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je préfère le penser... à mon image :
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lundi 8 avril 2019

Pôle Emploi vs Education Nationale : Le match !

J'ai mis un peu de temps, mais j'avoue que maintenant, je m'amuse bien ! C'est que je suis actuellement au cœur d'un imbroglio que même Pôle Emploi a du mal à débrouiller... Il faut dire à leur décharge que la situation est loin d'être simple... comme vous allez pouvoir le constater dans les lignes qui vont suivre. Accrochez vos ceintures, c'est parti !

Tout a commencé en juin 2016, quand j'ai mis fin avec l'accord de mon employeur à mon contrat de travail. Comme il s'agissait d'une rupture conventionnelle, je pouvais sans aucun problème m'inscrire à Pôle Emploi qui, ô merveille ! devait me verser des allocations chômage.
Oui, mais voilà, comme j'avais travaillé 18 ans au même endroit, la "prime" de départ était assez élevée... occasionnant six mois de carence. Qu'à cela ne tienne : j'attendrais donc novembre pour percevoir mes premières allocations chômage.

Oui, mais voilà (encore !) : en juillet, une de mes amies m'a embauchée pour de menus travaux de couture et j'ai pu bénéficier d'une petite rémunération durant quatre mois (août à novembre). Et mieux : en août, notre curé est passé me voir à la maison pour me proposer un travail. Il avait besoin d'une intervenante de religion au plus tard deux semaines après, à compter du 1er septembre, donc. Je n'avais pas l'impression de correspondre au profil, mais il a su me convaincre. J'ai donc dit oui, et la galère a commencé.

Parce que voilà : la particularité de ce "contrat" de travail... ben c'est qu'il n'y en a pas, malgré son nom. En tout cas, il n'y en a pas de formel, et le statut est assez bizarre.
Tout d'abord, mon employeur direct, c'est le Service Diocésain de l'Enseignement et de la Catéchèse, qui dépend directement de l'Evêché de Strasbourg (de l'Eglise, donc). D'ailleurs, pour devenir IDR, il faut une recommandation du curé de la paroisse dont on dépend, qui est chargé de s'assurer que toutes les heures de religion dans les écoles publiques des différentes paroisses qu'il a en charge seront assurées à la rentrée. J'ai donc un responsable direct, qui est le curé, un employeur direct qui est le SDEC et une chargée de suivi, employée du SDEC elle aussi, qui est mon interlocuteur avec le service qui m'emploie.
Mais le SDEC n'est pas chargé de ma rémunération. Eh non. Concordat oblige, c'est l'Education Nationale qui me paye, et c'est là que les choses commencent à devenir drôle.
Parce que mon "contrat" n'en est pas un. J'ai le statut de "contractuelle de l'Education Nationale", mais je n'ai pas de contrat de travail. J'ai juste un "arrêté" qui me donne l'autorisation de rentrer dans les écoles, que ce soit celle(s) où je suis officiellement en poste, ou que ce soit d'autres écoles où je suis amenée à remplacer des collègues qui auraient un empêchement (ce qui arrive quand même plusieurs fois dans l'année).

Petit rappel sur la façon dont les choses fonctionnent, pour ceux qui l'ignorent, chez Pôle Emploi. Que le demandeur d'emploi soit indemnisable ou non, il est tenu, pour pouvoir maintenir ses droits, de déclarer mensuellement sa situation. Pour le mois de septembre 2016, par exemple, même si  je n'étais pas indemnisable, puisque la carence courait encore, je devais déclarer à la fois les heures faites au niveau de mon emploi de couturière, et les heures effectuées en tant qu'IDR. Je devais aussi déclarer le salaire brut perçu.
Pour le premier contrat, pas de problème, puisque je disposais du bulletin de salaire correspondant. Mais quand j'ai essayé d'ajouter le second contrat pour la déclaration, j'ai été bien embêtée : je n'avais aucun élément me permettant de ne serait-ce qu'évaluer mon salaire brut : pas de fiche de paye, pas de salaire horaire brut (je n'avais qu'une estimation du salaire horaire net...). J'ai donc fait mes déclarations comme je pouvais, en me disant que j'aurais toutes les informations sur ma première fiche de paye. Mais je savais aussi qu'elle mettrait du temps à venir... Et vous allez voir pourquoi.

