants dans l'amour de Dieu et du prochain. À cette mission primordiale s'ajoute celle qui en découle directement : aider nos enfants à devenir des adultes debout, heureux et responsables, peu importe le chemin que nous avons rêvé pour eux. Leur chemin sera sûrement différent de celui que nous avons balisé. Mais s'ils gardent l'essentiel, à savoir l'amour de Dieu et du prochain, alors le Père les rejoindra sur ce qui sera leur propre chemin et alors ils seront heureux et sauvés.
Alors, bien sûr, il y a la question financière. Étrangement, ce « problème » me pose moins de soucis que de savoir si rester à long terme à la maison m'ira et me satisfera. Parce que nous avons expérimenté, Jean-Luc et moi, la sollicitude du Seigneur pour nous. Malgré les ennuis financiers, les baisses de revenus liées au temps partiel ou à l'arrêt du travail, nous avons toujours eu largement de quoi nourrir nos enfants, de quoi les vêtir, les loger… Dieu s'occupe de nous dans les moindres détails, pour peu, une fois de plus, qu'on Lui laisse le champ libre et qu'on lui permette, finalement, de s'occuper de nous, justement. Étrange liberté...


La maternité est une vocation. Ce n'est pas un métier. D'ailleurs, ce n'est pas payé et c'est très peu reconnu. À l'heure de la contraception et de l'avortement pour toutes, c'est même assez mal compris d'être mère de plus de trois enfants. Dans notre entourage, heureusement, beaucoup de personnes ayant la foi nous comprennent et vivent aussi les joies des grandes familles. Malgré tout, la maternité est, tout comme la vocation religieuse ou la prêtrise, une vocation indispensable à notre monde. Petit à petit, je m'approche du Sens de ce terme qu'employait le Saint Pape Jean-Paul II à propos des femmes qu'il appelait les « Sentinelles de l'Invisible ». Et j'aime bien cette idée de veiller, dans l'ombre, à l'éclosion de nouvelles vies et d'aider Dieu à leur épanouissement et à leur bonheur en Lui. C'est ça, finalement, la maternité. Avec le secours de la grâce de Dieu et l'exemple de Marie, LA mère par excellence. Mettre au monde des enfants et les entourer d'amour, de cet amour imparfait à la manière humaine mais qui est sans doute ce qu'il y a de plus proche de l'amour du Père pour chacun de ses enfants. On pourrait d'ailleurs en dire autant de la paternité. Un jour, il faudra quand même que j'en parle ici !

vendredi 15 mai 2015

Tu ne tricheras pas


Ce matin, j'ai été réveillée par les informations à la radio. Normal, il fallait bien que je me lève pour aider les enfants à se préparer à aller à l'école. Mais je ne me suis pas levée tout de suite, parce que l'information que je venais d'entendre était sidérante, proprement hallucinante. Non pas que je ne la connaissais pas, mais le compte-rendu rapide du journaliste de la radio (vous savez, celui qui a 3 minutes chrono pour donner l'essentiel de l'actualité en France et dans le monde, à 7h du matin ?) a bien donné toute l'aberration du monde dans lequel nous vivons désormais. Parce que oui, c'est aberrant. Et sidérant tout simplement.

Il s'agit, bien sûr, de cette "régularisation" de trois enfants nés par GPA, pour lesquels le Tribunal de Grande Instance de Nantes a considéré qu'il allait de leur intérêt que leur état civil soit bien retranscrit, à savoir qu'ils sont tous les trois nés de deux pères...
L'information, je l'avais eue hier soir, rapidement, en lisant les dépêches. Mais ce que j'ai entendu ce matin, c'est tout simplement que le TGI de Nantes aurait considéré qu'il était dans l'intérêt des trois enfants que l'on triche avec leur filiation ! Rien que ça !