La première année, c'était encore relativement simple : nous avions l'obligation de déclarer, chaque trimestre, les heures effectuées selon l'emploi du temps communiqué au SDEC, pour chaque mois et dans chaque école. Ce document papier était signé par les directeurs des écoles et envoyé par nos soins à l'Education Nationale qui se basait dessus pour effectuer le paiement des heures. Evidemment, cela avait un léger inconvénient : les heures déclarées en décembre (pour les mois de septembre, octobre et novembre) n'étaient payées, au mieux, qu'en janvier... et on recevait la fiche de paye en février.
Vous comprenez tout de suite le problème que ça peut poser pour Pôle Emploi qui se retrouve avec une fiche de paye ne correspondant en rien aux déclarations mensuelles que tout demandeur d'emploi est tenu d'effectuer !

Avant même d'être indemnisable, la situation était donc déjà quelque peu complexe.
Et ça ne s'est pas arrangé. Parce que, bien sûr, Pôle Emploi a commencé à me demander des justificatifs et des explications. Sur le mode : "Vous n'avez pas envoyé de justificatif" ou encore "Notification de trop perçu" quand ils ont pu me donner mes indemnisations sur la base de mes déclarations (donc en novembre). Ce que je n'avais pas bien compris, c'est que, si la première fois ils versent les allocations sur la base d'estimations, en attendant le ou les bulletins de salaires correspondant aux déclarations et aux salaires réellement perçus, les fois suivantes, il "gèlent" les versements en attendant les éléments permettant de justifier les salaires perçus et de calculer le montant des allocations dues. Pour mémoire, quand on est au chômage, on a normalement droit à des allocations chômage. Si on ne travaille pas du tout pendant la période où on est indemnisable, les allocations sont versées en totalité à partir du moment où le demandeur d'emploi déclare 0 heures travaillées dans le mois. Pas de travail, pas de salaire, donc la totalité des allocations sont versées. Mais c'est un peu différent quand on travaille, ne serait-ce qu'un tout petit peu. Là, le bulletin de salaire transmis sert à calculer le montant des allocations versées, puisque ce salaire est déduit des allocations dues, moins 30% du salaire (histoire que ça vaille un peu le coup de travailler quand même). En contrepartie, la période d'indemnisation est prolongée d'autant de jours que de jours travaillés durant la période d'indemnisation. Si on doit être indemnisé pendant deux ans et qu'on travaille deux mois durant ces deux ans, on sera indemnisé pendant deux ans et deux mois. Et ce, dans la limite de cinq ans. Faut pas pousser non plus...

Je me suis donc très vite retrouvée confrontée à plusieurs problèmes simultanément :
- la préparation des cours que je découvrais totalement, et ce pour trois niveaux sur cinq possibles (la première année, j'avais des CP, des CE2 et des CM2).
- les cours eux-mêmes (même si ce n'est que trois heures par semaine, ça prend quand même du temps)
- l'envoi des bulletins de salaires de l'Education Nationale au fur et à mesure qu'ils arrivaient, mais qui ne correspondaient à rien, puisque n'y figurent ni le salaire horaire, ni le nombre d'heures effectuées, ni la période de travail correspondante au salaire versé. La seule mention qui s'y trouve, outre le montant brut, le net et les cotisations, c'est "Rappel des années antérieures". Avec ça, on est bien avancé... parce que ça peut correspondre à n'importe quoi d'antérieur à la date indiquée sur la fiche de paye, y compris plusieurs années auparavant.
- des notifications de trop perçu chez Pôle Emploi parce que je ne donnais pas de justificatifs en temps et en heure (voir point précédent).
- le non-versement des allocations suivantes, faute de justificatifs pour les précédentes, d'autant plus que, comme mon compte faisait apparaître des trop-perçus, Pôle Emploi se remboursait sur les allocations à verser.
- l'obligation de rembourser les allocations que Pôle Emploi considérait comme non dues (quand elles n'étaient pas directement prélevées sur celles qui devaient être versées).
- mon incompétence crasse à utiliser leur site internet, du moins au début, ce qui fait que je n'ai pas eu les courriers qu'ils m'avaient envoyés depuis le mois de novembre 2016 avant... mai 2017 ! Si !

Bref. J'ai donc commencé par appeler l'inspection d'académie pour savoir comment résoudre ce problème de fiche de paye. Evidemment, pour ceux qui connaissent un peu l'Education Nationale, vous savez très bien dans quel labyrinthe administratif je venais de mettre le pied. J'ai donc appelé une première personne, qui m'a envoyée vers une seconde, qui n'était pas compétente pour régler mon dossier, qui m'a envoyée vers une troisième, qui était en vacances... C'était un peu "Les 12 Travaux d'Astérix", si vous voyez ce que je veux dire.

Au bout de plusieurs essais infructueux et prise dans le quotidien, j'ai finalement laissé tomber, en me disant qu'un jour ou l'autre, je trouverais bien une solution. Oui, mais voilà : je n'ai pas trouvé...

En 2018, ma situation s'est encore complexifiée parce que j'ai eu une demande pour un nouvel emploi, en tant qu'assistante maternelle, pour garder trois enfants un jour par semaine. Le souci, c'est que pour prétendre à cet emploi, il faut l'agrément... et une formation de 60 heures, en plus d'une formation de 8 heures aux premiers secours. Que je n'avais pas, bien sûr.
J'ai donc suivi toutes les étapes : réunion de présentation du métier et des démarches à effectuer, demande d'agrément, constitution du dossier, rendez-vous médicaux et dépistages obligatoires avec certificats à l'appui, formation aux premiers secours, formation initiale... au final, tout cela m'a occupée de février à début octobre 2018 ! Tout en assurant les cours et en travaillant les différents niveaux, puisqu'à compter de septembre 2018, je suis passée de 3 à 6 heures par semaine, mais pas avec les mêmes niveaux que l'année précédente et, qui plus est, avec un nouveau programme ! Caramba ! "Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué", diraient les Shadoks !

En octobre 2018 toujours, j'ai, comme tous les trimestres, suivi une journée de formation continue pour mon emploi d'IDR. A cette occasion, j'ai appris que si moi, je ne pouvais rien faire de mon côté pour obtenir des informations sur la rémunération, le service qui m'emploie pouvait le faire...
Parce qu'entre-temps, bien sûr, ma situation n'avait pas évolué. Je n'ai perçu des allocations que deux ou trois fois dans l'année, dont une partie était considérée comme non due et que je devais donc par la suite rembourser...

Du coup, en novembre, j'ai communiqué à ma chargée de suivi le nombre d'heures effectuées depuis septembre 2016. Et les choses ont commencé à avancer un tout petit peu. Oh pas très vite, hein, faut pas non plus pousser. Mais quand même.
En février 2019 (il n'y a pas très longtemps, quoi !), j'ai eu l'immense surprise de recevoir un appel téléphonique d'une dame de l'Education Nationale ! Si ! Et elle était charmante et toute prête à m'aider. Après avoir repris tout le problème depuis le début, elle a admis que les choses étaient quand même compliquées...
Mais comme je ne suis pas la seule dans ce cas-là, elle avait une solution toute trouvée : communiquer à Pôle Emploi les attestations d'employeur correspondant aux deux premières années de travail. Mon "contrat" étant un CDD du 1er septembre au 31 août, renouvelé tous les ans, l'Education Nationale est tenue, normalement, de remplir une attestation d'employeur à Pôle Emploi, pour faire valoir les droits de ses contractuels. Sauf que, visiblement, ils ne le font pas de manière systématique, puisqu'elle a fait ces déclarations le 7 mars 2019 pour les périodes allant de septembre 2016 à août 2017 et de septembre 2017 à août 2018...
Mais c'était déjà mieux que rien. Au moins, me disais-je, Pôle Emploi avait maintenant les informations dont ils avaient besoin pour recalculer les montants dus pour les années 2016 à 2018...
L'autre volet de la solution consiste à m'envoyer, chaque mois, une attestation mentionnant le salaire horaire, le nombre d'heures et le salaire brut correspondant. Cette attestation est basée sur ma déclaration mensuelle (que, normalement, je n'ai pas à faire, puisque c'est le directeur de l'école qui doit le faire. Mais lui ne peut le faire que pendant 15 jours, à la fin de la période de déclaration, à cause du logiciel mis laborieusement en place à l'Education Nationale au mois de janvier 2018 ! Du coup, bien sûr, une attestation mensuelle basée sur les déclarations des directeurs des écoles n'est possible qu'après coup, c'est-à-dire que ça ne change rien du tout au problème.
Cette charmante dame de l'Education Nationale m'a donc établi des attestations mensuelles basées sur mes propres déclarations (puisque, bien sûr, elle n'a pas les détails des heures de chacun des 550 IDR que compte l'Alsace), avec tout ce qu'il fallait dessus comme informations. Je pensais que le bout du tunnel approchait ! Il me suffisait d'envoyer tout ça à Pôle Emploi pour voir ma situation régularisée ! Youpi !!!