Franchement, j'ai failli m'étrangler quand j'ai entendu ça. Est-ce la manière dont le journaliste a repris l'information quand il a écrit son papier ou bien est-ce réellement ce que le TGI a fait valoir ? Dans un cas, on peut parler, sans doute, d'abus de langage. Mais si c'est bien ce que le TGI de Nantes a voulu faire savoir dans son arrêt, alors notre société a un gros, un très très gros problème...

Parce que ce que j'ai appris dans l'article en lien plus haut, c'est que le TGI s'est simplement appuyé sur les décisions de la CEDH de l'an dernier, pour lesquelles la France n'avait pas fait appel et qui, maintenant, s'appliquent donc en France (la preuve).
Peu importe, finalement, à qui revient la faute. Ce que je vois, c'est que le TGI a considéré qu'il était dans l'intérêt des enfants qu'on leur mente sur leurs origines, qu'on leur dise, par la force de la parole de la justice, qu'ils sont les enfants de deux hommes. Qu'on triche avec leurs origines.

Je suis triste pour mon pays. Parce que nous avons perdu ces fameuses "valeurs" qui faisaient sa grandeur. Au nom des "valeurs" humanistes ou venant de je ne sais où, on en arrive à mentir sciemment à des enfants en leur faisant croire que c'est mieux pour eux. Or tout le monde sait, au fond de lui-même, qu'il vaut mieux pour un enfant qu'il ait un père et une mère, même si les aléas de la vie font que ce père et cette mère peuvent s'être séparés ou que l'un d'eux peut avoir disparu. Non, là, on dit en quelque sorte à l'enfant que c'est "bien" de mentir et de tricher. On en vient donc à nier les fondements mêmes de notre société, de notre "vivre ensemble" (terme très à la mode en ce moment). Comment, plus tard, les parents pourront-ils dire aux enfants qu'ils ne doivent pas tricher à l'école ou mentir quand ils veulent obtenir quelque chose ? Comment les adultes peuvent-ils être crédibles dans leur tâche éducative si les fondements de leur parentalité sont elles-mêmes les fruits de la triche et du mensonge ?
Notre monde va droit vers sa fin. Je ne sais pas ce qui va le remplacer... et je crois que je n'ai pas vraiment envie de le savoir. 
Je crois que je vais prendre la prochaine navette en partance vers Mars ou Jupiter, tiens... Reste plus qu'à trouver le financement. Et si je me mettais à jouer au loto ?! :)

samedi 9 mai 2015

Toute la vie...



Il y a quelques semaines, il y a eu une polémique autour de la dernière chanson signée Jean-Jacques Goldman pour les Enfoirés, intitulée "Toute la vie". La teneur de la polémique elle-même, je ne m'en souviens plus vraiment, mais cette histoire m'a incitée à me demander ce que disait exactement cette chanson. Et de réfléchir un peu dessus. D'autant que certains événements nous touchant directement m'y obligent plus ou moins...

Les paroles sont plutôt négatives dans l'ensemble. En gros, les Enfoirés (les adultes, à droite dans la vidéo), répondent aux adolescents qui se trouvent en face et qui les accusent d'avoir en quelque sorte bien profité durant leur vie et de leur laisser un monde pourri dans lequel il n'y a que chômage, pollution, violence et sida.
Les adultes répondent que ce qu'ils ont, ils se sont battus pour l'avoir, mais que leur chance, c'est qu'ils sont jeunes et qu'ils ont toute la vie devant eux pour bâtir leur avenir.
Et puis, il y a cette petite "pique" de la part des adultes envers les jeunes : 
"À vous de jouer, mais faudrait vous bouger"

Et c'est là que je "tique" un peu (sur beaucoup d'autres choses aussi (je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'il y a dans cette vidéo, mais certains points soulevés sont intéressants), mais c'est cette seule phrase qui est entrée en résonance avec ce que nous avons vécu et que nous vivons toujours depuis quelques mois maintenant (déjà en germe depuis quelques années, mais particulièrement frappant depuis environ un an ou deux).