Ben non.

J'ai bien envoyé les documents. Mais quelques heures plus tard, j'ai reçu un mail de Pôle Emploi me disant que j'avais reçu un courrier dans ma boîte sur mon espace personnel. Et ce courrier disait... que mes documents étaient rejetés ! Au motif qu'ils ne correspondaient pas à ce que je devais envoyer...
Là, mon sang n'a fait qu'un tour. Il faut savoir que quand on veut envoyer un document à Pôle Emploi, il faut envoyer un document à la fois. Je l'avais appris à mes dépends puisque j'avais envoyé toutes mes fiches de paye du CESU en une fois et je m'étais retrouvée dans la situation du rejet de ces fiches de paye. Je n'envoyais donc plus qu'un document à la fois depuis 2016. Sauf que là, c'était bien plusieurs documents, mais regroupés dans un seul fichier, puisque la personne de l'Education Nationale, pour que ça aille plus vite, avait scanné les documents et me les avait envoyés par mail avant de faire l'envoi par courrier. Mais ce faisant, elle avait créé un seul fichier PDF et c'est ce fichier que j'ai envoyé à Pôle Emploi.
L'autre problème est que quand je veux envoyer un document à Pôle Emploi, je dois préciser sur le site de quel type de document il s'agit (attestation d'employeur si fin de contrat, bulletin de salaire...). La difficulté, c'est que ces documents reçus de l'EN ne sont ni des bulletins de salaire, ni des attestations d'employeur puisque le contrat est en cours. Ne sachant pas quel type de document choisir, j'ai mis ce qu'il y avait sur le document lui-même, qui porte le titre d'"Attestation"...

J'ai alors cherché comment faire pour obtenir un rendez-vous avec un conseiller (parce que je vous passe les détails, mais ma conseillère, je ne l'ai vue que deux fois en deux ans et demi...). Et là, sur le site internet, je suis tombée sur "Faire une réclamation" ! Ben oui !!! La voilà la solution. En plus, Pôle Emploi s'engage en cas de réclamation à répondre dans les sept jours qui suivent. J'allais donc avoir une réponse, quelle qu'elle soit !

Six jours plus tard, j'ai une la grande surprise d'être appelée par une conseillère de Pôle Emploi. Si, si. Et ce qu'elle m'a dit m'a consternée :
"Votre dossier est vraiment très, très compliqué !"
Ben oui. Je sais. Et on fait quoi ?
"Je remarque que j'ai sur votre dossier une alerte par mois depuis novembre 2016 !"
Ben oui. Je m'en doute, puisque rien ne se passe normalement depuis novembre 2016....
"Madame, il va falloir que vous veniez dans nos locaux. Et ça va être long... je vais déjà faire le point avec vous."
Etc. Je vous passe la teneur de l'entretien, mais toujours est-il que j'ai compris que même s'ils avaient déjà tous les documents, j'allais devoir m'y rendre pour tout reprendre depuis le début...

Et ça, je l'ai fait ce matin. A 8h25, j'étais devant Pôle Emploi, attendant l'ouverture et prête à discuter pendant des heures s'il le fallait pour régulariser ma situation. En fait, ça n'a duré que 45 minutes. Comme quoi, ce n'est pas si compliqué que ça.
Mais ce qui est marrant, c'est que la personne que j'ai rencontrée m'a dit ce que je devais faire pour gruger le service ! Si ! Consciente des failles du système et de la complexité de ma situation, elle m'a demandé plusieurs choses :
- je ne dois plus envoyer le moindre bulletin de salaire émanant de l'Education Nationale, qui ne sont là que pour brouiller mon dossier.
- je dois envoyer tous les mois les attestations mensuelles établies par l'Education Nationale (ce qui m'oblige à faire plusieurs déclarations mensuelles : l'une à Pôle Emploi, l'autre à l'Education Nationale).
- Ces attestations, je dois les envoyer comme bulletins de salaires. Mais comme ce ne sont pas des bulletins de salaires, elles vont être rejetées.
- je dois alors appeler, juste après la notification de rejet, le numéro spécial puis le service financier et enfin demander un agent de l'agence dont je dépends pour leur demander de prendre le document en compte : ils vont alors ouvrir le document, voir son contenu et le comptabiliser pour le calcul des allocations qu'ils me doivent.


Quand je pense que tout ça, c'est basé sur mes déclarations ! C'est vertigineux... Si j'étais malhonnête...
Mais bon, je ne le suis pas ! 😉

En conclusion, je dirais que l'Etat n'est décidément pas doué. Dans le match qui oppose Pôle Emploi à l'Education Nationale, l'EN a bien tenté les feintes, a fait illusion pendant un (très long) moment, mais au final, c'est quand même Pôle Emploi qui marque sur ce coup-là.

Et moi, je devrais avoir un sérieux rappel d'allocations !


samedi 9 mai 2015

Toute la vie...



Il y a quelques semaines, il y a eu une polémique autour de la dernière chanson signée Jean-Jacques Goldman pour les Enfoirés, intitulée "Toute la vie". La teneur de la polémique elle-même, je ne m'en souviens plus vraiment, mais cette histoire m'a incitée à me demander ce que disait exactement cette chanson. Et de réfléchir un peu dessus. D'autant que certains événements nous touchant directement m'y obligent plus ou moins...

Les paroles sont plutôt négatives dans l'ensemble. En gros, les Enfoirés (les adultes, à droite dans la vidéo), répondent aux adolescents qui se trouvent en face et qui les accusent d'avoir en quelque sorte bien profité durant leur vie et de leur laisser un monde pourri dans lequel il n'y a que chômage, pollution, violence et sida.
Les adultes répondent que ce qu'ils ont, ils se sont battus pour l'avoir, mais que leur chance, c'est qu'ils sont jeunes et qu'ils ont toute la vie devant eux pour bâtir leur avenir.
Et puis, il y a cette petite "pique" de la part des adultes envers les jeunes : 
"À vous de jouer, mais faudrait vous bouger"

Et c'est là que je "tique" un peu (sur beaucoup d'autres choses aussi (je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'il y a dans cette vidéo, mais certains points soulevés sont intéressants), mais c'est cette seule phrase qui est entrée en résonance avec ce que nous avons vécu et que nous vivons toujours depuis quelques mois maintenant (déjà en germe depuis quelques années, mais particulièrement frappant depuis environ un an ou deux).

Mon mari est viticulteur et, depuis maintenant au moins six ou sept ans, il emploie un apprenti qu'il forme à son métier, un travail où on est dehors, au grand air, mais qui peut être physiquement difficile à certains moments (comme quand il faut tailler les vignes, arracher le bois mort pour permettre aux nouvelles branches de pousser, ou encore lier les jeunes pousses pour leur donner l'arcure adéquate ou retirer les rejets au pied des plants pour éviter qu'ils n'étouffent... sans parler des vendanges). Un métier physique, en contact avec la nature, dans lequel certains peuvent s'épanouir... à condition de "se bouger" un peu quand même et de ne pas rechigner à la tâche.

Or, qu'est-ce qu'il se passe depuis un peu plus d'un an ? Les jeunes qui défilent (parce que c'est vraiment ça à certains moments) ne "tiennent" pas longtemps. Mon mari les fait venir, sur leur demande, pour des essais d'une semaine, histoire de savoir si c'est vraiment dans ce métier qu'ils veulent faire leur apprentissage.
Les deux derniers n'ont pas tenu deux jours. Véridique.
Alors oui, c'est un travail difficile et exigeant, on est dehors par tous les temps ou presque (faut pas pousser non plus, ce n'est pas le bagne et quand il pleut trop, on ne peut rien faire dehors alors c'est plutôt sympa d'être dans la cave pour étiqueter les bouteilles ou les mettre en cartons, par exemple, et physiquement, c'est nettement moins dur !). Mais ce qui est en cause, ce n'est pas vraiment la dureté du métier. Sur une journée et demie, c'est un peu difficile à apprécier... Non, ce qui est en cause, c'est quand même la mentalité de ces jeunes. Le dernier a commencé la journée et, à peine arrivé dans la parcelle, a demandé à mon mari s'il savait si "chauffeur de bus, c'est pas moins dur, comme métier, et mieux payé"...
Avec un niveau pareil, on n'est pas rendus, comme disent les petites vieilles en Bretagne...