Mon mari est viticulteur et, depuis maintenant au moins six ou sept ans, il emploie un apprenti qu'il forme à son métier, un travail où on est dehors, au grand air, mais qui peut être physiquement difficile à certains moments (comme quand il faut tailler les vignes, arracher le bois mort pour permettre aux nouvelles branches de pousser, ou encore lier les jeunes pousses pour leur donner l'arcure adéquate ou retirer les rejets au pied des plants pour éviter qu'ils n'étouffent... sans parler des vendanges). Un métier physique, en contact avec la nature, dans lequel certains peuvent s'épanouir... à condition de "se bouger" un peu quand même et de ne pas rechigner à la tâche.

Or, qu'est-ce qu'il se passe depuis un peu plus d'un an ? Les jeunes qui défilent (parce que c'est vraiment ça à certains moments) ne "tiennent" pas longtemps. Mon mari les fait venir, sur leur demande, pour des essais d'une semaine, histoire de savoir si c'est vraiment dans ce métier qu'ils veulent faire leur apprentissage.
Les deux derniers n'ont pas tenu deux jours. Véridique.
Alors oui, c'est un travail difficile et exigeant, on est dehors par tous les temps ou presque (faut pas pousser non plus, ce n'est pas le bagne et quand il pleut trop, on ne peut rien faire dehors alors c'est plutôt sympa d'être dans la cave pour étiqueter les bouteilles ou les mettre en cartons, par exemple, et physiquement, c'est nettement moins dur !). Mais ce qui est en cause, ce n'est pas vraiment la dureté du métier. Sur une journée et demie, c'est un peu difficile à apprécier... Non, ce qui est en cause, c'est quand même la mentalité de ces jeunes. Le dernier a commencé la journée et, à peine arrivé dans la parcelle, a demandé à mon mari s'il savait si "chauffeur de bus, c'est pas moins dur, comme métier, et mieux payé"...
Avec un niveau pareil, on n'est pas rendus, comme disent les petites vieilles en Bretagne...

Alors de qui on parle ? On ne parle pas des jeunes hyper-diplômés qui enchaînent les stages sous-payés (quand ils le sont) et décrochent leur premier CDD à plus de 28 ans. On ne parle pas non plus de ceux qui ont de telles difficultés à l'école qu'une autre orientation que le lycée est impérative et qui, eux, vont trouver sur leur route des institutions susceptibles de les accompagner dans la construction de leur parcours professionnel, quand c'est possible.
On ne parle pas plus de jeunes qui cherchent un travail activement, essuient des refus plus ou moins élégants et remettent le pied à l'étrier tout en faisant des petits boulots en soirée et le week-end parce qu'il faut bien manger.
Non, on parle ici de jeunes qui, à 24 ans, n'ont toujours aucune formation, mais, plus grave, n'ont même aucune idée de ce qu'ils vont bien pouvoir faire de leur vie. L'avant-dernier candidat n'est même pas venu, pour tout dire, parce qu'il a eu un problème de voiture et que sa semaine découverte devait avoir lieu pendant les vacances scolaires, durant lesquelles il voulait passer du temps avec sa fille de deux ou trois ans !
Entendons-nous bien : je considère comme parfaitement louable et même souhaitable qu'un père passe du temps avec sa fille et mette les priorités sur sa famille. Mais justement, la priorité, pour un père qui se respecte, n'est-ce pas de pouvoir nourrir sa famille ? Il semble que cela fait partie de son devoir d'état. Et, pour ce faire, trouver du travail ou se former pour en trouver un plus tard me semble être une priorité. Il ne s'agit pas du tout d'un discours sexiste de ma part (sur le mode "Les hommes au boulot, les femmes à la maison pour s'occuper des gamins") mais bien d'une réalité qui rejoint chacun : quand on a pris la responsabilité d'avoir les enfants, le minimum, c'est de prendre aussi les moyens pour subvenir à leurs besoins (ça tombe tellement sous le sens que je me demande encore comment je peux en arriver à écrire, ici, sur ce blog, de telles banalités. Mais il semblerait que depuis quelques temps, l'enfonçage de portes ouvertes soit devenu une nécessité, tant les évidences semblent ne plus en être... vous m'excuserez donc ces lignes parfaitement inutiles pour toute personne non polluée par le discours politiquement correct et bien-pensant ambiant).