Alors de qui on parle ? On ne parle pas des jeunes hyper-diplômés qui enchaînent les stages sous-payés (quand ils le sont) et décrochent leur premier CDD à plus de 28 ans. On ne parle pas non plus de ceux qui ont de telles difficultés à l'école qu'une autre orientation que le lycée est impérative et qui, eux, vont trouver sur leur route des institutions susceptibles de les accompagner dans la construction de leur parcours professionnel, quand c'est possible.
On ne parle pas plus de jeunes qui cherchent un travail activement, essuient des refus plus ou moins élégants et remettent le pied à l'étrier tout en faisant des petits boulots en soirée et le week-end parce qu'il faut bien manger.
Non, on parle ici de jeunes qui, à 24 ans, n'ont toujours aucune formation, mais, plus grave, n'ont même aucune idée de ce qu'ils vont bien pouvoir faire de leur vie. L'avant-dernier candidat n'est même pas venu, pour tout dire, parce qu'il a eu un problème de voiture et que sa semaine découverte devait avoir lieu pendant les vacances scolaires, durant lesquelles il voulait passer du temps avec sa fille de deux ou trois ans !
Entendons-nous bien : je considère comme parfaitement louable et même souhaitable qu'un père passe du temps avec sa fille et mette les priorités sur sa famille. Mais justement, la priorité, pour un père qui se respecte, n'est-ce pas de pouvoir nourrir sa famille ? Il semble que cela fait partie de son devoir d'état. Et, pour ce faire, trouver du travail ou se former pour en trouver un plus tard me semble être une priorité. Il ne s'agit pas du tout d'un discours sexiste de ma part (sur le mode "Les hommes au boulot, les femmes à la maison pour s'occuper des gamins") mais bien d'une réalité qui rejoint chacun : quand on a pris la responsabilité d'avoir les enfants, le minimum, c'est de prendre aussi les moyens pour subvenir à leurs besoins (ça tombe tellement sous le sens que je me demande encore comment je peux en arriver à écrire, ici, sur ce blog, de telles banalités. Mais il semblerait que depuis quelques temps, l'enfonçage de portes ouvertes soit devenu une nécessité, tant les évidences semblent ne plus en être... vous m'excuserez donc ces lignes parfaitement inutiles pour toute personne non polluée par le discours politiquement correct et bien-pensant ambiant).

Donc, même si je trouve normal qu'un père prenne du temps avec ses enfants, je trouve quand même regrettable qu'il ne mette pas la priorité sur la recherche d'un moyen de subvenir à leurs besoins. Or l'exemple de ce jeune homme, jeune père de famille, me donne à réfléchir quelque peu sur certains jeunes que mon mari est amené à côtoyer et à former, s'ils tiennent jusque-là. Entre le dernier cité et celui qui hésitait entre viticulteur et chauffeur (avec une nette préférence apparemment pour le métier de chauffeur de bus, jugé plus "cool" et moins fatigant que le métier de viticulteur), il y a une question qui se pose : que recherchent désormais une partie des jeunes gens ?
Est-ce qu'ils recherchent un travail ? Une formation ?
Est-ce qu'ils recherchent un moyen de gagner bien et rapidement de l'argent ?
Dans le premier cas, pour ceux qui n'auront pas pu suivre une scolarité classique (type collège-lycée et études supérieures plus ou moins longues), l'apprentissage est une voie intéressante pour se former à un métier auprès d'un professionnel qualifié et, en général, qui aime son métier et le fait bien. Il ne faut pas oublier que l'apprentissage est assez compliqué pour le patron qui, s'il a, il est vrai, quelques aides financières (réduites à la portion congrue ces derniers temps), doit aussi faire face à la responsabilité de la sécurité de son apprenti et à son incompétence (incompétence 100% normale, puisque le jeune est en formation). De la part de l'apprenti, on peut au moins espérer qu'il se conforme aux règles de sécurité, qu'il arrive à l'heure au travail (l'apprenti n'est plus dans un cadre scolaire mais dans un cadre professionnel et dépend du droit du travail, même si une convention a été passée entre l'école où il est inscrit pour faire sa formation théorique et l'employeur qui a accepté de le former concrètement). et qu'il fasse ce que lui demande son patron.
Dans le second cas, si l'objectif est de gagner rapidement de l'argent (et de préférence beaucoup), il vaut mieux soit être nanti, soit gagner au loto ou, dernière option, se lancer dans le commerce de la drogue ou des armes, c'est plus dangereux mais bien plus lucratif que de monter des murs, faire du vin ou s'échiner sur un toit à remplacer des tuiles.