Donc, même si je trouve normal qu'un père prenne du temps avec ses enfants, je trouve quand même regrettable qu'il ne mette pas la priorité sur la recherche d'un moyen de subvenir à leurs besoins. Or l'exemple de ce jeune homme, jeune père de famille, me donne à réfléchir quelque peu sur certains jeunes que mon mari est amené à côtoyer et à former, s'ils tiennent jusque-là. Entre le dernier cité et celui qui hésitait entre viticulteur et chauffeur (avec une nette préférence apparemment pour le métier de chauffeur de bus, jugé plus "cool" et moins fatigant que le métier de viticulteur), il y a une question qui se pose : que recherchent désormais une partie des jeunes gens ?
Est-ce qu'ils recherchent un travail ? Une formation ?
Est-ce qu'ils recherchent un moyen de gagner bien et rapidement de l'argent ?
Dans le premier cas, pour ceux qui n'auront pas pu suivre une scolarité classique (type collège-lycée et études supérieures plus ou moins longues), l'apprentissage est une voie intéressante pour se former à un métier auprès d'un professionnel qualifié et, en général, qui aime son métier et le fait bien. Il ne faut pas oublier que l'apprentissage est assez compliqué pour le patron qui, s'il a, il est vrai, quelques aides financières (réduites à la portion congrue ces derniers temps), doit aussi faire face à la responsabilité de la sécurité de son apprenti et à son incompétence (incompétence 100% normale, puisque le jeune est en formation). De la part de l'apprenti, on peut au moins espérer qu'il se conforme aux règles de sécurité, qu'il arrive à l'heure au travail (l'apprenti n'est plus dans un cadre scolaire mais dans un cadre professionnel et dépend du droit du travail, même si une convention a été passée entre l'école où il est inscrit pour faire sa formation théorique et l'employeur qui a accepté de le former concrètement). et qu'il fasse ce que lui demande son patron.
Dans le second cas, si l'objectif est de gagner rapidement de l'argent (et de préférence beaucoup), il vaut mieux soit être nanti, soit gagner au loto ou, dernière option, se lancer dans le commerce de la drogue ou des armes, c'est plus dangereux mais bien plus lucratif que de monter des murs, faire du vin ou s'échiner sur un toit à remplacer des tuiles.

Malheureusement, il est à déplorer qu'aujourd'hui, de plus en plus de jeunes qui se lancent dans un apprentissage (quand ils arrivent jusqu'à l'inscription au CFA) ne font même plus semblant de s'intéresser au métier qu'ils vont exercer un jour, quand leur apprentissage sera terminé... Nous sommes peut-être tombés sur des charlots ou des fumistes, je ne sais pas, mais à l'exception de trois d'entre eux, tous les autres ont quitté rapidement l'entreprise pour diverses raisons, allant de l'absentéisme à la désobéissance, en passant par le "c'est trop dur, je ne tiendrai pas", j'en passe et des meilleures.
Qu'est-ce à dire ?
Ces jeunes qui n'ont pas leur place à l'école (collège ou lycée) puisqu'ils en sont sortis, mais qui ne font pas beaucoup d'efforts pour apprendre un métier de manière très concrète et immédiate (il n'y a rien de plus formateur, à mon sens, que de faire soi-même sous les directives d'un professionnel), malgré leur apparente bonne volonté, que peut-on faire pour eux ? Sont-ils destinés à l'errance dans les formations professionnelles qu'ils vont rencontrer ou, pire, à Pôle Emploi ?
Certains sont d'une naïveté confondante et expliquent la bouche en cœur qu'ils cherchent un travail pas fatigant et bien payé, sans avoir aucune formation et souvent sans même être capables d'écrire correctement leur langue maternelle (on ne parle même plus de savoir ou non compter, malheureusement). Je me dis que là, ça va devenir quand même très compliqué pour eux de mener à bien un tel projet professionnel. Comment faire valoir financièrement auprès d'un employeur potentiel des compétences que l'on n'a pas ? Comment avoir un métier quand on arrête sa formation après quelques semaines au motif que c'est trop dur ?