Malheureusement, il est à déplorer qu'aujourd'hui, de plus en plus de jeunes qui se lancent dans un apprentissage (quand ils arrivent jusqu'à l'inscription au CFA) ne font même plus semblant de s'intéresser au métier qu'ils vont exercer un jour, quand leur apprentissage sera terminé... Nous sommes peut-être tombés sur des charlots ou des fumistes, je ne sais pas, mais à l'exception de trois d'entre eux, tous les autres ont quitté rapidement l'entreprise pour diverses raisons, allant de l'absentéisme à la désobéissance, en passant par le "c'est trop dur, je ne tiendrai pas", j'en passe et des meilleures.
Qu'est-ce à dire ?
Ces jeunes qui n'ont pas leur place à l'école (collège ou lycée) puisqu'ils en sont sortis, mais qui ne font pas beaucoup d'efforts pour apprendre un métier de manière très concrète et immédiate (il n'y a rien de plus formateur, à mon sens, que de faire soi-même sous les directives d'un professionnel), malgré leur apparente bonne volonté, que peut-on faire pour eux ? Sont-ils destinés à l'errance dans les formations professionnelles qu'ils vont rencontrer ou, pire, à Pôle Emploi ?
Certains sont d'une naïveté confondante et expliquent la bouche en cœur qu'ils cherchent un travail pas fatigant et bien payé, sans avoir aucune formation et souvent sans même être capables d'écrire correctement leur langue maternelle (on ne parle même plus de savoir ou non compter, malheureusement). Je me dis que là, ça va devenir quand même très compliqué pour eux de mener à bien un tel projet professionnel. Comment faire valoir financièrement auprès d'un employeur potentiel des compétences que l'on n'a pas ? Comment avoir un métier quand on arrête sa formation après quelques semaines au motif que c'est trop dur ?

C'est quoi, le problème ? 
La motivation ? Pour certains, la motivation est là, et bien là. L'un des jeunes qui avait demandé à faire un stage découverte avait appelé plusieurs fois l'entreprise familiale pour s'assurer qu'il pouvait venir, qu'on le prendrait bien pour une semaine, parce qu'il voulait absolument commencer une formation à l'automne prochain. Il a tenu 24 heures.
Je me demande si une partie du problème ne vient pas d'une certaine idée du travail, véhiculée depuis quelques années maintenant, sur le mode "Je travaille mes 35 heures et je me la coule douce le reste du temps et je peux en plus demander une augmentation parce que les patrons, c'est tous des riches avec des des salaires de ouf".
Je ne suis pas certaine que ce soit de la paresse. J'ai de plus en plus l'impression que ces jeunes en déshérence, on leur a vanté une société de loisirs dans laquelle tout est facile, à portée de mains, de tweet et de clic et où il suffit de demander pour obtenir. Seulement, le retour à la réalité, sur le terrain, est parfois brutal. Passé 25 ans, l'apprentissage n'est plus possible. Le jeune tombe alors dans le RSA, encore doit-il justifier d'une recherche d'emploi. Quant au chômage, les droits financiers qui vont avec ne sont ouverts que si le jeune a un peu cotisé. Sinon, c'est que dalle sauf l'autorisation de... chercher du travail, avec l'efficacité qu'on connaît en ce qui concerne l'accompagnement dans la recherche d'emploi par le personnel débordé de l'agence concernée par la question...

Oui, je me demande vraiment si, pour une frange de notre jeunesse, celle qui finalement paie le plus lourd tribu au chômage, le fond du problème ne vient pas du fait qu'ils ont cru en ce monde de loisirs qu'on leur a vendu, où tout est dû et tout est facile...
On peut s'amuser à chercher les responsables : les parents ? Les enseignants ? Les politiques ?
La question restera stérile tant que les jeunes en question n'auront pas simplement pris la mesure de leur propre responsabilité dans cette galère : "À vous de jouer, mais faudrait vous bouger"...

(pour le coup, j'aimerais vraiment, quand je vois ces jeunes paumés en recherche de stage, avoir autre chose à leur dire que ça...)

samedi 28 septembre 2013

Travailler plus... ?