C'est quoi, le problème ? 
La motivation ? Pour certains, la motivation est là, et bien là. L'un des jeunes qui avait demandé à faire un stage découverte avait appelé plusieurs fois l'entreprise familiale pour s'assurer qu'il pouvait venir, qu'on le prendrait bien pour une semaine, parce qu'il voulait absolument commencer une formation à l'automne prochain. Il a tenu 24 heures.
Je me demande si une partie du problème ne vient pas d'une certaine idée du travail, véhiculée depuis quelques années maintenant, sur le mode "Je travaille mes 35 heures et je me la coule douce le reste du temps et je peux en plus demander une augmentation parce que les patrons, c'est tous des riches avec des des salaires de ouf".
Je ne suis pas certaine que ce soit de la paresse. J'ai de plus en plus l'impression que ces jeunes en déshérence, on leur a vanté une société de loisirs dans laquelle tout est facile, à portée de mains, de tweet et de clic et où il suffit de demander pour obtenir. Seulement, le retour à la réalité, sur le terrain, est parfois brutal. Passé 25 ans, l'apprentissage n'est plus possible. Le jeune tombe alors dans le RSA, encore doit-il justifier d'une recherche d'emploi. Quant au chômage, les droits financiers qui vont avec ne sont ouverts que si le jeune a un peu cotisé. Sinon, c'est que dalle sauf l'autorisation de... chercher du travail, avec l'efficacité qu'on connaît en ce qui concerne l'accompagnement dans la recherche d'emploi par le personnel débordé de l'agence concernée par la question...

Oui, je me demande vraiment si, pour une frange de notre jeunesse, celle qui finalement paie le plus lourd tribu au chômage, le fond du problème ne vient pas du fait qu'ils ont cru en ce monde de loisirs qu'on leur a vendu, où tout est dû et tout est facile...
On peut s'amuser à chercher les responsables : les parents ? Les enseignants ? Les politiques ?
La question restera stérile tant que les jeunes en question n'auront pas simplement pris la mesure de leur propre responsabilité dans cette galère : "À vous de jouer, mais faudrait vous bouger"...

(pour le coup, j'aimerais vraiment, quand je vois ces jeunes paumés en recherche de stage, avoir autre chose à leur dire que ça...)

vendredi 8 mai 2015

Post-divorce

Je sens que je ne vais pas m'attirer que des sympathies mais tant pis.

On n'a pas fini d'avoir des problèmes...

Je tombe aujourd'hui sur cet article, relatant rapidement les déboires d'un couple "people" à propos de.. ses embryons congelés, alors que le couple en question s'est séparé.
Quid des "futurs enfants à naître" du couple ?

Toute cette histoire m'inspire quand même quelques réflexions (bien pauvres, c'est vrai, mais suffisantes pour montrer la complexité des choses et le pourquoi de certaines des opinions que j'ai) :
un couple congèle des embryons issus d'une fécondation in vitro (il y a donc un "projet parental", on ne peut en douter), mais au préalable, les deux amants (ils ne sont pas mariés, ou peut-être que si, mais l'article parle de "l'ex-petit ami" donc j'en conclus qu'il n'y a pas de mariage, sinon on parlerait de "l'ex-mari") ont signé un accord avant de faire la FIV à propos des futurs embryons, précisant qu'ils ne pouvaient "être utilisés sans une entente mutuelle".
L'ex-futur papa a entamé une procédure judiciaire à l'encontre de l'ex-future maman pour "obtenir la tutelle des embryons".
Soit.
J'en conclus plusieurs petites choses :
- l'embryon n'est pas une personne (on nous le rabâche constamment à propos de l'avortement, c'est ce qui permet aux avorteurs et à ceux qui souhaitent avorter tranquillement de ne pas avoir de problèmes avec leur conscience : ils peuvent se dire qu'ils n'ont tué personne, c'est bien plus pratique et ça permet de bien dormir la nuit), mais on peut être amené à avoir un "projet parental" pour lui et, mieux, à demander à avoir la "tutelle" d'un ou de plusieurs embryons
- Ça veut dire quoi, avoir la "tutelle" des embryons ? Jusque là, je n'en avais aucune idée, mais en regardant le contexte de l'affaire, dans l'article, il est dit que les embryons ne peuvent pas être "utilisés sans une entente mutuelle", à cause de l'accord qui a été signé entre les deux partenaires de l'ex-couple parental. Or, qui dit entente mutuelle dit que les deux "parents biologiques", puisque c'est de cela qu'il s'agit, doivent être d'accord pour faire naître l'un ou l'autre de ces futurs enfants potentiels. Avoir la "tutelle" de ces embryons voudrait-il donc dire "en avoir la responsabilité" ou, pour le dire plus prosaïquement "pouvoir en disposer comme bon semble au parent qui en aura le privilège" ?
- Là où ça se corse, c'est que les futurs parents se sont séparés et que, bien entendu, il n'est plus question, après cela, qu'ils mettent au monde ces enfants ensemble.
- D'un point de vue strictement comptable, le père est propriétaire de la moitié des gênes de chacun des embryons et la mère de l'autre moitié. Donc les embryons, finalement, ils appartiennent à qui ? La réponse devrait être simple : au couple (si tant est qu'un embryon puisse appartenir à quelqu'un. Rien que ça, ça me pose un léger problème, parce que c'est comme de dire qu'un de mes enfants "m'appartient"... ce qui n'est pas le cas. Nos enfants nous ont été confiés afin que nous les aidions à grandir. C'est tout. En ce sens, ils ne nous appartiennent pas. Et puis, mettre une notion de "propriété" sur un enfant ou un embryon, c'est réduire un être humain à un objet ou une marchandise... non ?). Sauf que le couple... il n'existe plus. C'est donc le serpent qui se mord la queue, là. Parce que concrètement, sauf à dénoncer le contrat qui a été passé avant la FIV, aucun des deux ne pourra faire naître l'un ou l'autre des enfants pour la simple raison qu'aucun des deux ne peut les utiliser seuls.
- Et puis, ce terme "utiliser", c'est à hurler. Parce que ça veut dire, là encore, que l'embryon, qui n'est donc pas une personne est vraiment considéré comme un objet. Que l'on peut utiliser comme on l'entend, le congeler quand la mère a 25 ans, le décongeler si l'envie lui prend, quand elle en aura 70, histoire de battre une nouvelle fois le record de la mère la plus vieille du monde...

L'embryon, un objet, donc, objet de désir de la part des parents biologiques, objet de tractations dans le cas présent, tractations d'autant plus sordides que si le contrat est dénoncé, l'enfant qui est susceptible de venir au monde, quel que soit le parent qui aura eu gain de cause, sera privé de l'un des deux... sauf si les deux géniteurs décident qu'ils se sont trompés quand ils se sont séparés et qu'ils se remettent à vivre ensemble... on peut rêver.