Depuis deux jours, on entend une vraie polémique sur les réseaux sociaux, dans la presse, à propos du travail dominical.
Il y a quelques années, l'idée même de travailler le dimanche provoquait un tollé du côté du consommateur et du salarié lambda. Toucher au repos dominical était un sacrilège, sauf pour les directeurs de magasins qui voyaient là le moyen de capter encore plus la clientèle susceptible de dépenser encore plus d'argent chez eux. Du coup, payer les salariés deux fois plus cher était malgré tout rentabilisé par le chiffre d'affaires record qu'ils pouvaient faire ces jours-là.
De fait, depuis de nombreuses années maintenant, les magasins ont obtenu l'autorisation d'ouvrir plusieurs dimanches dans l'année (je crois qu'il s'agit de 5 dimanches, donc 3 avant les fêtes de fin d'année).
Le travail du dimanche reste basé sur le volontariat : les salariés qui le souhaitent peuvent travailler ce jour-là, moyennant un salaire horaire plus élevé.

Aujourd'hui, la polémique autour du dimanche a pris un tour complètement inverse. Ce que l'on voit actuellement sur les réseaux sociaux, c'est "pourquoi ces salariés n'auraient-ils pas le droit de travailler s'ils le souhaitent ?"
Ah ben oui, c'est vrai, ça ! Pour ceux qui ont du boulot, travailler plus pour gagner plus, par les temps qui courent, c'est quand même vachement bien ! Et le gouvernement voudrait les en empêcher ??? Complot !

Blague à part, je me pose quand même un certain nombre de questions.
Imaginons que la règle, qui est actuellement : 5 jours de travail par semaine, 2 jours de congé hebdomadaire dont le dimanche, deviennent simplement : 5 jours de travail par semaine. Que se passerait-il ?
Si les chefs d'entreprise, dirigeants de magasins et autres répartissent leur personnel sur 7 jours au lieu de 6 actuellement, les salariés vont-ils travailler plus pour autant ? Non, normalement, puisqu'il n'est pas dit là-dedans que le nombre de jours de congé hebdomadaire va changer pour autant. Donc ouf, on ne travaillera pas plus, on travaillera juste autrement.
La question que je me pose est la suivante : au bout de combien de temps le travail du dimanche deviendra-t-il aussi banal que le travail du samedi ou celui du lundi ou des autres jours de la semaine ? Donc, au bout de combien de temps la paye du dimanche sera-t-elle la même que celle des autres jours de la semaine ? Il faut être logique : si le salaire du dimanche est actuellement plus important que celui des autres jours, c'est tout simplement parce qu'il n'est pas normal de travailler le dimanche, jour de repos par excellence. Donc, si un salarié travaille le dimanche aujourd'hui, il a droit à une compensation financière, le législateur ayant considéré que faire venir un salarié le dimanche pouvait occasionner pour lui une gêne, puisque c'est traditionnellement le jour consacré pour les réunions et fêtes de famille, pour les sorties et autres ballades en forêt ou au bord de la mer... bref, pour la détente, le loisir, et le "vivre ensemble", comme on dit aujourd'hui (c'est très politiquement correct, ça, le "vivre ensemble").
Mais si, demain, le travail dominical se généralise, qu'est-ce qui va encore justifier la différence de salaire entre le dimanche et les autres jours ? Parce qu'il ne faut pas rêver : les entreprises, notamment industrielles et commerciales, travaillent pour gagner de l'argent. Or il y a un moyen assez simple de gagner de l'argent, il faut en dépenser moins. On parie combien qu'au bout de quelques temps, le dimanche travaillé s'étant généralisé, plus rien ne justifiera la différence de salaire entre ce jour-là et les autres ? En fonction de la virulence des syndicats, cela prendra sans doute plus ou moins de temps, c'est vrai. Mais un jour viendra où le dimanche travaillé sera tellement banalisé qu'il aura exactement le même statut que les autres jours. Et donc qu'il sera payé autant que les autres jours, ni plus, ni moins.
Et au passage, les salariés auront perdu un droit fondamental, mais totalement improductif financièrement parlant : celui de passer un peu de temps avec leur famille, leurs enfants.

Ben vous savez quoi ? Il y a d'autres raisons pour lesquelles je ne suis pas d'accord avec le travail dominical. Mais rien que celle-là me suffit.