L'un des gros problèmes qui se posent, donc, dans ces cas de divorces compliqués de FIV, de PMA ou autres, c'est donc que l'enfant y est un objet, un droit... pas un être humain. Il est un enjeu, une condition, une marchandise, qui fait l'objet de tractations, de contrats, d'accords... que ce soit, comme ici, par FIV ou, comme dans d'autres pays, par GPA. L'enfant n'est pas ou plus considéré comme un don (d'ailleurs, comment pourrait-il être considéré comme un don quand on sait par quelles épreuves passent les couples qui ont recours aux FIV et aux PMA ? Il est plutôt le résultat d'un combat gagné par les parents contre l'adversité ou la nature qui a "condamné" les parents à l'infertilité et les a obligés à avoir recours à la FIV ou à la PMA...). L'enfant n'est donc pas un don, mais un dû. Un véritable objet, une marchandise certes très précieuse (la plupart du temps, les couples qui ont recours à ces techniques pour avoir un ou des enfants aiment infiniment leurs enfants, tout comme les couples qui les ont naturellement d'ailleurs), mais une marchandise quand même... et ça fait toute la différence avec les enfants nés de manière parfaitement naturelle.

Finalement, je me dis que tout cela serait facilement évitable si on changeait de perspective. Et si, au lieu de considérer que l'embryon n'est pas une personne (au sens juridique du terme), on commençait à le voir comme un enfant en devenir, un être humain à part entière ? Parce que, finalement, c'est très hypocrite, tout ça. L'enfant n'a aucun droit, la mère peut, au nom de son droit à disposer de son corps (et du coup du corps du bébé qui est dans son ventre), mettre fin à son existence ("purée, faut quand même pas pousser ! c'est mon corps et j'en fais ce que je veux !" J'ai envie de dire : "fallait pas avoir des relations sexuelles si tu ne voulais pas de bébé. Une méthode hyper-efficace contre les grossesses non désirées existe, elle est fiable à 100%, et c'est l'abstinence !). J'avoue en avoir un peu marre de l'argument "c'est mon corps et j'en fais ce que je veux". Oui, c'est ton corps, mais tu es aussi responsable de tes actes. Donc si tu es enceinte (là, en plus, la responsabilité est partagée avec le futur père, ça va de soi), ben faut pas venir pleurer sur la contraception qui ne marche pas ou le préservatif qui a craqué... quand on se connaît bien, on sait quand on peut et quand on ne peut pas avoir de rapports sexuels. C'est juste plus contraignant que la pilule, c'est vrai... Bon, je ne vais pas continuer sur ce chapitre, parce que ça va hurler dans les chaumières, je le sens.*
Toujours est-il que je me dis qu'un peu plus de sens des responsabilités, un peu plus de respect de l'autre, et surtout une autre perspective (le bébé est un être humain dès sa conception), on éviterait pas mal d'ennuis, et surtout on assumerait mieux ses actes.

Je me suis éloignée du sujet, pardon pour cette honteuse digression.
Donc, que vont devenir les petits bébés congelés ? Ah non, pardon. Ce ne sont pas des "bébés", mais des "enfants à naître"... Tiens, c'est marrant, la fin de l'article ! On passe d'embryons à "enfants à naître" ! Je ne peux pas m'empêcher de citer :
"Une femme a le droit de mener une grossesse à son terme même si l'homme est contre. Est-ce qu'un homme qui veut assumer toutes les responsabilités parentales n'aurait pas le droit également de mener ses embryons à terme même si la femme est contre?", interroge-t-il. "Ces questions, contrairement à l'avortement, n'ont rien à voir avec les droits d'une personne sur son propre corps mais avec le droit d'un parent de protéger la vie de son enfant à naître"
C'est beau, non ? Ce qui est génial, ici, c'est qu'on passe de considérations diverses sur des embryons (privés de droits et d'existence juridique) à des "enfants" qui, eux, sont sujets de droits, puisqu'il y a, dans notre beau pays et même un peu partout dans le monde, une Charte Internationale des Droits de l'Enfant ! On déplace donc le problème sur le plan émotionnel avec la responsabilité du père... En passant, il y en a au moins un qui a tout compris de l'imbroglio juridique dans lequel les lois sur l'avortement, la FIV et les droits des femmes à disposer de leurs corps nous ont mis : il y a discriminations, messieurs !!! Oui, vous êtes pris en otages par ces femmes qui, elles, peuvent vous faire un enfant dans le dos quand elles le veulent. Ce sont elles qui ont le pouvoir puisque ce sont elles qui ont un utérus. C'est injuste, mais c'est un fait qui ne pourra pas être changé dans l'immédiat. Mais vous, vous comptez faire comment pour faire valoir vos droits de "parent de protéger la vie de votre enfant à naître" ? Si la mère biologique des bébés ne veut plus d'enfant avec vous, vous allez faire quoi pour faire naître cet enfant ? Demander à votre nouvelle copine de porter les embryons de votre ex au motif que ce sont vos enfants ? Parce que, justement, pour que cet embryon devienne un jour un enfant, il lui faut un utérus pour se développer... Et donc la nouvelle copine du papa des embryons va se retrouver être la mère porteuse d'enfants qui ne sont pas d'elle et qu'en plus, elle devra élever ? 

Oh, non, je sais. Mais c'est encore pire alors ça me fait frissonner. Non, votre nouvelle copine, elle, voudra des enfants avec vous, c'est presque certain. Mais elle voudra qu'ils soient aussi d'elle. Du coup, pour vos embryons congelés, il faudra soit que vous louiez un autre ventre (c'est la GPA ! Youpi !), soit, pire, que vous fassiez appel à une technologie qui, il y a dix ans, nous était promise pour 2050. Elle n'existe pas encore, mais étant donné les progrès de la médecine et leur rapidité, il y a bon espoir que ce soit pour plus tôt que ça. Les utérus artificiels. Si, si.

On n'est pas dans la m.... !

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* Alors on va me dire "oui, mais qu'est-ce que tu fais de celles qui avortent suite à un viol ou un inceste ?"
Euh... oui, effectivement, là, on ne peut pas dire que la femme est responsable de cette grossesse. Seulement, je me pose une autre question : le viol, en soi, est déjà un traumatisme grave, voire gravissime pour la femme. Alors oui, c'est une abomination pour celle qui a vécu un viol ou des relations incestueuses non consenties. Mais l'avortement lui-même est aussi un traumatisme. Donc pour la femme qui a subi ce viol, on lui rajoute un second traumatisme ? Pourquoi serait-ce normal ? L'avortement, ça efface le viol ? J'ai la grâce de n'avoir jamais eu à subir cela. Mais je me dis que quand on est cambriolé, on ne met pas ensuite le feu à la maison pour "effacer" le cambriolage et les traces laissées par les cambrioleurs. On fait le ménage, on ajoute des alarmes et des serrures sécurisées, on porte plainte, on rachète ce qui a été volé, bref, on s'adapte et on reconstruit comme on peut. Et petit à petit, le temps fait le reste. Pourquoi infliger à la femme traumatisée par un viol un second traumatisme avec l'avortement ?
Et puis, il ne faut rien exagérer quand même : la plupart des femmes qui avortent (plus de 220.000 par an en France) n'ont pas été victimes de viols ou d'inceste. Mais de problèmes de pilule ou, plus simplement, de "ce n'est pas le moment" ou "ce n'est pas la bonne personne". C'est bien moins dramatique mais, je crois, plus proche de la réalité. Seulement on veut continuer à justifier l'avortement "pour les cas extrêmes" parce que c'est mieux pour la conscience et la moralité de ceux qui demandent la possibilité d'y avoir recours, alors même que la loi, récemment, a été changée pour supprimer la notion de "détresse" et permettre à toute femme qui le souhaite d'avorter. Donc on fait de l'avortement quelque chose de "bien" (au sens de légal, sachant que je commence à douter sérieusement du fait que toutes nos lois sont établies dans le but de viser le bien général), un moyen comme un autre d'éviter une grossesse, en niant totalement le droit du bébé à naître un jour, son droit le plus strict à vivre.